AIPR : qui doit l'avoir, quel profil choisir, comment l'obtenir
AIPR opérateur, encadrant ou concepteur : qui doit l'avoir, sur quelles pièces l'employeur la délivre, combien de temps elle vaut et comment l'obtenir.
Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires
Publié le · 10 min de lecture

L'AIPR, autorisation d'intervention à proximité des réseaux, est demandée sur presque tous les chantiers de travaux publics, de réseaux, de voirie ou de paysage. Beaucoup la croient délivrée par un organisme de formation ou par l'État : elle ne l'est pas. Voici qui doit l'avoir, quel profil correspond à quel poste, et le chemin exact pour l'obtenir, texte par texte.
D'où vient l'obligation
Le point de départ est l'article R554-31 du code de l'environnement. Le responsable de projet (le maître d'ouvrage ou son représentant) et l'exécutant des travaux (l'entreprise) doivent s'assurer de « la formation et de la qualification minimale nécessaire » des personnes qui travaillent sous leur direction et, le cas échéant, de « la disponibilité de l'autorisation d'intervention à proximité de réseaux correspondante ». Pour les travaux urgents, l'exécutant doit le vérifier « de manière systématique ».
Les détails sont fixés par l'arrêté du 15 février 2012 modifié, dans son titre XI (articles 20 à 22), applicable depuis le 1er janvier 2018 (article 25). L'arrêté du 22 décembre 2015 organise l'examen par QCM. Ces textes visent un but simple : éviter que des réseaux de gaz, d'électricité, d'eau ou de télécommunications soient arrachés par un godet ou percés par une foreuse. Le guide d'application de la réglementation estimait à plus de 65 000 par an le nombre de dommages aux réseaux en France en 2016.
L'obligation ne concerne pas les particuliers qui font eux-mêmes des travaux sur leur propre terrain (article 20 I de l'arrêté).
Qui doit avoir une AIPR
L'article 21 I de l'arrêté du 15 février 2012 dresse la liste.
Côté entreprise de travaux (exécutant), l'AIPR est obligatoire pour toute personne qui intervient :
- comme encadrant des travaux : chef de chantier, chef d'équipe, conducteur de travaux. Le guichet unique précise qu'au moins un encadrant titulaire doit être identifiable sur chaque chantier, présent ou capable de s'y rendre dans la demi-journée ;
- comme conducteur d'un engin figurant à l'annexe 4 de l'arrêté : bouteur et chargeuse, pelle hydraulique et chargeuse-pelleteuse, niveleuse, grue à tour, grue mobile, grue auxiliaire de chargement, plateforme élévatrice mobile de personnes, chariot automoteur à conducteur porté, machine de forage ou de travaux sans tranchée, camion aspirateur équipé d'un outil de décompactage, camion à benne basculante, pompe et tapis à béton ;
- comme intervenant en travaux urgents : toute personne qui contribue directement à des travaux urgents de fouille, d'enfoncement, de forage ou de compactage du sol, ou à des travaux urgents à moins de 3 mètres de lignes électriques aériennes basse tension ou de lignes de traction ferroviaires ou guidées, ou à moins de 5 mètres d'autres lignes électriques.
Le texte vise aussi le suiveur de conduite d'engin, mais l'article 25 reporte cette obligation à une date qu'un arrêté doit encore fixer.
Côté maître d'ouvrage (responsable de projet), l'AIPR est obligatoire pour au moins une personne qui assure pour son compte la conduite ou la surveillance des travaux, dès lors que plusieurs entreprises (sous-traitants compris) ou plusieurs travailleurs indépendants interviennent. Cette personne peut être un salarié du maître d'ouvrage ou de son représentant, par exemple un maître d'œuvre.
Les prestataires certifiés en détection ou en géoréférencement des réseaux et les auditeurs des organismes certificateurs sont également concernés, en profil concepteur (arrêté du 22 décembre 2015, article 2 II).
