Pictogrammes de danger CLP : ce que chaque salarié doit savoir lire
Les 9 pictogrammes de danger CLP, Danger ou Attention, codes H et P, dangers sans pictogramme : comment lire l'étiquette d'un produit chimique au travail.
Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires
Publié le · 7 min de lecture

Un losange rouge sur un bidon ne dit rien à qui ne sait pas le lire. Voici ce que signifient les neuf pictogrammes du règlement européen CLP, ce que l'étiquette dit en plus, et les pièges qui font qu'un produit dangereux passe pour anodin.
D'où viennent ces pictogrammes
Depuis le règlement (CE) n° 1272/2008, dit CLP, les produits chimiques dangereux vendus dans l'Union portent une étiquette harmonisée. L'INRS précise que ce règlement applique en Europe le système international SGH et qu'il a abrogé l'ancien système le 1er juin 2015. Les anciens symboles carrés orange ne devraient donc plus se trouver sur les produits récents, mais l'INRS signale qu'on en croise encore sur les lieux de travail, sur de vieux stocks.
Le pictogramme CLP a une forme fixée par le texte (annexe I, section 1.2.1) : un symbole noir sur fond blanc, dans un cadre rouge, en forme de carré posé sur la pointe. Il en existe exactement neuf (annexe V).
Les neuf pictogrammes, un par un
| Code | Symbole | Ce qu'il annonce |
|---|---|---|
| SGH01 | Bombe explosant | Le produit peut exploser : explosifs, certaines substances autoréactives et certains peroxydes |
| SGH02 | Flamme | Il s'enflamme : gaz, aérosols, liquides ou solides inflammables, produits qui dégagent un gaz inflammable au contact de l'eau |
| SGH03 | Flamme au-dessus d'un cercle | Il fait brûler les autres : produit comburant, qui peut provoquer ou aggraver un incendie |
| SGH04 | Bouteille à gaz | Gaz sous pression, qui peut exploser à la chaleur ; gaz liquéfié réfrigéré, qui brûle par le froid |
| SGH05 | Corrosion | Il ronge : les métaux, la peau, les yeux |
| SGH06 | Tête de mort sur deux tibias | Toxicité aiguë : il empoisonne rapidement, même à faible dose |
| SGH07 | Point d'exclamation | Irritant, allergisant pour la peau, nocif à plus forte dose, somnolence ou vertiges |
| SGH08 | Silhouette à la poitrine étoilée | Danger grave pour la santé : cancer, atteinte de l'ADN, de la fertilité ou du fœtus, atteinte d'organes, allergie respiratoire, danger mortel en cas d'aspiration |
| SGH09 | Environnement | Toxique pour les poissons, les crustacés, les algues |
L'INRS a résumé ces neuf dessins en phrases que l'on retient : « J'explose », « Je flambe », « Je fais flamber », « Je suis sous pression », « Je ronge », « Je tue », « J'altère la santé », « Je nuis gravement à la santé », « Je pollue ».
Trois pictogrammes que l'on lit mal
Une étude menée en Espagne auprès de 118 salariés du nettoyage (Martí Fernández et al., Archivos de Prevención de Riesgos Laborales, 2015) a mesuré leur compréhension des pictogrammes. La tête de mort et la flamme étaient correctement décrites par 94 % et 95 % des personnes interrogées. Pour la toxicité grave pour la santé, la corrosion, le point d'exclamation, l'environnement et la bombe, les bonnes réponses tombaient entre 48 % et 64 %. Le comburant et la bouteille à gaz n'étaient compris que par 7 % d'entre elles. Les auteurs relevaient parmi les facteurs de mauvaise compréhension le fait de ne pas avoir été formé à l'usage des produits chimiques.
Ces résultats portent sur un échantillon précis, mais pointent trois confusions :
- SGH03, le comburant, ressemble à la flamme. Il ne brûle pas forcément lui-même : il nourrit le feu. Stocké à côté d'un produit inflammable, il rend un départ de feu bien plus violent.
- SGH04, la bouteille à gaz, ne dit rien de la toxicité du gaz. Elle signale la pression. Le gaz peut être inerte et pourtant dangereux : l'INRS rappelle qu'un gaz comme l'azote peut appauvrir l'air en oxygène et provoquer une asphyxie sans que la victime s'en rende compte.
- SGH08, la silhouette étoilée, est le plus important et le moins parlant. C'est lui qui signale les produits cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction. Effets parfois des dizaines d'années plus tard : c'est lui qui doit faire lire toute l'étiquette.
Ce que l'étiquette dit en plus du pictogramme
L'article 17 du règlement CLP fixe le contenu de l'étiquette. Autour des pictogrammes, on trouve :
- Le fournisseur : nom, adresse, téléphone.
- Le produit : son nom et, pour un mélange, les substances qui expliquent sa classification.
- La mention d'avertissement : « Danger » pour les catégories les plus graves, « Attention » pour les moins graves. Jamais les deux à la fois (article 20).
