Consignation électrique : les cinq étapes et qui a le droit de consigner
Consignation électrique : séparer, condamner, identifier, vérifier l'absence de tension, mettre à la terre. Et qui peut consigner : BC, BR, BE Manœuvre.
Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires
Publié le · 11 min de lecture

« C'est coupé. » Dans les accidents électriques sur des installations à l'arrêt, cette phrase revient souvent. L'INRS le résume dans sa brochure sur les consignations : la victime se croit en sécurité parce que l'équipement ne fonctionne pas, et « une situation dangereuse est créée par la confusion entre l'arrêt et le niveau de sécurité ». Un disjoncteur ouvert n'est pas une consignation. Une consignation, c'est une procédure en cinq opérations, dans un ordre précis, réalisée par une personne habilitée pour cela. Voici lesquelles, ce que dit le droit, et qui peut consigner.
Ce que dit le code du travail
Le code du travail fixe le principe et le résultat à atteindre ; la méthode est renvoyée à la norme NF C 18-510.
L'article R4544-4 oblige l'employeur à faire effectuer les travaux hors tension, sauf si l'évaluation des risques montre que la mise hors tension est dangereuse ou en cas d'impossibilité technique. Il lui impose aussi de supprimer le voisinage de pièces nues sous tension, « en consignant l'installation ou la partie d'installation à l'origine de ce voisinage », ou à défaut par éloignement, obstacle ou isolation.
L'article R4544-5 dit ce qu'est un travail hors tension :
- la partie d'installation concernée « doit être préalablement identifiée et consignée, de telle façon que, pendant toute la durée des travaux, aucune tension ne subsiste, ne puisse apparaître ou réapparaître » ;
- la tension ne peut être rétablie « qu'après que l'installation a été déconsignée, et que si le rétablissement de la tension ne présente aucun risque ».
Trois verbes, donc : la tension ne doit ni subsister, ni apparaître, ni réapparaître. Couper ne traite que le premier. La condamnation traite le troisième (quelqu'un qui referme le disjoncteur). La vérification d'absence de tension et la mise à la terre traitent le deuxième (une source oubliée, une réalimentation par l'aval, une tension induite).
L'INRS le rappelle sur sa page consacrée à la prévention : « Les travaux effectués hors tension sont les seuls présentant une sécurité totale vis-à-vis du risque électrique. Le moyen de s'assurer que toute tension est effectivement supprimée et qu'elle le reste est la consignation. »
Les cinq opérations, dans l'ordre
La brochure ED 6109 de l'INRS liste les opérations de la consignation électrique d'un équipement et précise qu'elles « doivent être appliquées dans l'ordre spécifié ».
1. Séparer
Séparer l'équipement, préalablement identifié, de toute source d'énergie électrique, en amont comme en aval. L'INRS indique que la séparation doit être « certaine » et peut être obtenue par vue directe des contacts séparés, par enlèvement de pièces de contact, par interposition d'un écran entre les contacts, ou par un dispositif dont la position reflète fidèlement celle des contacts. Pour toutes les tensions, « la dépose de ponts, l'enlèvement de fusibles, le retrait d'une fiche de prise de courant constituent une séparation certaine ».
Le piège classique est la source oubliée : alimentation de secours, onduleur, deuxième arrivée, retour par un autre circuit. La fiche INRS ED 6177, destinée aux électriciens, en fait un point de contrôle avant toute opération : « J'ai repéré toutes les sources d'énergie électrique principales ou secondaires. »
2. Condamner
Condamner les organes de séparation en position d'ouverture, pour interdire leur manœuvre. Selon l'ED 6109, la condamnation est une immobilisation par blocage mécanique (serrure, cadenas…) au moyen d'un dispositif « difficilement neutralisable et facilement identifiable ». Les moyens doivent être dédiés : l'INRS déconseille fortement un cadenas standard de casier ou de boîte à outils.
La condamnation s'accompagne d'une signalisation très visible. L'ED 6109 donne l'exemple d'une pancarte « CONDAMNÉ — DÉFENSE DE MANŒUVRER SANS AUTORISATION », complétée du nom, de la date, de l'heure et du repère.
3. Identifier
Identifier, sur le lieu de travail, l'équipement concerné, « pour être certain que les opérations seront bien exécutées sur l'équipement de travail prévu ». C'est la réponse au risque de confusion de circuits : on a bien condamné un départ, mais pas celui sur lequel on va travailler. L'INRS conseille d'installer l'appareil de séparation au plus près de la zone à isoler et de l'identifier « parfaitement et durablement ». Il cite le verrouillage par transfert de clefs comme le seul système qui, par conception, impose l'ordre prévu et empêche toute confusion.
4. Vérifier l'absence de tension (VAT)
La VAT se fait « sur chacun des conducteurs actifs, y compris le neutre, à l'aide d'un dispositif vérificateur d'absence de tension spécialement conçu à cet effet », et « au lieu de travail » (ED 6109). L'INRS précise que « les appareils de mesurage et les détecteurs de type voltmètre, tournevis testeur, etc. ne sont pas des VAT ».
