Honorabilité du MIA : ce que l'ORIAS vérifie dans le casier judiciaire
Le mandataire d'intermédiaire d'assurance ne fournit pas son casier : l'ORIAS interroge le bulletin n° 2. Quelles condamnations bloquent, pendant combien de temps.
Fondateur de Tech-Bharat, éditeur de Formations Obligatoires
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Dans un dossier d'immatriculation ORIAS, la capacité professionnelle occupe toute l'attention : quel niveau, quel diplôme, quel livret de stage. L'honorabilité, elle, ne fait l'objet d'aucune pièce à fournir — et c'est précisément ce qui la rend déroutante. Beaucoup de candidats mandataires d'intermédiaire d'assurance découvrent son existence au moment où leur dossier s'arrête à cette étape. Voici qui elle vise, ce qu'elle sanctionne, qui la contrôle et ce qu'il faut faire quand la situation évolue en cours de carrière.
Une condition d'accès, au même rang que la capacité
L'article L512-4 du code des assurances soumet aux conditions d'honorabilité une liste précise de personnes : les intermédiaires personnes physiques qui exercent en leur nom propre ; celles qui dirigent, gèrent ou administrent un intermédiaire personne morale ; les membres d'un organe de contrôle ; celles qui disposent du pouvoir de signer ou sont directement responsables de l'activité d'intermédiation ; ainsi que les salariés d'entreprises d'assurance directement responsables de cette activité.
Le texte renvoie, pour le contenu de la condition, aux I à VI de l'article L322-2 du même code — les dispositions écrites à l'origine pour les dirigeants d'entreprises d'assurance.
Pour un MIA, le périmètre des personnes contrôlées ne se limite donc pas au signataire du dossier. Le guide d'inscription publié par l'ORIAS en septembre 2025 le formule en termes opérationnels : lorsque l'activité est exercée à titre principal, tous les dirigeants figurant sur l'extrait Kbis doivent justifier de la capacité professionnelle de niveau 2 et de l'honorabilité ; lorsqu'elle est exercée à titre accessoire et qu'un dirigeant délégué porte la condition de capacité, le contrôle porte sur les dirigeants et sur ce dirigeant délégué. La personne qui porte la capacité et celles qui dirigent ne sont pas toujours les mêmes, mais l'honorabilité les concerne toutes.
Ce que sanctionne l'article L322-2
L'article distingue deux cas de figure dans son I. La condamnation définitive pour crime d'une part ; d'autre part la condamnation définitive à une peine d'au moins six mois d'emprisonnement, ferme ou avec sursis, pour l'un des délits qu'il énumère.
La liste couvre notamment les infractions du titre Ier du livre III du code pénal — vol, extorsion, escroquerie, abus de confiance —, le recel, le blanchiment et la corruption, le faux et la falsification, l'association de malfaiteurs et le trafic de stupéfiants, ainsi que la banqueroute, le prêt usuraire et les infractions à la législation financière et commerciale.
La durée. L'incapacité court pendant dix ans à compter de la décision définitive. Le II vise en outre les personnes frappées d'une mesure définitive de faillite personnelle au sens du livre VI du code de commerce. Les paragraphes suivants prévoient des tempéraments : le juge peut réduire la durée, et la personne concernée doit cesser son activité dans le délai prévu par le texte lorsque la condamnation intervient en cours d'exercice.
Deux points échappent souvent à la lecture rapide. Le sursis compte : une peine de six mois avec sursis produit le même effet qu'une peine ferme. Et la décision doit être définitive : une condamnation frappée d'appel ne l'est pas, c'est la fin des voies de recours qui fait courir le délai.
Le contrôle : l'ORIAS interroge, vous ne fournissez rien
C'est la particularité de cette condition, et le guide MIA de l'ORIAS est explicite : « L'interrogation du bulletin n° 2 du Casier judiciaire national est directement réalisée par l'Orias. Vous n'avez aucune démarche à faire. »
Cette étape intervient après la vérification des documents justificatifs : les pièces transmises depuis votre compte utilisateur sont contrôlées par un gestionnaire, qui vous recontacte en cas de non-conformité ; une fois le dossier complet, la demande passe au contrôle de l'honorabilité ; le dossier est ensuite examiné par la commission d'immatriculation, qui publie l'inscription le jour de sa tenue en cas d'acceptation, ou notifie un refus motivé par lettre recommandée avec accusé de réception.
L'ORIAS ajoute un conseil pratique qui explique la plupart des retards : veillez à ce que toutes les données d'identification des personnes physiques et des dirigeants soient exactes. Un prénom incomplet ou une date de naissance erronée suffit à faire échouer l'interrogation et à immobiliser un dossier.
Deux délais encadrent l'ensemble : l'immatriculation intervient dans un délai maximum de deux mois à compter de la réception d'un dossier complet, et toute demande restée inactive plus de quatre-vingt-dix jours est annulée.