Opérateur, encadrant, concepteur : quel profil pour quel poste
L'arrêté du 22 décembre 2015 distingue trois profils, qui correspondent à trois examens différents.
| Profil | Pour qui | Examen | Équivalences |
|---|---|---|---|
| Opérateur | Conducteurs d'engins de l'annexe 4, intervenants en travaux urgents | 30 questions, réussite à 36 points sur 60 | — |
| Encadrant | Personnel qui encadre les chantiers pour l'entreprise de travaux | 40 questions, réussite à 48 sur 80 | Vaut opérateur |
| Concepteur | Personnel du maître d'ouvrage ou du maître d'œuvre : DT, analyse des réponses, investigations complémentaires, dossier de consultation, marquage-piquetage, suivi des travaux | 40 questions, réussite à 48 sur 80 | Vaut encadrant et opérateur |
Le choix se fait sur le poste réellement tenu, pas sur le diplôme. Un chef d'équipe qui conduit aussi la mini-pelle passe l'encadrant, qui couvre l'opérateur. Un conducteur de travaux qui prépare lui-même les DT pour le compte d'un maître d'ouvrage public aura besoin du concepteur. En cas de doute, le profil supérieur couvre les profils inférieurs (article 2 VII de l'arrêté de 2015).
Comment l'obtenir : l'employeur délivre, sur une pièce justificative
C'est le point le plus mal compris : l'AIPR est délivrée par l'employeur. Ni l'organisme de formation, ni le centre d'examen, ni l'administration ne la délivrent.
Selon l'article 21 I, la délivrance est conditionnée à deux choses :
- l'estimation que l'employeur fait de la compétence de la personne ;
- une pièce justificative parmi les suivantes :
- un certificat, diplôme ou titre de qualification professionnelle de moins de cinq ans, correspondant aux activités et figurant sur une liste fixée par arrêté (arrêtés de 2018 et 2019 cités par le guichet unique) ;
- un CACES en cours de validité dont le champ prend en compte l'intervention à proximité des réseaux (le guichet unique cite les CACES R482 avec l'option « IPR ») ;
- une attestation de compétences en cours de validité obtenue après l'examen par QCM ;
- pour des travaux strictement aériens et sans impact sur les réseaux souterrains, une habilitation électrique ;
- un titre équivalent délivré dans un autre État de l'Union européenne.
Dans la pratique, la voie la plus fréquente est l'examen par QCM. L'employeur inscrit son salarié dans un centre d'examen figurant sur la liste officielle publiée par le guichet unique (www.reseaux-et-canalisations.ineris.fr) ; l'examen se passe sur la plateforme nationale du ministère. En cas de réussite, le centre remet une attestation de compétences au salarié et à l'employeur. L'employeur établit alors l'AIPR. Le ministère propose un modèle, le Cerfa n° 15465*02, mais aucun modèle n'est obligatoire : l'AIPR peut figurer dans un passeport regroupant les titres du salarié.
Deux cas particuliers :
- Travailleur indépendant, élu non salarié ou employeur qui veut l'AIPR pour lui-même : la pièce justificative (par exemple l'attestation de compétences) vaut AIPR (article 21 I). Il peut se présenter à l'examen en candidat libre (arrêté de 2015, article 2 IV).
- Intérimaire : l'AIPR est délivrée par l'entreprise de travail temporaire ; le guichet unique admet qu'elle le soit par l'entreprise utilisatrice, qui peut apprécier les compétences, au vu des pièces transmises.
Faut-il suivre une formation avant l'examen ?
Non, aucune formation n'est imposée. Le guide d'application de la réglementation l'écrit noir sur blanc : « Il n'existe pas de formation obligatoire spécifique pour préparer l'examen QCM AIPR » (fascicule 1, § 15.1). Le guichet unique ajoute que l'employeur est « totalement libre du choix du mode de formation ».
L'arrêté exige en revanche que les intervenants aient les compétences appropriées (article 20 II). Les formations, quand elles existent, doivent faire connaître les risques d'endommagement, apprendre à s'en prémunir et à limiter les conséquences d'un dommage, expliciter la réglementation et les prescriptions techniques (article 20 III). Une préparation sérieuse augmente surtout les chances de réussite, car le barème pénalise les erreurs : jusqu'à 5 points perdus sur une question dite prioritaire. Le barème complet figure à l'article 2 de l'arrêté du 22 décembre 2015 : +2 points par bonne réponse, 0 pour « je ne sais pas », −1 par erreur et −5 par erreur sur une question prioritaire, le tout en une heure au plus.
Combien de temps vaut l'AIPR
L'article 21 III fixe la règle : la validité de l'AIPR ne peut dépasser celle de la pièce justificative. Pour une pièce sans date limite, elle s'arrête cinq ans après la délivrance de cette pièce.
