Formations Obligatoires
Assurance · Courtier en assurance

Formation DDA non faite : ce que vous risquez vraiment

15 heures DDA manquantes : association, ORIAS, mise en demeure et sanctions de l'ACPR (art. L612-41), responsabilité du mandant et de l'employeur, par statut.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · 10 min de lecture

Un conseiller reçoit un couple de clients à son bureau

Quinze heures par an, c'est peu sur une année de production. C'est pourtant l'un des manquements les plus faciles à établir lors d'un contrôle, parce qu'il se prouve par un document : la liste des formations suivies. Ce guide répond à une seule question, statut par statut : si les quinze heures ne sont pas faites, qui risque quoi, et de la part de qui ? Il s'appuie uniquement sur les textes en vigueur au 25 septembre 2026.

L'obligation en deux phrases

L'article L511-2 du code des assurances impose aux intermédiaires d'assurance, ainsi qu'au personnel des entreprises d'assurance et des intermédiaires qui présente, propose ou aide à conclure des contrats, des exigences de formation et de développement professionnels continus. Ils doivent « être en mesure de justifier par tout moyen » du respect de ces exigences, pour eux-mêmes et pour leur personnel.

L'article R512-13-1 fixe la durée à quinze heures par an au minimum et précise la preuve : pour chaque personne concernée, la liste des formations suivies avec le nom de l'entité qui les a délivrées, la date, la durée, les modalités et les thèmes traités.

Le texte ne prévoit ni report d'une année sur l'autre, ni rattrapage, ni amende forfaitaire. Le risque ne vient donc pas d'un barème, mais des trois contrôleurs qui peuvent constater le manquement : l'association professionnelle, l'ACPR et, pour les réseaux, le mandant.

Premier contrôleur : l'association professionnelle agréée

Pour un courtier et pour ses mandataires non salariés (les MIA d'un courtier), l'adhésion à une association professionnelle agréée est une condition de l'immatriculation à l'ORIAS (article L513-3). Les agents généraux inscrits sous un même numéro en sont dispensés, tout comme les établissements de crédit et les mandataires qui agissent pour eux.

L'association ne se contente pas d'encaisser une cotisation. L'article R513-9 lui confie la vérification du respect, par ses membres et leur personnel, de l'obligation de formation continue. Chaque année, le membre lui fournit une liste nominative du personnel concerné, avec le poste occupé, le nombre d'heures et les thèmes des formations suivies, et tient à sa disposition les fiches de postes et les attestations. L'association vérifie aussi que les formations ont été effectivement dispensées et qu'elles sont adaptées aux produits distribués et aux fonctions exercées. L'article R513-10 impose que chaque membre soit vérifié au moins une fois tous les cinq ans.

Si le membre ne remplit plus les conditions ou les engagements de son adhésion, l'article L513-6 permet à l'association de lui retirer d'office la qualité de membre. Ce retrait est notifié à l'ORIAS et à l'ACPR. Or, sans adhésion, un courtier ne remplit plus une condition de son immatriculation. Le parcours complet de ce contrôle est décrit dans notre guide sur l'adhésion obligatoire à une association de courtage.

Soyons précis : un retrait d'office pour une seule année incomplète, régularisée dès la première demande, n'a rien d'automatique. Les sanctions que chaque association peut prononcer sont fixées par écrit et approuvées par l'ACPR (article L513-5). Mais un membre qui ne répond pas, ou qui produit des listes vides plusieurs années de suite, se place exactement dans l'hypothèse du texte.

Deuxième contrôleur : l'ACPR

L'ACPR contrôle toute personne qui exerce une activité d'intermédiation en assurance (article L612-2, II, du code monétaire et financier). En pratique, sa réaction à un défaut de formation suit une gradation.

Les mesures de police administrative. L'article L612-31 permet à l'ACPR de mettre en demeure un intermédiaire de prendre, dans un délai déterminé, les mesures de mise en conformité, de lui enjoindre de mettre fin au manquement et de ne pas le réitérer, et d'assortir la mise en demeure d'une astreinte. Pour un défaut de formation, cela se traduit typiquement par l'obligation de former les personnes concernées et d'en justifier dans un délai fixé.

