Vendre une assurance par téléphone : les règles propres au courtier
Annonces en début d'appel, information réduite avec accord exprès, enregistrement conservé deux ans : le code des assurances depuis le 11 août 2026, étape par étape.
Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires
Publié le · 9 min de lecture

Beaucoup de cabinets de courtage vendent encore au téléphone : santé individuelle, emprunteur, auto, prévoyance. C'est légitime, et rien ne l'interdit. Mais le courtier qui appelle un particulier travaille sous deux régimes superposés, et confondre les deux est la première cause de dossier fragile.
Le premier régime dit si vous avez le droit d'appeler : c'est le code de la consommation. Le second dit comment vous avez le droit de vendre une fois en ligne : c'est le code des assurances. Ce guide porte sur le second, celui que les scripts d'appel oublient le plus souvent — et qui a été réécrit le 11 août 2026.
Deux couches de règles, deux logiques
| Question | Texte | Ce qu'il impose |
|---|---|---|
| Ai-je le droit d'appeler ce particulier ? | Article L223-1 du code de la consommation | Depuis le 11 août 2026, un consentement préalable, libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable |
| Comment dois-je conduire l'appel et conclure ? | Article L112-2-2 du code des assurances | Annonces en début d'appel, enregistrement, information réduite seulement avec accord exprès, traçabilité |
La première couche est commune à tous les secteurs ; nous l'avons détaillée dans notre guide sur le démarchage téléphonique après le 11 août 2026, écrit pour l'immobilier mais dont le mécanisme du consentement vaut à l'identique en assurance. Les articles R223-1 à D223-9 du code de la consommation, issus du décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026, en fixent le détail : recueil et preuve du consentement, conservée trois ans, retrait aussi simple que le recueil, appels du lundi au vendredi hors jours fériés, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h, quatre sollicitations au plus sur trente jours. La seconde couche, elle, n'existe que pour vous — et détenir un consentement valable ne dispense d'aucune des obligations qui suivent.
Ce qui a changé le 11 août 2026
L'article L112-2-2 a été réécrit par l'article 18 de l'ordonnance n° 2026-2 du 5 janvier 2026, entré en vigueur le 11 août 2026. La version applicable depuis le 1er avril 2022 imposait, pour l'appel passé à un particulier, son accord exprès à la poursuite de la conversation, l'interdiction de signer pendant l'appel et un délai d'au moins vingt-quatre heures entre la réception des documents et la signature. La nouvelle version ne reprend aucune de ces trois règles.
Si vos scripts, vos procédures internes ou votre outil de souscription ont été construits sur l'ancien texte, ils sont à relire : ils ne sont pas forcément illégaux (rien n'interdit d'attendre avant de faire signer), mais ils ne disent plus ce que la loi exige.
Étape 1 — les annonces, dès les premières secondes
Lorsqu'un assureur ou un intermédiaire contacte par téléphone un souscripteur ou un adhérent « en vue de conclure un contrat d'assurance », sont indiqués sans équivoque au début de la conversation : le but commercial de l'appel, le nom de l'assureur, ainsi que l'identité de la personne qui appelle et la nature du lien qu'elle entretient avec cet assureur. Le souscripteur est aussi informé que l'appel est enregistré. Pour un courtier, la nature du lien n'est pas un détail : elle dit au prospect à quel titre vous intervenez.
Un « bonjour, je vous appelle pour faire le point sur votre couverture » qui enchaîne sans citer l'assureur ni l'enregistrement ne remplit donc pas la condition.
Étape 2 — l'enregistrement et le droit de le refuser
L'article R112-7 du code des assurances, dans sa version modifiée par le décret n° 2026-3 du 5 janvier 2026 et en vigueur depuis le 11 août 2026, précise ce qu'il faut annoncer dès le début de l'appel :
- que, conformément à la loi, la conversation est enregistrée et, si un contrat est conclu, conservée deux ans ;
- le droit d'obtenir une copie de l'enregistrement ;
- que, si la personne ne souhaite pas être enregistrée, la conversation ne peut se poursuivre.
