Devenir conseiller en gestion de patrimoine : quels statuts, dans quel ordre
CGP n'est pas un statut réglementé : c'est un empilement. CIF, ORIAS, association agréée, IAS, IOBSP — l'ordre des démarches et les délais à respecter.
Clément Lacaille
Fondateur de Tech-Bharat, éditeur de Formations Obligatoires
Publié le · 7 min de lecture
Il n'existe pas de carte de « conseiller en gestion de patrimoine ». Aucun texte ne crée ce titre, aucun registre ne le délivre, aucune autorité ne l'agrée. Ce que la loi encadre, ce sont les actes que vous allez poser : conseiller un placement financier, distribuer un contrat d'assurance vie, présenter un crédit, entremettre sur un immeuble. Chacun relève d'un régime distinct, avec ses propres conditions d'accès.
D'où la question réelle de celui qui s'installe : pas « comment devenir CGP », mais quels statuts empiler, et dans quel ordre. Se tromper d'ordre coûte cher — pas en amende, en mois perdus.
Le socle : le statut de conseiller en investissements financiers
L'article L541-1 du code monétaire et financier définit le CIF comme celui qui exerce à titre de profession habituelle le conseil en investissement au sens de l'article L321-1, le conseil portant sur la fourniture de services d'investissement, ou le conseil sur les opérations sur biens divers.
Le point que beaucoup manquent : ce même article précise que les CIF peuvent exercer d'autres activités de conseil en gestion de patrimoine. La gestion de patrimoine y figure donc comme une activité connexe, greffée sur le statut CIF — pas comme un statut autonome. C'est la raison pour laquelle, dans l'immense majorité des cabinets indépendants, on commence par là.
Le même article pose deux limites qu'on oublie vite. Un CIF ne peut donner de consultations juridiques ni rédiger d'actes sous seing privé que dans les limites des articles 54, 55 et 60 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 : le conseil patrimonial n'est pas un permis de rédiger des statuts ou des pactes. Et si vous êtes déjà établissement de crédit, entreprise d'investissement, société de gestion de portefeuille ou entreprise d'assurance, le chapitre CIF ne s'applique pas — l'article L541-1 vous en exclut expressément.
Les quatre conditions d'accès, et pourquoi elles ne s'obtiennent pas en parallèle
L'article L541-2 pose les conditions personnelles : conditions d'âge et d'honorabilité fixées par décret, conditions de compétence professionnelle définies par le règlement général de l'AMF. Il ajoute une exigence territoriale souvent négligée — les CIF doivent résider habituellement ou être établis en France.
L'article L541-4 impose ensuite l'adhésion à une association « chargée du suivi de l'activité professionnelle individuelle de ses membres », agréée par l'AMF. Avant de vous admettre, l'association examine si vous disposez d'un programme d'activité approprié : conditions d'exercice envisagées, type d'activités, organisation du cabinet. Ce n'est pas une formalité d'inscription, c'est un examen de dossier.
Enfin, l'article L546-1 impose l'immatriculation au registre unique, celui tenu par l'ORIAS. Cette immatriculation est renouvelable chaque année et conditionnée au paiement préalable de frais annuels, plafonnés par arrêté, auxquels s'ajoute pour les CIF une contribution destinée à l'AMF.
Ces trois briques s'enchaînent, elles ne se superposent pas : l'ORIAS n'immatricule pas un CIF qui n'est pas adhérent, et l'association n'admet pas un dossier sans programme d'activité tenable.
L'ordre des démarches
| Étape | Ce qui se joue | Pourquoi à ce moment-là |
|---|---|---|
| 1. Vérifier son éligibilité | Honorabilité, résidence ou établissement en France (L541-2) | Un obstacle ici invalide tout le reste |
| 2. Construire le projet | Périmètre du conseil, clientèle, rémunération, moyens | C'est le futur programme d'activité |
| 3. Valider la compétence | Diplôme, expérience ou examen certifié AMF | Prérequis de l'adhésion |
| 4. Choisir et solliciter l'association agréée | Examen du programme d'activité (L541-4) | Aucune immatriculation sans adhésion |
| 5. Souscrire la RC professionnelle | Attestation demandée au dossier | Exigée avant l'immatriculation |
| 6. S'immatriculer à l'ORIAS | Registre unique (L546-1) | Dernière brique, pas la première |
| 7. Ajouter les statuts complémentaires | IAS, IOBSP, carte professionnelle immobilier | Selon les produits réellement distribués |
L'erreur classique est de traiter l'étape 6 comme un point de départ. L'ORIAS n'arbitre rien : il enregistre une situation déjà constituée ailleurs.
Sur la compétence, tout dépend de votre parcours : diplôme, expérience ou examen certifié n'ont ni les mêmes délais ni les mêmes pièces. Notre guide sur l'examen AMF des CIF et le délai de six mois détaille ce point. La formation CIF prépare ce socle réglementaire.