La procédure disciplinaire. Si l'intermédiaire a enfreint une disposition dont l'ACPR assure le respect, ou n'a pas déféré à une mise en demeure, la commission des sanctions peut prononcer, en fonction de la gravité, l'une des sanctions de l'article L612-41, contre lui ou contre ses dirigeants :

  1. l'avertissement ;
  2. le blâme ;
  3. l'interdiction d'effectuer certaines opérations d'intermédiation ;
  4. la suspension temporaire d'un ou plusieurs dirigeants ;
  5. la démission d'office d'un ou plusieurs dirigeants ;
  6. la radiation du registre de l'ORIAS ;
  7. l'interdiction de pratiquer l'activité d'intermédiation.

Les interdictions et la suspension ne peuvent excéder dix ans. La commission peut y ajouter, ou prononcer à la place, une sanction pécuniaire pouvant atteindre 100 millions d'euros, et l'assortir d'une astreinte. La décision est en principe rendue publique, aux frais de la personne sanctionnée. Ce n'est pas l'article L612-39, souvent cité, qui s'applique aux intermédiaires : ce dernier vise les établissements et organismes agréés.

Un défaut de formation n'est pas forcément le seul point examiné lors d'un contrôle, qui porte sur l'ensemble des règles de distribution. Mais c'est un grief simple à démontrer, puisqu'il suffit de constater l'absence de liste ou d'attestations, et il renseigne le contrôleur sur l'organisation du cabinet. Notre guide sur la préparation d'un contrôle ACPR chez un courtier décrit le déroulé.

Le risque pénal : pas pour la formation, mais pour la suite

Aucune infraction pénale ne sanctionne directement quinze heures manquantes. Le pénal n'arrive que si la situation dégénère : un intermédiaire radié de l'ORIAS, ou qui n'a pas pu renouveler son immatriculation faute d'adhésion, et qui continue de distribuer, enfreint l'article L512-1. L'article L514-1 punit les infractions à ce chapitre de deux ans d'emprisonnement et de 6 000 euros d'amende, ou de l'une de ces deux peines seulement.

Statut par statut : qui répond de quoi

Le courtier répond de ses propres heures et de celles de son personnel concerné. Il est exposé aux trois niveaux : association, ACPR, puis risque pénal en cas de perte de l'immatriculation.

Le MIA d'un courtier est lui-même un intermédiaire, immatriculé et adhérent d'une association. Il doit produire sa propre liste de formations. Son mandant a aussi un intérêt direct à la vérifier : l'article L511-1, IV, rend l'employeur ou le mandant civilement responsable du dommage causé par la faute, l'imprudence ou la négligence de ses mandataires agissant en cette qualité. Pour la tenue du relevé, voir notre guide sur le relevé de formation continue du MIA.

L'agent général n'adhère pas à une association de courtage, mais il est intermédiaire au sens du code et relève directement de l'ACPR. Sa compagnie mandante, civilement responsable de ses actes de distribution au titre du même article L511-1, IV, lui réclame en pratique ses attestations dans le cadre de ses propres contrôles. Les suites contractuelles d'un défaut répété relèvent du traité de nomination et des accords de la compagnie ; les textes consultés ne prévoient pas de révocation automatique.

L'employeur (cabinet de courtage, agence, compagnie) répond de la formation de ses salariés. Un salarié d'intermédiaire n'est pas immatriculé à titre personnel (article L512-1, II) : c'est l'entreprise qui doit produire la liste de ses formations, et c'est elle qui supporte la sanction. Le salarié, lui, n'est pas visé par l'échelle de l'article L612-41, qui s'applique à l'intermédiaire et à ses dirigeants. Sur l'organisation interne, voir notre guide sur la formation DDA des salariés d'un cabinet.

Tableau récapitulatif

Qui Qui constate Ce qui peut arriver Texte
Courtier et ses salariés Association agréée Demande de justificatifs, retrait d'office de la qualité de membre notifié à l'ORIAS et à l'ACPR C. assur. L513-3, L513-6, R513-9, R513-10
MIA d'un courtier Association agréée ; mandant Mêmes suites ; le mandant répond civilement des fautes de son mandataire C. assur. L513-3, L511-1 IV
Agent général ACPR ; compagnie mandante Mise en demeure, sanctions disciplinaires ; demandes de la compagnie CMF L612-31, L612-41 ; C. assur. L511-1 IV
Tout intermédiaire ACPR Avertissement, blâme, interdictions, radiation, jusqu'à 100 M€, publication CMF L612-41
Intermédiaire radié qui continue Juge pénal 2 ans d'emprisonnement, 6 000 € d'amende C. assur. L512-1, L514-1
Salarié Employeur Pas de sanction ACPR personnelle ; l'entreprise répond C. assur. L512-1 II, R512-13-1

Ce qui se passe concrètement lors d'un contrôle

Qu'il vienne de l'association ou de l'ACPR, le contrôle porte sur des documents, pas sur des déclarations :

  • la liste nominative des personnes concernées, avec leur poste ;
  • pour chacune, les formations suivies sur la période, avec les cinq éléments exigés par l'article R512-13-1 : entité, date, durée, modalités, thèmes ;
  • les attestations correspondantes ;
  • les fiches de postes, pour vérifier que les thèmes sont adaptés aux produits distribués.

