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Santé, sécurité et CSE

AIPR périmée ou absente : ce que risquent l'employeur et le salarié

AIPR expirée, jamais délivrée ou restée chez l'ancien employeur : amende administrative, contrôles, délai de deux mois après un échec, mise en règle.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · 9 min de lecture

Deux collègues travaillent ensemble devant un ordinateur portable

Une AIPR qui expire passe souvent inaperçue : elle ne fait l'objet d'aucun rappel officiel et reste dans un classeur jusqu'au jour d'un contrôle ou d'un accrochage de réseau. Que risque l'entreprise, que risque le salarié, et comment régulariser vite ? Voici ce que prévoient les textes, sans dramatiser ni minimiser.

Trois situations différentes

L'AIPR n'a jamais été délivrée. Le salarié conduit une pelle ou encadre un chantier sans que l'employeur ait jamais signé d'autorisation. C'est le cas le plus net : l'obligation de l'article 21 de l'arrêté du 15 février 2012 n'est pas respectée.

L'AIPR est périmée. Sa validité ne peut dépasser celle de la pièce justificative qui la fonde ; pour une pièce sans date limite, elle s'arrête cinq ans après la délivrance de cette pièce (article 21 III). Une AIPR fondée sur une attestation de compétences passée il y a plus de cinq ans, ou sur un CACES expiré, ne vaut plus rien. Juridiquement, une AIPR périmée équivaut à une AIPR absente.

L'AIPR vient d'un ancien employeur. L'AIPR est délivrée par l'employeur et lui est propre. Le guide d'application est explicite : en cas de changement d'employeur, une nouvelle AIPR doit être délivrée. La bonne nouvelle : le nouvel employeur peut la délivrer sur la même pièce justificative si elle est encore valable (article 21 IV), sans repasser l'examen.

Qui est obligé, exactement

L'obligation pèse d'abord sur l'employeur. L'article R554-31 du code de l'environnement demande à l'exécutant des travaux de s'assurer de la formation et de la qualification minimale de ses équipes et, le cas échéant, de « la disponibilité de l'autorisation d'intervention à proximité de réseaux correspondante » ; pour les travaux urgents, il doit le faire « de manière systématique ». L'article R554-32 conditionne même la procédure des travaux urgents au fait que l'ensemble des personnes intervenant sous la direction de l'exécutant dispose de l'AIPR.

Sont visés, côté entreprise : les encadrants, les conducteurs des engins listés à l'annexe 4 de l'arrêté (pelles, chargeuses, grues, nacelles, chariots, foreuses, camion aspirateur avec outil de décompactage, camion à benne basculante, pompe et tapis à béton) et les intervenants en travaux urgents. Côté maître d'ouvrage : au moins une personne qui conduit ou surveille les travaux quand plusieurs entreprises interviennent (article 21 I).

Le salarié, lui, ne peut pas se délivrer l'AIPR à lui-même. Seuls le travailleur indépendant, l'élu non salarié ou l'employeur qui travaille lui-même peuvent faire valoir leur pièce justificative comme AIPR.

Le risque n° 1 pour l'entreprise : l'amende administrative

L'article R554-35 du code de l'environnement prévoit une amende administrative dont le montant ne peut dépasser 1 500 euros « pour chacun des manquements » qu'il énumère. Le 10° vise le cas où l'exécutant des travaux met en œuvre des travaux « sans respecter les exigences de l'article R554-29 ou de l'article R554-31 » : faire intervenir des personnes sans l'AIPR requise entre dans ce cas. Le 12° sanctionne en outre les travaux effectués selon la procédure d'urgence sans en remplir les conditions.

Deux précisions :

  • le montant maximal est doublé en cas de récidive (dernier alinéa de l'article R554-35) ;
  • l'amende est encourue par manquement, ce qui peut se cumuler sur un même chantier.

Les amendes pénales de l'article L554-1-1 (15 000 euros et 30 000 euros) visent autre chose : l'absence de déclaration préalable avant des travaux près des canalisations de transport, et l'absence de déclaration d'une dégradation à leur exploitant. Elles ne sanctionnent pas l'absence d'AIPR en tant que telle, mais elles montrent l'échelle de gravité que le législateur attache à ces chantiers.

Les contrôles : qui peut demander l'AIPR

L'AIPR doit être tenue, par le responsable de projet ou par l'exécutant selon le cas, à la disposition de l'inspection du travail, des agents des services de prévention des organismes de sécurité sociale et des services régionaux de l'environnement (DREAL et équivalents) (article 21 V). Les pièces justificatives, ou leurs copies, sont conservées par l'employeur dans le dossier du salarié pendant toute sa présence dans l'entreprise (article 21 IV).

Sur le chantier, le contrôle commence en interne. Le référentiel de compétences de l'encadrant prévoit qu'il sache vérifier les autorisations d'intervention à proximité des réseaux du personnel mis à sa disposition (annexe 5-2 de l'arrêté). Un chef de chantier qui confie la pelle à un intérimaire sans vérifier son AIPR manque à l'une de ses missions de base.

Au-delà de l'amende : la responsabilité en cas de dommage

L'AIPR n'est pas qu'un papier. Elle est l'une des façons dont l'employeur montre qu'il a respecté son obligation de sécurité : le code du travail lui impose de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des travailleurs, y compris des actions d'information et de formation (article L4121-1), et d'organiser une formation pratique et appropriée à la sécurité à l'embauche ou lors d'un changement de poste ou de technique (article L4141-2).