Les statuts à ajouter, selon ce que vous vendez réellement
Un cabinet purement CIF est rare. Dès que vous distribuez, il faut ouvrir une seconde ligne.
- Assurance vie, capitalisation, prévoyance : vous devenez distributeur d'assurance et relevez d'une immatriculation IAS, avec une capacité professionnelle à justifier. Voir la capacité IAS niveau 1.
- Crédit immobilier ou crédit à la consommation : vous relevez du régime des intermédiaires en opérations de banque et en services de paiement, avec ses propres niveaux de capacité.
- Entremise immobilière : vous sortez du code monétaire et financier pour entrer dans la loi Hoguet et sa carte professionnelle délivrée par la CCI.
Chaque ligne ouverte à l'ORIAS a un coût annuel et, surtout, une obligation de formation continue propre. C'est là que les cabinets multi-statuts se piègent : ils additionnent les immatriculations en janvier et découvrent en décembre le volume d'heures accumulé. Notre guide sur le cumul CIF, IAS et IOBSP sans doublon de formation traite ce cas.
Ce qui démarre le jour de l'immatriculation
L'installation n'est pas un aboutissement, c'est le déclenchement d'un calendrier. Trois échéances s'ouvrent immédiatement.
L'article 325-25 du règlement général de l'AMF impose aux personnes concernées de suivre chaque année des formations adaptées à leur activité et à leur expérience, selon les modalités prévues par l'association à laquelle le CIF adhère. Ce n'est pas l'AMF qui fixe le volume : c'est votre association.
L'article 325-21 du même règlement impose de transmettre une fiche de renseignements à l'association au plus tard le 30 avril de chaque année, et de l'informer de toute modification vous concernant.
Enfin, l'immatriculation ORIAS doit être renouvelée annuellement (L546-1). Le défaut de paiement du renouvellement, trente jours après une mise en demeure, entraîne la radiation du registre.
Si vous avez ajouté une ligne IAS, l'article R512-13-1 du code des assurances y superpose sa propre exigence : au moins quinze heures par an de formation ou de développement professionnels continus, avec obligation de pouvoir produire la liste des formations suivies, le nom de l'organisme, la date, la durée, les modalités et les thèmes.
Trois erreurs qui coûtent des mois
Déposer à l'ORIAS avant d'avoir l'adhésion. Le dossier reste en attente. L'ordre est associatif d'abord, registre ensuite.
Écrire un programme d'activité trop large. Décrire un cabinet qui fait tout — financier, assurance, crédit, immobilier, juridique — alors que les moyens et les statuts ne suivent pas est le meilleur moyen de faire caler l'examen du dossier. Décrivez ce que vous ferez la première année.
Oublier que le statut personnel et le statut de la société sont deux choses. Lorsque le CIF est une personne morale, l'article L541-2 vise les personnes physiques ayant le pouvoir de gérer ou d'administrer : ce sont elles qui portent les conditions d'âge, d'honorabilité et de compétence. Une société ne « possède » pas une compétence professionnelle, ses dirigeants la portent.
Panorama des obligations une fois installé : conseiller en gestion de patrimoine.
Questions fréquentes
Peut-on commencer à exercer avant d'être immatriculé ?
Non : l'immatriculation au registre unique prévue à l'article L546-1 conditionne l'exercice. Le règlement général de l'AMF prévoit un mécanisme distinct — et à ne pas confondre — pour les personnes qui exercent le conseil sous l'autorité d'un CIF déjà en place.
Le titre de « conseiller en gestion de patrimoine » est-il protégé ?
Le titre en lui-même n'est pas créé par un texte. Ce sont les activités exercées sous ce titre qui sont réglementées. Utiliser l'appellation sans détenir les statuts correspondant aux actes réalisés vous expose sur le terrain de l'exercice illégal, pas sur celui du titre.
Faut-il choisir son association agréée avant ou après avoir passé l'examen ?
Rien n'impose un ordre, mais l'association examine le dossier dans son ensemble. Prendre contact tôt permet de caler le programme d'activité et d'identifier la voie de compétence retenue avant de s'engager dans une préparation longue.
Les salariés du cabinet doivent-ils être immatriculés à l'ORIAS ?
L'article L546-1 exclut expressément les salariés des personnes qu'il vise de l'obligation d'immatriculation. Cela ne les dispense pas des exigences de compétence et de formation qui pèsent sur le cabinet à leur égard.
Sources officielles consultées
- Article L541-1 du code monétaire et financier – définition du conseiller en investissements financiers (Légifrance)
- Article L541-2 du code monétaire et financier – âge, honorabilité, compétence professionnelle (Légifrance)
- Article L541-4 du code monétaire et financier – adhésion à une association agréée par l'AMF (Légifrance)
- Article L546-1 du code monétaire et financier – immatriculation au registre unique, renouvelable chaque année (Légifrance)
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Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.