Les faiblesses qui ressortent le plus souvent sont connues : une personne oubliée dans la liste (un commercial arrivé en cours d'année, un gérant qui ne se compte pas), des heures déclarées sans attestation, une réunion commerciale comptée comme formation, ou des thèmes sans rapport avec les contrats vendus.

Vous êtes en retard : que faire maintenant

  1. Faites l'inventaire, personne par personne. Listez toutes les personnes qui présentent, proposent ou aident à conclure des contrats, dirigeants compris, et comptez les heures justifiées sur l'année en cours.
  2. Complétez avant la fin de la période. Le texte parle de quinze heures « par an » et ne prévoit pas de report. Des heures faites en décembre valent autant que des heures faites en mars ; des heures faites en janvier suivant ne valent pas pour l'année écoulée.
  3. Choisissez des thèmes cohérents avec les produits distribués. L'association vérifie l'adéquation, pas seulement le total.
  4. Si l'année est déjà close et incomplète, ne maquillez rien. Réalisez les heures manquantes au plus vite, datez-les correctement et expliquez la situation à l'association ou au contrôleur. Une régularisation rapide ne fait pas disparaître le manquement passé, mais elle montre que l'organisation a été corrigée, ce qui compte dans l'appréciation de la gravité.
  5. Répondez à toute demande dans le délai fixé. Ne pas déférer à une mise en demeure de l'ACPR est, en soi, l'un des cas de sanction prévus par l'article L612-41 ; et une association ne peut pas maintenir un membre qui ne produit pas ses justificatifs.

Pour la situation particulière des arrivées en cours d'année, voir notre guide sur les 15 heures DDA au prorata.

Se mettre en règle

La formation DDA 15 heures se suit 100 % en ligne et délivre une attestation portant l'organisme, la date, la durée, la modalité et les thèmes, c'est-à-dire les éléments que l'article R512-13-1 demande de pouvoir produire. Pour un courtier qui doit aussi justifier de sa formation à la lutte contre le blanchiment, le pack courtier en assurance réunit les quinze heures DDA et sept heures de LCB-FT.

Questions fréquentes

L'ACPR peut-elle sanctionner un cabinet pour une seule année de formation incomplète ?

Le texte le permet, puisque l'article L612-41 vise toute infraction à une disposition dont l'ACPR assure le respect. La sanction est choisie « en fonction de la gravité du manquement », et l'ACPR dispose aussi de la mise en demeure pour obtenir une régularisation. Un défaut répété, généralisé à l'équipe ou accompagné d'autres manquements pèse évidemment plus lourd qu'une année incomplète corrigée.

Mon association peut-elle me radier de l'ORIAS ?

Non, pas directement. L'association peut retirer d'office la qualité de membre (article L513-6) et notifie ce retrait à l'ORIAS. C'est ensuite la perte de cette condition d'immatriculation qui compromet votre inscription. La radiation disciplinaire du registre est, elle, une sanction de l'ACPR.

Un salarié qui refuse de se former peut-il être sanctionné par l'ACPR ?

Non. L'échelle de l'article L612-41 vise l'intermédiaire et ses dirigeants. C'est l'employeur qui répond de la formation de son personnel ; les suites à donner à un refus relèvent du droit du travail.

Des heures DDA peuvent-elles venir d'une autre obligation de formation ?

Oui, dans une certaine mesure : l'article R512-13-1 demande de lister les formations suivies « y compris lorsqu'elles ont été réalisées en application d'autres obligations réglementaires ». Encore faut-il qu'elles correspondent aux compétences exigées pour la distribution d'assurances et aux produits distribués.

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.

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  • Formation continue des distributeurs d'assurances (DDA) : au moins 15 heures par an (code des assurances, art. L511-2 et R512-13-1), sur les compétences listées à l'art. A512-8.

L'ORIAS et l'ACPR n'agréent pas les organismes de formation : cette mention signifie que le programme, la durée et l'attestation respectent les textes qu'ils font appliquer.

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