Formations Obligatoires
Assurance · Agent général d'assurance

Réclamations en agence générale : délais, réponse et médiation

Ce qu'est une réclamation au sens de l'ACPR, l'accusé de réception sous dix jours, la réponse en deux mois et l'information sur le médiateur en agence générale.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat, éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · Mis à jour le · 7 min de lecture

Dans une agence générale, la réclamation n'arrive presque jamais par la voie officielle. Elle arrive au comptoir, dans un appel du lundi matin, ou dans un courriel de deux lignes qui commence par « je ne comprends pas ». Le réflexe naturel — régler le problème tout de suite, sans rien écrire — est aussi le principal facteur de désorganisation en cas de contrôle.

L'ACPR a refondu son cadre en la matière : la recommandation 2024-R-02 du 2 juillet 2024 abroge et remplace la recommandation 2022-R-01 du 9 mai 2022 à compter de sa publication. Elle s'adresse aux professionnels du secteur bancaire et assurantiel, intermédiaires compris.

Ce qu'est une réclamation — et ce que ce n'est pas

La recommandation retient une définition large. Une réclamation est une déclaration actant le mécontentement d'un client envers le professionnel auprès duquel elle est formulée. Elle peut émaner de toute personne, y compris :

  • des clients professionnels ;
  • d'anciens clients ;
  • de bénéficiaires ;
  • de personnes ayant sollicité du professionnel un produit ou un service ;
  • de personnes ayant été sollicitées par un professionnel ;
  • de leurs mandataires et de leurs ayants droit.

Deux enseignements pour une agence. D'abord, le prospect qui n'a jamais signé peut réclamer : un devis mal expliqué ou une prospection mal vécue entre dans le champ. Ensuite, la réclamation vous est adressée à vous, pas à la compagnie, dès lors que c'est à votre agence qu'elle est formulée.

Toute demande n'est pas une réclamation, et la frontière n'est pas toujours évidente. La recommandation comporte pour cette raison une annexe d'illustrations de la notion, qui mérite d'être lue une fois par le responsable d'agence puis diffusée aux collaborateurs.

Le calendrier à respecter

Étape Délai
Accusé de réception écrit d'une réclamation écrite Dix jours ouvrables à compter de son envoi
Réponse au réclamant Deux mois au maximum, sauf dispositions législatives ou réglementaires plus contraignantes

L'accusé de réception n'est pas une formalité vide : il doit indiquer comment accéder à la page d'information dédiée du professionnel ou, à défaut, reprendre les informations essentielles sur les modalités de réclamation et de médiation.

La règle des deux mois est un plafond, pas un objectif. Certaines matières — les services de paiement notamment — sont soumises à des délais plus courts fixés par la loi ; c'est le sens de la réserve « sauf dispositions plus contraignantes ».

L'information du client, avant même la réclamation

L'obligation commence en amont. L'article L521-2 du code des assurances impose à l'intermédiaire de communiquer, avant la conclusion du contrat, son identité, son adresse, son numéro d'immatriculation et les modalités de réclamation et de médiation, ainsi que l'existence éventuelle de liens financiers avec des entreprises d'assurance.

La recommandation de l'ACPR complète ce socle en attendant une information claire sur :

  • les modalités pratiques pour formuler une réclamation (adresse postale, site internet, autres canaux) ;
  • les délais d'accusé de réception et de réponse ;
  • le ou les médiateurs compétents selon les produits ou la nature des litiges, et les modalités pratiques de saisine ;
  • la possibilité, ou non, de saisir le médiateur sans délai.

Cette information doit être aisément accessible — la recommandation cite l'exemple d'une page trouvée en tapant « réclamation » dans le moteur de recherche du site. Pour une agence générale disposant d'un site vitrine, c'est une page à créer, et non un simple renvoi vers le site de la compagnie.

La médiation : ce que le client peut exiger

L'article L612-1 du code de la consommation est explicite : tout consommateur a le droit de recourir gratuitement à un médiateur de la consommation en vue de la résolution amiable du litige qui l'oppose à un professionnel. Le professionnel garantit au consommateur l'accès effectif à un dispositif de médiation.

