Formations Obligatoires
Assurance · Agent général d'assurance

Agence générale en société : qui porte la capacité et les 15 heures ?

Société d'agents généraux, co-agence, salariés : qui doit justifier de la capacité de niveau I, qui suit les 15 heures par an et quelles traces conserver.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat, éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · 7 min de lecture

Une agence générale exploitée en société — SNC, SARL ou SAS d'agents généraux, co-agence entre deux associés, agence avec trois salariés commerciaux — pose une question que le code des assurances tranche moins clairement qu'on ne le croit : l'immatriculation est portée par une entité, la capacité professionnelle par des personnes physiques. Ce ne sont pas les mêmes objets, et les contrôles portent presque toujours sur le second.

L'immatriculation appartient à la structure, la capacité aux personnes

Quand l'agence est exploitée en société, c'est la société qui figure au registre unique des intermédiaires. Mais une société ne suit pas de stage et ne passe pas de contrôle des connaissances. Le code des assurances règle le point avec un article court et décisif, l'article R512-8 : au sein d'une personne morale, la condition de capacité professionnelle prévue aux articles R. 512-9, R. 512-10 et R. 512-12 s'applique aux personnes physiques, associés ou tiers, qui dirigent ou gèrent cette personne morale. Et lorsque l'activité de distribution est exercée à titre accessoire par rapport à l'activité principale, elle s'applique à la ou aux personnes physiques, au sein de la direction, à qui la responsabilité de la distribution est déléguée.

Deux conséquences pratiques :

  • le gérant de SARL, le président de SAS, le ou les associés qui dirigent effectivement la société d'agence doivent, chacun, pouvoir justifier de la capacité applicable — pour un agent général, le niveau I de l'article R512-9 ;
  • un associé qui n'exerce ni direction ni gestion, et qui ne participe pas à la distribution, n'est pas visé par R512-8.

Le niveau I s'obtient par l'une des quatre voies de l'article R512-9 : un stage professionnel d'une durée raisonnable et suffisante, sans pouvoir être inférieure à 150 heures ; deux ans d'expérience en qualité de cadre dans des fonctions de production ou de gestion de contrats d'assurance ou de capitalisation ; quatre ans d'expérience dans ces mêmes fonctions ; ou un diplôme, titre ou certificat fixé par arrêté. Le détail des voies est repris sur la page formation IAS niveau 1, et le cadre général du statut dans notre guide agent général d'assurance : statut, niveau I et formation continue.

Et les salariés de l'agence ?

L'article R512-9 ne vise pas seulement les intermédiaires : il englobe aussi certains salariés, notamment ceux qui dirigent un bureau de production ou animent un réseau de production. Ces profils relèvent donc du niveau I, comme les dirigeants.

Les autres salariés qui participent à la distribution relèvent, eux, de l'article R512-10, dont les exigences sont allégées : mêmes voies que le niveau I, mais avec un an d'expérience en qualité de cadre, ou deux ans d'expérience dans les fonctions concernées.

Au-dessus de tout cela, l'article L511-2 pose une exigence transversale : les distributeurs d'assurance et leurs personnels dont l'activité consiste à recommander, présenter, proposer ou aider à conclure des contrats doivent posséder les connaissances et aptitudes appropriées préalablement à l'exercice de l'activité. Le même article vise expressément, au sein de la direction, les personnes responsables de la distribution, et toutes les autres personnes prenant directement part à la distribution.

Qui doit quoi, en pratique

Personne dans l'agence Capacité professionnelle Formation continue
Gérant, président, associé qui dirige ou gère la société Oui — niveau I (R512-9), via R512-8 Oui s'il prend part à la distribution
Co-agent associé qui dirige et distribue Oui — niveau I Oui
Salarié dirigeant un bureau de production ou animant un réseau Oui — niveau I (R512-9) Oui
Salarié commercial qui présente et propose des contrats Oui — R512-10 Oui
Salarié uniquement administratif, sans acte de distribution Non visé Non visé

Le tableau se lit toujours de la même façon : on part de la fonction réelle, pas de l'intitulé du contrat.

Les quinze heures se comptent par personne, pas par agence

C'est l'erreur la plus fréquente dans les structures à plusieurs. L'article R512-13-1 fixe une durée de formation continue ou de développement professionnel qui ne peut être inférieure à quinze heures par an. Cette durée s'apprécie individuellement, pour chaque personne soumise à l'obligation. Trois dirigeants et deux salariés commerciaux, ce sont cinq obligations distinctes, pas quinze heures mutualisées.