Les pièces que vous fournissez, en revanche
La liste des informations du dossier figure à l'article A512-1 du code des assurances : identité et adresse professionnelle, pièce d'identité ou extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés de moins de trois mois, identité des dirigeants, participations dépassant 10 %, numéro SIREN, justificatifs de capacité, responsabilité civile professionnelle ou prise en charge par le mandant, garantie financière ou mandat d'encaissement, adhésion à une association professionnelle le cas échéant, et frais d'inscription. Le guide MIA y ajoute la pièce propre à la catégorie : une attestation de mandat démontrant l'existence et, le cas échéant, la durée du ou des mandats délivrés par un intermédiaire inscrit à l'ORIAS. Le détail de ces justificatifs est repris dans notre guide sur la capacité et l'immatriculation du MIA.
Aucune de ces pièces ne porte sur l'honorabilité : elle ne se prouve pas, elle se vérifie.
Une condamnation en cours de carrière : le réflexe du mois
L'obligation de mise à jour est le point le plus mal connu. L'ORIAS demande que tout changement exerçant une influence sur l'immatriculation soit signalé en amont lorsque c'est possible, ou au plus tard un mois après le changement. La liste des cas fréquents qu'il donne inclut, aux côtés du changement de dirigeant, du changement de siège social et de la pratique nouvelle de l'encaissement de fonds, les condamnations judiciaires définitives.
Autrement dit, l'honorabilité n'est pas un contrôle d'entrée que l'on passe une fois. C'est une condition continue, dont l'évolution vous incombe de déclarer.
S'y ajoute le rendez-vous annuel : entre le 1er et le 31 janvier, les MIA renouvellent leur inscription. L'ORIAS liste ce qui est attendu — frais d'inscription, attestation de garantie financière à jour le cas échéant, adhésion renouvelée à une association professionnelle agréée le cas échéant, et surtout un mandat en cours de validité. Un mandataire dont le mandat a pris fin en décembre ne peut pas renouveler en janvier.
La nomination d'un nouveau dirigeant appelle la même vigilance : il entre dans le périmètre de l'article L512-4 et sera contrôlé. Traiter la question avant la nomination évite de découvrir un obstacle une fois les statuts modifiés.
Ce qui se passe une fois immatriculé
L'honorabilité conditionne l'accès ; la capacité professionnelle et la formation continue conditionnent le maintien. Un MIA à titre principal justifie de la capacité de niveau 2, un MIA à titre accessoire peut relever du niveau 3 sous réserve des produits distribués : voir les parcours IAS niveau 2 et IAS niveau 3, et le comparatif des catégories d'immatriculation MA et MIA.
S'y ajoutent les quinze heures annuelles de formation continue attendues de tout distributeur d'assurance. Ces trois conditions — honorabilité, capacité, formation continue — se contrôlent ensemble : un dossier solide sur deux d'entre elles ne compense pas la troisième.
Questions fréquentes
Dois-je fournir mon casier judiciaire à l'ORIAS ?
Non. Le guide d'inscription MIA indique que l'interrogation du bulletin n° 2 du Casier judiciaire national est réalisée directement par l'ORIAS et que vous n'avez aucune démarche à faire. Votre seule obligation est de transmettre des données d'identification exactes.
Une condamnation ancienne m'empêche-t-elle d'être immatriculé ?
L'article L322-2 fixe une incapacité de dix ans à compter de la décision définitive. Au-delà, la condamnation ne fait plus obstacle au titre de ce texte. Le juge peut par ailleurs réduire cette durée. Une contravention, ou une condamnation à une peine inférieure à six mois d'emprisonnement pour un délit visé, ne relève pas du même régime — le texte doit être lu ligne à ligne, avec son conseil.
Le contrôle porte-t-il sur moi seul ou sur toute la société ?
Sur les personnes désignées par l'article L512-4 : dirigeants, gestionnaires, administrateurs, membres d'un organe de contrôle, titulaires du pouvoir de signature et responsables directs de l'intermédiation.
Que se passe-t-il si je suis condamné après mon immatriculation ?
La condamnation judiciaire définitive figure parmi les modifications à signaler à l'ORIAS, au plus tard un mois après le changement. L'article L322-2 prévoit en outre la cessation de l'activité dans le délai qu'il fixe lorsque la condamnation intervient en cours d'exercice.
Mon dossier est bloqué à l'étape « contrôle de l'honorabilité » : que faire ?
Vérifiez d'abord l'exactitude des données d'identification saisies pour chaque personne concernée : c'est la cause la plus fréquente. Rappelez-vous qu'une demande inactive plus de quatre-vingt-dix jours est annulée.
Sources officielles consultées
- Article L512-4 du code des assurances – conditions d'honorabilité des intermédiaires et de leurs dirigeants (Légifrance)
- Article L322-2 du code des assurances – condamnations faisant obstacle à l'exercice (Légifrance)
- ORIAS – Guide d'inscription du mandataire d'intermédiaire d'assurance (MIA), version 1.0, septembre 2025
- Article A512-1 du code des assurances – pièces du dossier d'immatriculation (Légifrance)
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Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.
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