Trois conséquences pratiques :

  • La gratuité est de principe pour le consommateur. Aucune facturation de dossier n'est concevable.
  • Lorsqu'il existe un médiateur dont la compétence s'étend à l'ensemble des entreprises d'un domaine d'activité, le professionnel permet toujours au consommateur d'y recourir.
  • Toute clause imposant au consommateur de recourir obligatoirement à la médiation avant de saisir le juge est prohibée. Une mention de ce type dans vos documents doit être supprimée.

Qui répond : la compagnie ou l'agence ?

Le texte ne tranche pas à votre place ; le traité de nomination et les procédures du réseau organisent la répartition. Mais la recommandation fixe deux exigences qui pèsent sur l'agence quelle que soit cette répartition.

La compétence des personnes qui traitent. Les collaborateurs habilités à traiter les réclamations doivent disposer des compétences nécessaires : connaissance des contrats, de la réglementation applicable, des outils et des procédures internes.

L'information et la formation des collaborateurs en contact avec la clientèle, y compris des délégataires, dès lors qu'ils sont susceptibles de recevoir des réclamations. Autrement dit : la personne à l'accueil doit savoir reconnaître une réclamation et la faire entrer dans le circuit, même si elle ne la traite pas.

C'est le point le plus souvent négligé en agence. Il justifie de consacrer une partie de vos heures de formation continue à la relation client et à la conformité — la page formation DDA 15 heures rappelle le périmètre de cette obligation annuelle, et le guide sur les obligations de formation de l'agent général le cadre général.

Traçabilité et suivi

La recommandation attend des moyens et des procédures permettant d'enregistrer les réclamations écrites et les réponses apportées, d'en suivre le traitement — y compris lorsqu'il est délégué — et de transmettre aux médiateurs les correspondances qui leur sont destinées.

Elle va plus loin que la simple archive : l'agence doit pouvoir mesurer les délais de traitement et la qualité des réponses, identifier les dysfonctionnements, les manquements à la réglementation ou les mauvaises pratiques commerciales révélés par les réclamations, et prendre dans des délais raisonnables les mesures correctives nécessaires.

Une réclamation isolée est un incident. Trois réclamations sur le même produit et la même formulation sont un signal de conformité — c'est exactement ce que cherche un inspecteur, du réseau comme de l'autorité. Notre guide sur ce que vérifient la compagnie et l'ACPR détaille les pièces attendues.

Check-list pour une agence générale

  1. Une page ou une fiche « réclamation » accessible, avec canaux, délais et médiateur compétent.
  2. Une boîte de réception dédiée, ou à défaut une règle écrite d'orientation du courrier et des courriels.
  3. Un modèle d'accusé de réception envoyé sous dix jours ouvrables, renvoyant à l'information dédiée.
  4. Un tableau de suivi : date de réception, objet, canal, date d'accusé, date de réponse, issue.
  5. Une revue trimestrielle des motifs récurrents, avec les mesures correctives décidées.
  6. Une séquence de sensibilisation pour tous les collaborateurs en contact avec la clientèle.

Questions fréquentes

Un appel téléphonique mécontent est-il une réclamation ?

La définition retenue par l'ACPR ne conditionne pas la réclamation à l'écrit : elle vise la déclaration actant le mécontentement d'un client. Les délais d'accusé de réception et de réponse écrite s'articulent en revanche autour des réclamations écrites. En pratique, tracer l'appel et proposer au client de confirmer par écrit reste la conduite la plus sûre.

Dois-je répondre à un prospect qui n'a jamais souscrit ?

Oui. La définition inclut expressément les personnes ayant sollicité un produit ou un service, ainsi que celles ayant été sollicitées par un professionnel. Un litige né d'une prospection entre donc dans le champ.

Puis-je renvoyer systématiquement le client vers ma compagnie ?

Le service réclamation du mandant traite les sujets contractuels, mais une réclamation formulée auprès de votre agence vous est adressée. Le renvoi doit être organisé, tracé et transparent pour le client, et non utilisé comme moyen de ne pas répondre. Si vous exercez aussi en courtage, le circuit diffère selon la casquette : voir notre guide sur l'agent général qui pratique le courtage.

Puis-je imposer la médiation avant toute action en justice ?

Non. L'article L612-1 du code de la consommation prohibe toute clause ou convention obligeant le consommateur à recourir à la médiation préalablement à la saisine du juge. Une mention de ce type figurant encore dans vos conditions ou sur votre site doit être retirée.

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.

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