Point souvent oublié : tant que l'absence de tension n'est pas vérifiée, l'installation doit être considérée comme sous tension. L'ED 6109 le dit ainsi : la vérification d'absence de tension « doit être considérée comme une opération sur une installation sous tension » et implique les mesures de sécurité correspondantes, équipements de protection compris. La fiche ED 6177 ajoute de vérifier que les EPI et accessoires sont en bon état et de les tester si nécessaire, en citant les gants et le VAT.
5. Mettre à la terre et en court-circuit
Cette mise à la terre et en court-circuit (MALT-CC) se fait « immédiatement après la VAT », sur tous les conducteurs actifs y compris le neutre, au plus près de la zone de travail, avec des équipements conçus à cet effet, en raccordant toujours « côté terre avant d'être raccordée côté conducteur ». Elle protège contre une réalimentation, les effets de l'induction et du couplage capacitif, et décharge les énergies accumulées. L'INRS précise qu'elle n'est pas toujours requise en basse tension : c'est la norme NF C 18-510 qui en fixe les conditions.
| Étape | Ce qu'elle empêche | Erreur typique |
|---|---|---|
| Séparer | Que la tension subsiste | Source secondaire oubliée, neutre non coupé |
| Condamner | Que la tension réapparaisse par une manœuvre | Disjoncteur ouvert sans cadenas ni pancarte |
| Identifier | De travailler sur un autre circuit | Départ mal repéré, schéma pas à jour |
| VAT | De croire à une absence de tension | Testeur ou voltmètre utilisé à la place d'un VAT |
| MALT-CC | Qu'une tension apparaisse (réalimentation, induction) | Oubliée là où la norme l'exige |
La déconsignation n'est pas un simple réarmement
L'article R4544-5 subordonne le rétablissement de la tension à la déconsignation et à l'absence de risque. L'ED 6109 décrit les opérations, « généralement conduites dans l'ordre inverse » : retirer les écrans, protecteurs et balisages ; déposer les mises en court-circuit, puis les mises à la terre en commençant par l'extrémité côté conducteur actif ; retirer la condamnation ; refermer l'organe de séparation. Avant cela, il faut s'assurer que l'opération est réellement terminée et que personne n'est encore exposé.
Qui a le droit de consigner ?
Consigner est une opération sur l'installation : elle est réservée à des travailleurs habilités (article R4544-9). La foire aux questions de l'INRS distingue trois situations.
Consigner pour d'autres : le chargé de consignation (BC)
« Pour consigner tout ou partie d'une installation pour des tiers, il faut être habilité chargé de consignation symbole BC en basse tension ou HC en haute tension. » L'INRS ajoute que le chargé de consignation « ne peut réaliser que des opérations de consignation et de déconsignation. Toutes les autres opérations lui sont interdites. » C'est lui qui remet à l'équipe de travaux l'attestation de consignation.
Consigner pour soi-même : le BR et les chargés d'essais
« La consignation pour son propre compte n'est autorisée que pour le chargé d'intervention générale (habilité symbole BR), dans le cadre d'une intervention en basse tension et pour les chargés d'essais (habilités symboles B2V Essai, H2V Essai, BE Essai ou HE Essai) dans le cadre de leurs essais. » Le BR peut aussi consigner pour son exécutant. Le BS, de son côté, ne consigne pas : selon l'INRS, il réalise pour son propre compte la mise hors tension (préidentification, séparation, condamnation, vérification d'absence de tension) de la partie d'installation sur laquelle il intervient, dans les limites étroites de ses interventions élémentaires.
Manœuvrer pour une consignation : le BE Manœuvre
Le titulaire du BE Manœuvre « peut réaliser uniquement des manœuvres d'exploitation […] ou de consignation (séparation ou condamnation) », et l'INRS précise qu'il peut réaliser ces manœuvres de consignation « sur ordre d'un chargé de consignation habilité symbole BC ». Il exécute donc certaines étapes, mais ce n'est pas lui qui consigne : l'identification, la VAT, la mise à la terre et la remise de l'attestation restent au chargé de consignation.
| Qui | Pour qui | Quelles étapes |
|---|---|---|
| BC / HC | Pour des tiers (équipe de travaux) | Toutes, plus l'attestation de consignation |
| BR | Pour lui-même et son exécutant | Toutes, dans le cadre d'une intervention BT |
| BS | Pour lui-même | Mise hors tension : préidentification, séparation, condamnation, VAT |
| BE Manœuvre | Sur ordre d'un BC | Séparation et condamnation |
| Personnel non électricien (B0, H0) | — | Aucune |
Ce que montrent les études
Les données françaises détaillées sur les consignations manquées ne sont pas publiées, mais deux études américaines éclairent le sujet. Une analyse des rapports d'enquête de l'administration fédérale de la sécurité au travail sur des décès survenus dans l'industrie manufacturière entre 1984 et 1997, lors d'opérations où une procédure de consignation (lockout/tagout) s'imposait, a montré que l'électrocution figurait parmi les mécanismes les plus fréquents, et que la consignation n'avait même pas été tentée dans au moins 58,8 % des cas examinés (Bulzacchelli et al., American Journal of Industrial Medicine, 2008).