Le même article ouvre largement les modalités : la formation peut être suivie en présentiel ou à distance, en une seule séquence ou en plusieurs, consécutives ou non. Elle peut être dispensée par un organisme de formation, une entreprise d'assurance ou de réassurance, un intermédiaire, un établissement de crédit ou une société de financement. C'est ce qui rend le format e-learning adapté à une agence : chacun avance à son rythme, sans fermer le point de vente.

L'article R512-13-1 prévoit également qu'une certification professionnelle de catégorie A inscrite au répertoire national peut être prise en compte, dans la limite de quinze heures, dès lors que les compétences évaluées correspondent à la liste réglementaire.

Le registre : ce que l'agence doit tenir, pas seulement le salarié

L'article R512-13-1 impose aux entreprises d'assurance et aux intermédiaires de conserver la trace des formations dispensées, avec, pour chacune : le nom des personnels formés, l'identité de l'organisme qui a dispensé la formation, les dates, la durée, le format et les thèmes traités. L'article L511-2 ajoute que le respect de l'obligation doit pouvoir être démontré par tout moyen approprié.

Concrètement, cela veut dire un fichier unique tenu par la structure, alimenté chaque année, et non des attestations dispersées dans les boîtes mail personnelles. Il doit couvrir les dirigeants comme les salariés, et rester consultable après le départ d'un collaborateur.

Quatre pièges classiques en structure collective

  1. Compter les heures du dirigeant pour toute l'agence. Elles ne valent que pour lui.
  2. Oublier le co-agent entrant. Une nouvelle personne qui dirige ou gère la société entre dans le champ de R512-8 dès sa prise de fonction, et doit justifier du niveau I.
  3. Traiter les nouveaux salariés en fin d'année. L511-2 exige les connaissances appropriées préalablement à l'exercice de l'activité : la formation d'entrée en fonction ne se rattrape pas en décembre.
  4. Ne pas documenter les thèmes. Un registre qui indique « 15 h — e-learning » sans thèmes ne prouve pas grand-chose. Notez le thème, l'organisme et le format, comme le prévoit le texte — c'est la logique retenue sur la page formation DDA 15 heures.

Questions fréquentes

Le gérant d'une société d'agents généraux doit-il lui-même avoir le niveau I ?

Oui, si c'est lui qui dirige ou gère la personne morale : l'article R512-8 fait porter sur les personnes physiques dirigeantes la condition de capacité prévue notamment à l'article R512-9. Le fait que l'immatriculation soit au nom de la société ne le dispense de rien.

Un dirigeant qui ne rencontre jamais de client doit-il suivre les quinze heures ?

L'obligation de formation continue de l'article L511-2 vise les personnels dont l'activité consiste à recommander, présenter, proposer ou aider à conclure des contrats, ainsi que, au sein de la direction, les personnes responsables de la distribution. Un dirigeant réellement étranger à la distribution n'entre pas dans ce champ — mais il reste soumis, le cas échéant, à la condition de capacité de l'article R512-8. La qualification tient à l'activité effective, et elle doit pouvoir être justifiée.

Peut-on faire suivre la même session à toute l'équipe ?

Oui. Rien n'impose des parcours différenciés. R512-13-1 exige seulement que la durée individuelle atteigne quinze heures et que le contenu corresponde aux compétences attendues au regard de la fonction et du marché concerné. Une session commune complétée par des modules spécifiques est une organisation courante.

Que se passe-t-il pour un salarié qui arrive en octobre ?

Les connaissances et aptitudes appropriées doivent être acquises avant l'exercice de l'activité (L511-2) ; l'obligation annuelle de quinze heures, elle, s'apprécie sur l'année. Nous traitons ce cas de figure en détail dans le guide arrivée en cours d'année : quinze heures au prorata ou en entier ?.

Le registre doit-il être conservé après le départ d'un collaborateur ?

L'article R512-13-1 impose de conserver la trace des formations dispensées, sans distinguer selon que la personne est toujours en poste. En pratique, un contrôle peut porter sur des exercices antérieurs : conservez les lignes du registre et les attestations correspondantes, y compris pour les anciens salariés.

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.