Formations Obligatoires
Assurance · Agent général d'assurance

Fausse déclaration du client : nullité, réduction d'indemnité et rôle de l'agent général

Questionnaire mal rempli, sinistre refusé : ce que disent les articles L113-8 et L113-9 et comment l'agent général sécurise sa souscription en agence générale.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat, éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · Mis à jour le · 7 min de lecture

Le dossier arrive toujours de la même façon. Un sinistre est déclaré, la compagnie l'instruit, puis revient avec une phrase qui fait mal : « déclaration inexacte à la souscription ». Le client, lui, se retourne vers l'agence — celle qui a rempli le questionnaire avec lui, parfois au téléphone.

C'est l'un des rares sujets où la qualité de votre entretien de souscription détermine, deux ans plus tard, si le contrat produit ses effets. Le code des assurances distingue nettement deux régimes, et un agent général gagne à savoir lequel s'applique avant que le client ne pose la question.

Le point de départ : répondre exactement aux questions posées

L'article L113-2 du code des assurances énumère les obligations de l'assuré. Parmi elles : répondre exactement aux questions posées par l'assureur, notamment dans le formulaire de déclaration du risque par lequel celui-ci l'interroge lors de la conclusion du contrat, sur les circonstances qui sont de nature à faire apprécier les risques pris en charge.

Deux mots comptent : questions posées. Le système français n'impose pas au client de deviner ce qui intéresse l'assureur ; il l'oblige à répondre exactement à ce qu'on lui demande. Le même article prévoit aussi l'obligation de déclarer, en cours de contrat, les circonstances nouvelles qui aggravent les risques ou en créent de nouveaux, dans un délai de quinze jours à compter du moment où l'assuré en a eu connaissance.

L'article L112-3 referme la porte de l'autre côté : lorsque l'assureur a posé des questions par écrit, notamment par un formulaire de déclaration du risque, il ne peut pas se prévaloir du fait qu'une question exprimée en termes généraux n'a reçu qu'une réponse imprécise. Une question floue ne produit pas de sanction contre le client.

Pour l'agence, la conséquence est directe : la solidité du dossier tient à la précision des questions effectivement posées et des réponses effectivement recueillies, pas à une déclaration générale de bonne foi signée en bas de page.

Deux régimes, deux issues très différentes

Situation Texte Conséquence
Réticence ou fausse déclaration intentionnelle qui change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureur Art. L113-8 Nullité du contrat ; les primes payées restent acquises à l'assureur
Omission ou déclaration inexacte sans mauvaise foi établie, découverte après un sinistre Art. L113-9 Réduction de l'indemnité en proportion des primes payées par rapport aux primes qui auraient été dues
Omission ou déclaration inexacte sans mauvaise foi, découverte avant tout sinistre Art. L113-9 Maintien du contrat avec augmentation de prime acceptée, ou résiliation dix jours après notification, avec restitution de la portion de prime

L'article L113-8 est sévère et le reste même quand l'inexactitude n'a joué aucun rôle dans le sinistre : le texte précise que la nullité est encourue alors même que le risque omis ou dénaturé a été sans influence sur le sinistre. L'assureur conserve les primes payées et peut réclamer, à titre de dommages et intérêts, les primes échues. Le deuxième alinéa n'est toutefois pas applicable aux assurances sur la vie.

L'article L113-9 fonctionne tout autrement. Il pose que l'omission ou la déclaration inexacte dont la mauvaise foi n'est pas établie n'entraîne pas la nullité. Après sinistre, l'indemnité est simplement réduite au prorata : rapport entre les primes payées et celles qui auraient été dues si les risques avaient été complètement et exactement déclarés. Le client est indemnisé, mais partiellement.

Toute la différence tient donc à un point de fait : la mauvaise foi, qui doit être établie par l'assureur et non présumée.

Ce que l'agence doit savoir faire à la souscription

Trois réflexes, valables quel que soit le produit.

Poser les questions, toutes les questions, et garder la trace des réponses. Un questionnaire prérempli « pour gagner du temps » est le pire ennemi du dossier : si la réponse inexacte a été portée par l'agence, la discussion se déplace de la mauvaise foi du client vers votre propre responsabilité professionnelle. Les montants de garantie en jeu sont rappelés dans notre guide sur la RC professionnelle et la garantie financière de l'agent général.