Et la conséquence de ce refus est radicale : le distributeur met fin immédiatement à l'appel. Il n'existe pas de voie de vente « hors enregistrement ». L'enregistrement n'est pas un outil de qualité interne : c'est une condition d'exercice.
Le même article impose d'informer vos salariés de l'existence du dispositif d'enregistrement, de ses finalités et de la durée légale de conservation, et précise que leurs appels privés n'en relèvent pas. C'est une obligation propre à l'employeur, qui rejoint vos obligations en matière de protection des données.
Étape 3 — l'information réduite, seulement avec accord exprès
L'accord exprès n'a pas disparu : il a changé d'objet. Il ne conditionne plus la poursuite de l'appel, mais l'allègement de l'information donnée au téléphone.
Si le souscripteur y consent expressément, vous pouvez ne lui communiquer par téléphone que les informations des 1° à 3° et 5° du III de l'article L112-2-1 : identité de l'assureur et de l'intermédiaire, montant de la prime, durée minimale du contrat, garanties et exclusions, droit de renonciation. Vous devez alors lui indiquer que les autres informations, dont vous lui précisez la nature, peuvent lui être communiquées à sa demande.
Sans cet accord, c'est l'information précontractuelle complète de l'article L112-2-1 qui est due avant la conclusion. Et dans les deux cas, le devoir de conseil reste entier : recueil des exigences et besoins, conseil motivé.
Étape 4 — la signature : plus de délai légal, toujours une exigence de preuve
Le texte ne fixe plus de délai entre l'appel et la signature, et n'interdit plus de conclure pendant la conversation. Cela ne rend pas la vente en un appel libre de toute contrainte : le client doit avoir reçu en temps utile l'information complète, ou l'information réduite avec son accord exprès ; son consentement doit pouvoir être prouvé ; le conseil doit être formalisé.
Le cycle reste donc structuré : annonces → qualification et conseil → information (complète, ou réduite avec accord tracé) → conclusion → envoi des documents. Les objectifs commerciaux doivent être calés sur ce que vous pouvez prouver, pas sur la seule vitesse.
Étape 5 — l'information après la conclusion
Lorsque vous avez usé de l'information réduite, les autres informations du III de l'article L112-2-1 doivent être fournies au souscripteur sur papier ou sur un autre support durable, immédiatement après la conclusion.
Pour un particulier, le contrat conclu à distance ouvre en outre un délai de renonciation de quatorze jours calendaires, trente en assurance vie (article L112-2-1). Les documents envoyés après l'appel doivent en rappeler l'existence et les modalités, ainsi que les procédures de réclamation et de médiation.
Étape 6 — conserver, tracer, prouver
L'article L112-2-2 impose aux distributeurs d'enregistrer, conserver et garantir la traçabilité de l'intégralité des communications téléphoniques intervenues avant la conclusion du contrat, pendant deux ans, afin de permettre à l'ACPR et à la DGCCRF d'en contrôler le respect. L'article R112-7 précise que, lorsqu'un contrat est conclu, l'enregistrement est conservé deux ans à compter de la signature, dans des conditions qui garantissent son intégrité et sa sécurité. À l'inverse, il est détruit sans délai si la personne s'oppose à la poursuite de l'appel, et dans le mois si elle ne donne pas suite.
Et le texte ajoute la règle qui décide de l'issue d'un contrôle : la charge de la preuve du respect des obligations d'information pèse sur l'assureur ou sur l'intermédiaire. Pas sur le client, pas sur l'ACPR. Un enregistrement introuvable équivaut, en pratique, à un manquement non justifié — voyez notre guide sur la préparation d'un contrôle ACPR. Les manquements à l'article L112-2-2 sont passibles d'une amende administrative de 75 000 euros au plus pour une personne physique et 375 000 euros pour une personne morale.