- Les mentions de danger, codes H : une phrase qui décrit le danger. Par exemple H225 « Liquide et vapeurs très inflammables », H314 « Provoque de graves brûlures de la peau et des lésions oculaires », H317 « Peut provoquer une allergie cutanée », H350 « Peut provoquer le cancer ».
- Les conseils de prudence, codes P : ce qu'il faut faire pour prévenir, réagir, stocker, éliminer. En principe pas plus de six sur l'étiquette (article 28).
Logique des numéros : H200 pour les dangers physiques, H300 pour la santé, H400 pour l'environnement ; P200 pour la prévention, P300 pour la conduite à tenir, P400 pour le stockage, P500 pour l'élimination.
Le piège des dangers sans pictogramme
L'INRS le répète : ne vous contentez pas des symboles, lisez l'étiquette en entier. Deux raisons.
D'abord, un même pictogramme couvre des dangers très différents. Le point d'exclamation signale aussi bien une irritation passagère qu'une allergie cutanée, dont l'INRS cite les eczémas parmi les effets.
Ensuite, certains dangers n'ont pas de pictogramme du tout. C'est le cas des effets sur ou via l'allaitement (annexe V du CLP). C'est aussi le cas des nouvelles classes créées par le règlement délégué (UE) 2023/707, comme la perturbation endocrinienne pour la santé humaine : la mention EUH380 (« Peut provoquer une perturbation endocrinienne chez l'être humain ») s'accompagne de la mention « Danger », mais d'aucun pictogramme. Le texte prévoit leur application aux substances au plus tard en mai 2025 et aux mélanges au plus tard en mai 2026, avec des délais pour les produits déjà sur le marché. Un produit sans losange n'est donc pas forcément un produit sans danger.
Après l'étiquette : la fiche de données de sécurité
L'étiquette est un résumé. Le détail figure dans la fiche de données de sécurité, en seize rubriques, que le fournisseur doit remettre pour tout produit classé dangereux. Le code du travail garantit au salarié l'accès à ces fiches (article R4412-38, 2°). Trois rubriques servent au poste : la 4 (premiers secours), la 6 (fuite ou déversement) et la 8 (protections à porter).
Deux réflexes :
- Tout récipient de transvasement porte une étiquette. L'INRS rappelle qu'elle doit figurer sur chacun des emballages successifs.
- Jamais de produit chimique dans une bouteille d'eau ou un emballage alimentaire : c'est une cause d'ingestion accidentelle citée par l'INRS.
Ce que l'employeur doit faire
Lire une étiquette s'apprend. L'article R4412-38 du code du travail impose à l'employeur d'informer les salariés exposés sur les agents chimiques présents, leurs risques et les précautions à prendre, et de les former. La formation risque chimique en ligne couvre la partie théorique commune à tous les postes, dont la lecture de l'étiquette et de la fiche de données de sécurité ; l'employeur la complète au poste avec ses propres produits. Pour un nouvel arrivant sur un chantier, voir aussi les formations à prévoir avant le premier jour et l'ensemble des obligations de formation de l'employeur.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de pictogrammes de danger ?
Neuf, définis par l'annexe V du règlement CLP, de SGH01 (bombe explosant) à SGH09 (environnement). Tous ont la même forme : un symbole noir sur fond blanc dans un cadre rouge, en carré posé sur la pointe.
Quelle différence entre « Danger » et « Attention » ?
« Danger » signale les catégories de dangers les plus graves, « Attention » les moins graves (article 2 du règlement CLP). Une étiquette ne porte jamais les deux.
Un produit sans pictogramme est-il sans danger ?
Non. Certains dangers ne sont signalés que par une phrase, comme les effets sur l'allaitement ou la perturbation endocrinienne (EUH380). Il faut lire les mentions de danger et la fiche de données de sécurité.
Que faire si un produit porte encore une ancienne étiquette orange ?
Le signaler à son encadrement : c'est un produit ancien, antérieur à l'abrogation de l'ancien système le 1er juin 2015 selon l'INRS. L'employeur demande au fournisseur la fiche de données de sécurité à jour.
Sources officielles consultées
- Règlement (CE) n° 1272/2008 (CLP) : art. 2, 17 à 22 ; annexe I, section 1.2.1 ; annexe V (pictogrammes de danger)
- Règlement délégué (UE) 2023/707 (nouvelles classes de danger, mentions EUH380 et suivantes)
- Code du travail, art. R4412-38 (information et formation des travailleurs, accès aux fiches de données de sécurité)
- INRS, brochure ED 6150 « Travailler avec des produits chimiques. Pensez prévention des risques ! » (2019, révisée en 2020)
- Martí Fernández F. et al., « Comprensión de los pictogramas de peligro de productos químicos entre trabajadores de la limpieza », Arch Prev Riesgos Labor, 2015, doi:10.12961/aprl.2015.18.2.03 (PubMed 25877796)
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