Une seconde étude des mêmes auteurs n'a pas trouvé de baisse attribuable à l'entrée en vigueur de la norme fédérale de 1990 sur la maîtrise des énergies, une fois pris en compte les autres facteurs ; les auteurs avancent comme explication possible une application volontaire avant la norme chez certains employeurs et une faible application après chez d'autres (Bulzacchelli et al., Injury Prevention, 2007). Ces travaux portent sur les machines et sur un autre pays ; leur enseignement commun est simple : une règle écrite ne protège que si la procédure est effectivement appliquée, à chaque fois.
Cas pratique (fictif) : le dépannage du vendredi soir
Dans un atelier fictif, un convoyeur s'arrête. Hugo, électricien habilité BR, ouvre le disjoncteur du départ dans l'armoire, puis commence à démonter le moteur. Une opératrice, qui ne voit pas Hugo derrière la machine et ne trouve aucune pancarte, referme le disjoncteur pour relancer la ligne.
Ce qui a manqué : la condamnation (cadenas personnel sur l'organe de séparation) et la signalisation ; l'identification sur place du moteur effectivement séparé ; la VAT sur chacun des conducteurs, neutre compris, avec un VAT et non un testeur. Hugo avait le droit de consigner pour son propre compte ; il ne l'a pas fait. S'il avait dû faire intervenir deux collègues sur la ligne, la consignation pour eux aurait relevé d'un chargé de consignation habilité BC. Et la cheffe d'équipe de l'opératrice, habilitée BE Manœuvre, n'aurait pu manœuvrer pour la consignation que sur ordre de ce chargé de consignation.
Former les bonnes personnes
La formation préalable à l'habilitation comporte une partie théorique et une partie pratique (article R4544-10) : on n'apprend pas à poser un cadenas ni à utiliser un VAT dans un module en ligne. Notre formation habilitation électrique BE Manœuvre (partie théorique) explique les manœuvres d'exploitation et de consignation que ce symbole autorise, et le rôle du chargé de consignation qui les ordonne. Pour les électriciens qui consignent pour leur propre compte, la formation habilitation électrique BR consacre un module entier à la consignation, à la VAT et aux équipements de protection. Pour choisir le bon symbole selon les gestes du poste, voir aussi BS, BE Manœuvre ou H0B0 : quel titre pour quel salarié ?.
Questions fréquentes
Ouvrir le disjoncteur suffit-il pour travailler hors tension ?
Non. L'article R4544-5 exige que la partie d'installation soit identifiée et consignée de façon qu'aucune tension ne subsiste, n'apparaisse ou ne réapparaisse : séparation, condamnation, identification, VAT et, lorsque la norme l'exige, mise à la terre et en court-circuit.
Un tournevis testeur suffit-il pour vérifier l'absence de tension ?
Non. L'INRS précise que les voltmètres et tournevis testeurs ne sont pas des VAT : la vérification se fait avec un dispositif spécialement conçu, sur chaque conducteur actif, neutre compris, au lieu de travail.
La mise à la terre est-elle toujours obligatoire ?
En haute tension, elle fait partie de la consignation. En basse tension, l'INRS indique qu'elle n'est pas toujours requise et renvoie aux conditions de la norme NF C 18-510.
Un agent habilité B0 peut-il consigner ?
Non. Le B0 concerne des opérations d'ordre non électrique. Consigner est une opération d'ordre électrique, réservée aux symboles cités par l'INRS (BC, BR, chargés d'essais) ; le BE Manœuvre peut seulement séparer et condamner sur ordre d'un chargé de consignation.
Sources officielles consultées
- Code du travail, art. R4544-4 (travaux hors tension en priorité, suppression du voisinage)
- Code du travail, art. R4544-5 (travaux hors tension : identification, consignation, déconsignation)
- Code du travail, art. R4544-9 (opérations réservées aux travailleurs habilités)
- INRS, brochure ED 6109 « Consignations et déconsignations », octobre 2020
- INRS, Risques électriques : prévention du risque électrique (procédure de consignation)
- INRS, Habilitation électrique : foire aux questions (qui consigne pour soi-même et pour les autres, BE Manœuvre)
- INRS, brochure ED 6127 « L'habilitation électrique », décembre 2020
- Bulzacchelli M.T. et al., « Circumstances of fatal lockout/tagout-related injuries in manufacturing », American Journal of Industrial Medicine, 2008 (PMID 18702095)
- Bulzacchelli M.T. et al., « Effects of the Occupational Safety and Health Administration's control of hazardous energy (lockout/tagout) standard on rates of machinery-related fatal occupational injury », Injury Prevention, 2007 (PMID 17916891)
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