Ce qu'il faut reprendre dans le cabinet
- Le script d'appel. But commercial, nom de l'assureur, identité et nature des liens, annonce de l'enregistrement avec durée, copie et droit de refus : à dire dans cet ordre, avant tout argumentaire. Retirez la question « acceptez-vous de poursuivre ? » si elle ne sert qu'à l'ancien texte, ou gardez-la comme bonne pratique, mais ne la confondez pas avec l'accord exprès à l'information réduite.
- Le parcours de souscription. L'outil doit tracer l'accord exprès à l'information réduite, horodater l'envoi des documents et générer l'envoi immédiat, sur support durable, des informations non données au téléphone.
- L'archivage. Deux ans de communications antérieures à la conclusion, retrouvables par dossier et par date ; destruction programmée des appels sans suite.
- La formation des équipes. Devoir de conseil et protection de la clientèle font partie des thèmes de la formation DDA de 15 heures : un module traçable documente la compétence de vos téléconseillers autant que votre obligation annuelle.
Si votre cabinet vend aussi par courriel, visioconférence ou signature en ligne, le régime de la commercialisation à distance s'ajoute : voyez notre guide sur la vente à distance depuis le 19 juin 2026.
Questions fréquentes
Ces règles s'appliquent-elles à mes appels vers des entreprises ?
Le consentement préalable de l'article L223-1 du code de la consommation protège le consommateur : un appel vers un chef d'entreprise pour sa flotte automobile ou sa RC professionnelle n'en relève pas. L'article L112-2-2, lui, vise tout souscripteur ou adhérent contacté en vue de conclure un contrat d'assurance : les annonces de début d'appel et l'enregistrement valent donc aussi pour ces appels. Et un dirigeant appelé pour son contrat santé personnel est un particulier.
Et si le client rappelle de lui-même pour souscrire ?
L'article encadre la situation où c'est le distributeur qui contacte le souscripteur par téléphone. Un appel entrant, à l'initiative du client, ne constitue pas un démarchage. Les autres obligations du code des assurances — devoir de conseil, information précontractuelle, recueil des exigences et besoins — continuent bien sûr de s'appliquer intégralement.
Puis-je faire appeler par un plateau externe ?
Oui, mais les obligations vous suivent. Le donneur d'ordre reste comptable du respect du texte : consentement préalable du prospect, annonces de début d'appel, enregistrement, accord exprès tracé en cas d'information réduite, conservation deux ans. Exigez par contrat l'accès aux enregistrements et un script conforme, et contrôlez-les périodiquement.
Faut-il un consentement préalable même pour appeler un ancien client ?
L'interdiction posée par le code de la consommation n'est pas applicable lorsque la sollicitation intervient dans le cadre de l'exécution d'un contrat en cours et a un rapport avec l'objet de ce contrat, y compris pour proposer des produits ou services afférents ou complémentaires, ou de nature à en améliorer la qualité. Appeler un assuré au sujet de son contrat, ou pour une garantie complémentaire, relève de cette exception ; appeler un ancien client dont le contrat a pris fin, ou lui vendre un produit sans lien, en sort. La nuance mérite d'être écrite dans vos consignes internes.
Sources officielles consultées
- Article L112-2-2 du code des assurances, version en vigueur depuis le 11 août 2026 (Légifrance)
- Article R112-7 du code des assurances, version en vigueur depuis le 11 août 2026 (Légifrance)
- Ordonnance n° 2026-2 du 5 janvier 2026 relative à la commercialisation à distance de services financiers (art. 18 et 26) (Légifrance)
- Article L223-1 du code de la consommation, version en vigueur depuis le 11 août 2026 (Légifrance)
- Code de la consommation, art. R223-1 à D223-9 issus du décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 (Légifrance)
- Service-public.fr – démarchage téléphonique interdit sans consentement depuis le 11 août 2026
Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.
Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.
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