Reformuler les questions générales. L112-3 protège le client contre les questions vagues, donc contre les dossiers construits sur des questions vagues. Une question du type « avez-vous des antécédents ? » ne vous protège pas ; « avez-vous déclaré un sinistre au cours des 36 derniers mois, et pour quel montant ? » vous protège.

Expliquer la sanction, avant la signature. Beaucoup de clients minimisent une omission parce que personne ne leur a dit ce qu'elle coûte. Une phrase suffit : « si une réponse est inexacte et que c'est volontaire, le contrat peut être annulé et les primes restent acquises ». C'est aussi du devoir de conseil.

En cours de vie du contrat : l'aggravation du risque

L'aggravation est la seconde source de litige, et elle échappe souvent à l'agence parce qu'elle ne passe par aucun formulaire. Un local professionnel qui change d'activité, un véhicule qui devient l'outil de travail d'un salarié, une maison qui devient résidence secondaire louée : autant de circonstances nouvelles visées par l'article L113-2, à déclarer dans les quinze jours de leur connaissance.

Un point de contact annuel avec les clients à enjeu — avenant, avis d'échéance, appel de révision — est la seule parade réaliste. C'est aussi ce qui alimente la conversation commerciale, et cela s'articule avec les règles de résiliation détaillées dans notre guide sur les délais de résiliation que l'agence générale doit tenir.

Quand le litige est déjà là

L'agence n'est ni juge ni expert, mais elle est l'interlocuteur du client. Quatre points utiles :

  1. Vérifier le questionnaire réellement utilisé, sa date et la main qui l'a rempli : c'est la pièce déterminante.
  2. Identifier le régime invoqué. Nullité (L113-8) et réduction proportionnelle (L113-9) n'ouvrent pas les mêmes discussions.
  3. Regarder la rédaction des questions. Une question générale mal formulée affaiblit la position de l'assureur au titre de L112-3.
  4. Traiter la contestation comme une réclamation : accusé de réception, réponse dans les délais, information sur le médiateur, selon le circuit décrit dans notre guide sur les réclamations en agence générale.

Un thème naturel pour vos quinze heures

La déclaration du risque n'est pas un module réglementaire distinct, mais elle relève des connaissances attendues d'un distributeur : appréciation du risque, devoir de conseil, traitement des sinistres. Elle constitue donc un contenu solide au titre de l'obligation annuelle décrite sur la page formation DDA 15 heures, et, pour les collaborateurs qui souscrivent au comptoir, du socle de capacité rappelé sur la page formation IAS niveau 1. Les produits de personnes méritent une attention à part — questionnaire de santé, antécédents — traitée sur la page formation DDA santé et prévoyance.

Questions fréquentes

La nullité peut-elle être prononcée alors que l'omission n'a rien à voir avec le sinistre ?

Oui. L'article L113-8 le prévoit expressément : la nullité est encourue alors même que le risque omis ou dénaturé a été sans influence sur le sinistre, dès lors que la réticence ou la fausse déclaration intentionnelle change l'objet du risque ou en diminue l'opinion pour l'assureur.

Qui doit prouver la mauvaise foi du client ?

C'est à l'assureur d'établir la mauvaise foi. L'article L113-9 dispose que l'omission ou la déclaration inexacte dont la mauvaise foi n'est pas établie n'entraîne pas la nullité de l'assurance : à défaut de preuve, on retombe sur la réduction proportionnelle de l'indemnité.

Que se passe-t-il si l'inexactitude est découverte avant tout sinistre ?

L'article L113-9 laisse le choix à l'assureur : maintenir le contrat contre une augmentation de prime acceptée par l'assuré, ou résilier le contrat dix jours après notification adressée à l'assuré par lettre recommandée, en restituant la portion de prime payée pour le temps où l'assurance ne court plus.

Une réponse imprécise à une question vague peut-elle être reprochée au client ?

Non. L'article L112-3 interdit à l'assureur de se prévaloir du fait qu'une question exprimée en termes généraux n'a reçu qu'une réponse imprécise, lorsqu'il a interrogé l'assuré par écrit, notamment par un formulaire de déclaration du risque.

L'agence est-elle responsable si elle a rempli le questionnaire elle-même ?

La responsabilité s'apprécie au cas par cas, mais le risque est réel : un questionnaire renseigné par l'agence sans validation explicite du client déplace le débat vers la qualité de votre recueil d'informations. C'est précisément ce que vérifie un contrôle, comme le détaille notre guide sur les justificatifs à produire lors d'un contrôle en agence générale.

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.

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