Si un réseau de gaz ou un câble électrique est endommagé, l'enquête s'intéressera à la préparation du chantier : déclarations, marquage-piquetage, techniques employées, compétences des personnes. Une AIPR absente ou périmée ne prouve pas à elle seule une faute dans l'accident, mais elle prive l'entreprise d'un élément de preuve de sa diligence. Nous ne citons ici aucune décision de justice : chaque dossier dépend des faits.

Ce que risque le salarié

Le code de l'environnement fait peser l'obligation d'AIPR sur l'employeur, pas sur le salarié. Le salarié reste tenu, selon sa formation et ses possibilités, de prendre soin de sa sécurité et de celle des autres, conformément aux instructions de l'employeur (code du travail, article L4122-1).

En pratique, les conséquences pour lui sont surtout professionnelles : un encadrant qui applique les règles ne doit pas lui confier la conduite d'un engin listé ni l'envoyer sur des travaux urgents tant que l'AIPR n'est pas régularisée. Et s'il change d'entreprise, il a intérêt à récupérer sa pièce justificative : l'employeur doit la lui restituer à son départ (article 21 IV).

Une souplesse à connaître : le délai de deux mois après un échec

L'arrêté prévoit un cas précis où l'absence d'AIPR n'est pas irrégulière. Un intervenant soumis à l'AIPR est « considéré en situation régulière si, bien que ne disposant pas de celle-ci, il est inscrit à l'examen […] dans un délai inférieur à deux mois après un premier échec à cet examen » (article 21 I).

Ce délai ne joue qu'après un premier échec, et à condition que la réinscription soit faite. Il ne couvre pas une AIPR simplement oubliée ou périmée.

Un effet de bord depuis 2025 : l'habilitation électrique

Depuis le 8 janvier 2025, l'arrêté du 5 juillet 2024 permet de considérer la réussite à l'examen AIPR comme satisfaisant la formation et l'évaluation théoriques préalables à une habilitation électrique pour intervenir dans la zone d'incertitude ou d'approche prudente d'une canalisation électrique souterraine isolée : examen opérateur pour l'exécutant, examens encadrant et opérateur pour le chargé de chantier. L'habilitation, délivrée par l'employeur, doit intervenir dans les six mois suivant la réussite à l'examen. Une AIPR mal suivie peut donc aussi désorganiser les habilitations : notre guide sur la validité et le recyclage de l'habilitation électrique détaille ces autres échéances.

Cas pratique (fictif) : l'audit d'une entreprise de VRD

Une entreprise de voirie et réseaux divers fictive de trente salariés fait le point avant un marché public. Résultat de l'audit interne :

  • deux conducteurs de pelle ont une AIPR fondée sur une attestation de compétences de plus de cinq ans : périmées ;
  • un chauffeur de camion benne, embauché il y a trois mois, présente l'AIPR de son ancien employeur : non valable chez elle, mais son attestation de compétences a deux ans ;
  • un chef d'équipe a échoué à l'examen encadrant il y a trois semaines : en situation régulière s'il est réinscrit dans les deux mois.

La dirigeante signe une nouvelle AIPR pour le chauffeur sur la base de son attestation (validité : jusqu'à la fin de celle-ci), réinscrit le chef d'équipe, retire provisoirement les deux conducteurs de la conduite des engins listés et les inscrit à l'examen opérateur après une préparation. Elle crée enfin un tableau des AIPR avec la date limite de chaque pièce et une alerte trois mois avant.

Se remettre en règle, étape par étape

  1. Faire l'inventaire : pour chaque salarié concerné, le profil requis, la pièce justificative, sa date limite, la date de l'AIPR.
  2. Délivrer ce qui peut l'être tout de suite : une nouvelle AIPR sur une pièce encore valable (nouvel embauché, AIPR jamais formalisée).
  3. Inscrire à l'examen les autres, dans un centre de la liste officielle du guichet unique (www.reseaux-et-canalisations.ineris.fr), en indiquant le profil et, pour un opérateur, le besoin éventuel de lecture des questions.
  4. Préparer les candidats. Aucune formation n'est imposée avant l'examen, mais le barème négatif (jusqu'à −5 points par erreur) rend la préparation utile. Nos parcours en ligne AIPR opérateur, AIPR encadrant et AIPR concepteur préparent à l'examen ; ils ne délivrent ni l'attestation de compétences ni l'AIPR.
  5. Signer et archiver : AIPR avec la date limite et les références de la pièce, copie de la pièce dans le dossier du salarié.
  6. Programmer le suivi : une alerte avant chaque échéance, et une vérification par l'encadrant à chaque arrivée sur chantier.

Questions fréquentes

Existe-t-il une période de grâce après l'expiration ?

Non. Le seul délai prévu par l'arrêté est celui de deux mois après un premier échec à l'examen, à condition d'être réinscrit.

Le maître d'ouvrage peut-il être sanctionné si l'entreprise n'a pas d'AIPR ?

L'article R554-31 met à la charge du responsable de projet la vérification pour les personnes qui travaillent sous sa direction, et l'article 21 lui impose au moins une AIPR concepteur quand plusieurs entreprises interviennent. Les AIPR du personnel de l'entreprise relèvent de l'exécutant.

Faut-il repasser l'examen pour renouveler ?

Pour une AIPR fondée sur une attestation de compétences, oui à l'échéance de celle-ci, sauf si une autre pièce valable existe (CACES avec option réseaux, diplôme de moins de cinq ans figurant sur la liste officielle).

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.

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