Concrètement :
- sur une attestation de compétences (QCM), l'AIPR vaut au plus jusqu'à la fin de validité de l'attestation, soit cinq ans à compter de l'examen selon le guichet unique ;
- sur un CACES, elle ne peut dépasser la date de fin du CACES ;
- sur un diplôme ou un titre, elle ne peut dépasser cinq ans après sa délivrance.
La date limite et les références de la pièce doivent figurer sur l'AIPR. L'employeur conserve la pièce (ou une copie) dans le dossier du salarié pendant toute sa présence dans l'entreprise et la lui rend à son départ (article 21 IV). L'AIPR ne suit pas le salarié : chez un nouvel employeur, il faut une nouvelle AIPR, qui peut être délivrée sur la même pièce si elle est encore valable.
Cas pratique (fictif) : une entreprise de paysage
Une entreprise de paysage fictive de douze salariés décroche l'aménagement d'un square, avec plantations, pose de bordures et tranchée d'arrosage. Plusieurs entreprises interviennent pour la commune.
- Les deux conducteurs de mini-pelle et le chauffeur du camion benne relèvent de l'annexe 4 : AIPR opérateur.
- La cheffe de chantier encadre les équipes : AIPR encadrant.
- Les jardiniers qui plantent à la bêche ne conduisent pas d'engin listé et ne font pas de travaux urgents : l'AIPR ne leur est pas imposée, mais l'entreprise doit tout de même s'assurer de leur formation et les informer de la localisation des réseaux (article R554-31 II).
- Côté commune, au moins un agent qui suit les travaux doit détenir une AIPR concepteur.
La gérante vérifie les CACES : l'un, sans option réseaux, ne permet pas de délivrer l'AIPR. Elle inscrit ce conducteur et la cheffe de chantier dans un centre d'examen de la liste officielle, après une préparation, puis signe les AIPR au vu des attestations.
Ce que notre formation fait, et ce qu'elle ne fait pas
Nos parcours en ligne préparent à l'examen : la formation AIPR opérateur en 3 heures, la formation AIPR encadrant en 5 heures et la formation AIPR concepteur en 6 heures. Ils reposent sur le code de l'environnement, l'arrêté du 15 février 2012 et le guide d'application, avec des cas de chantier et des entraînements au format du QCM.
Ils ne délivrent ni l'attestation de compétences ni l'AIPR : l'examen se passe dans un centre reconnu et l'AIPR reste signée par l'employeur. Si vos équipes travaillent aussi près d'installations électriques, voyez notre guide sur l'habilitation électrique H0B0, qui obéit à d'autres règles.
Questions fréquentes
L'AIPR est-elle un diplôme ?
Non. C'est une autorisation délivrée par l'employeur, propre à cette entreprise, fondée sur une pièce justificative et sur l'appréciation des compétences (arrêté du 15 février 2012, article 21).
Un CACES suffit-il ?
Seulement s'il est en cours de validité et que son champ prend en compte l'intervention à proximité des réseaux. Le guichet unique indique que les CACES R482 avec l'option « IPR » le permettent ; sans cette option, il faut passer l'examen par QCM.
Que se passe-t-il en cas d'échec à l'examen ?
L'article 21 I considère l'intervenant en situation régulière, sans AIPR, s'il est inscrit à l'examen dans un délai de moins de deux mois après un premier échec. Le centre peut remettre une attestation d'échec et le détail des résultats (arrêté de 2015, article 2 VII).
Qui contrôle ?
L'AIPR est tenue à la disposition de l'inspection du travail, des services de prévention de la sécurité sociale et des services de l'environnement (DREAL) (article 21 V).
Sources officielles consultées
- Code de l'environnement, art. R554-31 (formation, qualification et AIPR des intervenants)
- Code de l'environnement, art. R554-32 (travaux urgents : AIPR de tous les intervenants)
- Arrêté du 15 février 2012 modifié, art. 21 (personnes soumises à l'AIPR, pièces justificatives, validité)
- Arrêté du 15 février 2012 modifié, texte consolidé (art. 20, 22, 25, annexe 4 : liste des engins)
- Arrêté du 22 décembre 2015 modifié, art. 2 (trois profils, examen par QCM)
- Guichet unique (INERIS), AIPR et examen QCM
- Guide d'application de la réglementation, fascicule 1, chapitre 15 (AIPR)
- Cerfa n° 15465*02, modèle d'AIPR proposé par le ministère
Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.
Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.
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