Salarié RQTH : ce que l'employeur doit savoir et faire
Salarié RQTH : pas d'obligation de le dire à l'employeur, confidentialité, aménagements raisonnables, rôle du médecin du travail et aides de l'Agefiph.
Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires
Publié le · 8 min de lecture

La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, la RQTH, est d'abord une démarche personnelle. Mais dès qu'un salarié en parle, ou qu'un manager soupçonne une difficulté de santé, l'employeur a des obligations précises et des erreurs à ne pas commettre. Ce guide est écrit du côté de l'entreprise : ce qu'elle peut demander, ce qu'elle doit faire, et à qui elle peut s'adresser.
La RQTH en quelques lignes
Est travailleur handicapé « toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique » (art. L5213-1 du code du travail). La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la MDPH (art. L5213-2).
Ce qu'il faut savoir côté employeur, selon service-public.fr :
- la demande est strictement personnelle : l'employeur ne peut pas la faire à la place du salarié ;
- la RQTH est attribuée pour 1 à 10 ans, renouvelable, ou à vie si le handicap ne peut pas évoluer favorablement ;
- certaines situations valent RQTH sans démarche distincte, par exemple l'orientation vers un établissement ou service d'accompagnement par le travail (art. L5213-2).
Le salarié n'est pas tenu de vous la déclarer
Service-public.fr est explicite : « La déclaration de la RQTH à l'employeur n'est pas obligatoire. » Le salarié choisit s'il en parle, quand, et à qui.
Le code du travail encadre aussi ce que l'employeur peut demander : les informations demandées à un salarié « ne peuvent avoir comme finalité que d'apprécier ses aptitudes professionnelles » et doivent présenter « un lien direct et nécessaire » avec cette évaluation (art. L1222-2). La même règle vaut pour un candidat (art. L1221-6). L'état de santé et l'aptitude médicale relèvent du médecin du travail, pas du manager.
| Ce que l'employeur peut faire | Ce qu'il ne doit pas faire |
|---|---|
| Informer tous les salariés de l'existence de la RQTH, de l'obligation d'emploi et des aménagements possibles | Demander à un salarié s'il a une RQTH ou une maladie |
| Indiquer à qui transmettre un justificatif, de façon confidentielle | Exiger le diagnostic ou le compte rendu médical |
| Proposer un échange avec le référent handicap ou une visite auprès du médecin du travail | Diffuser l'information à l'équipe sans l'accord du salarié |
| Rappeler que la démarche reste libre | Faire pression pour obtenir une RQTH afin d'améliorer le taux d'emploi |
Pourquoi un salarié se tait-il ? Une revue systématique publiée en 2012 dans BMC Psychiatry (Brohan et al.), portant sur 48 études consacrées aux troubles de santé mentale au travail, a dégagé quatre grands thèmes, au premier rang desquels les attentes et les expériences de discrimination. Une enquête américaine auprès de personnes handicapées (von Schrader, Malzer et Bruyère, Employee Responsibilities and Rights Journal, 2013) souligne que la décision de le dire dépend fortement des pratiques de l'employeur, des managers et du climat de travail. Autrement dit, c'est l'entreprise qui crée ou non les conditions de la confiance.
Confidentialité : qui sait quoi
Une fois l'information transmise, elle doit circuler le moins possible :
- le service RH conserve le justificatif et déclare le statut en DSN, au titre de l'obligation d'emploi ;
- le manager n'a besoin de connaître que l'aménagement à mettre en place, pas sa cause ;
- le référent handicap, dans les entreprises qui en ont un, est tenu à une obligation de discrétion lorsqu'il participe, à la demande du salarié, au rendez-vous de liaison ou aux échanges de la visite de mi-carrière (art. L5213-6-1) ;
- le CSE reçoit la déclaration annuelle d'obligation d'emploi sans la liste nominative des bénéficiaires (art. D5212-9).
L'obligation d'aménagement raisonnable
L'article L5213-6 impose à l'employeur de prendre, « en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées » pour permettre aux travailleurs handicapés d'accéder à un emploi ou de le conserver, de l'exercer ou d'y progresser, ou pour qu'une formation adaptée leur soit dispensée. Il doit aussi s'assurer que les logiciels du poste sont accessibles et que le poste est accessible en télétravail.
Deux limites et une sanction :
- les mesures sont dues sauf charge disproportionnée, compte tenu des aides qui peuvent compenser tout ou partie de la dépense ;
- les mesures prises en faveur des personnes handicapées ne constituent pas une discrimination (art. L1133-4) ;
- le refus de prendre ces mesures peut être constitutif d'une discrimination (art. L5213-6), et le handicap fait partie des motifs de discrimination interdits (art. L1132-1). En cas de litige, le salarié présente des éléments laissant supposer une discrimination, et c'est à l'employeur de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs (art. L1134-1).
Exemples de mesures : horaires adaptés, siège ou écran spécifique, logiciel de lecture d'écran, réorganisation des tâches, télétravail. Sur ce dernier point, lorsqu'un travailleur handicapé demande le télétravail, l'employeur qui refuse doit motiver sa décision (art. L1222-9).
Le rôle du médecin du travail
Le médecin du travail peut proposer, par écrit et après échange avec le salarié et l'employeur, des mesures individuelles d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste ou d'aménagement du temps de travail, justifiées notamment par l'état de santé (art. L4624-3). L'employeur doit les prendre en considération ; s'il refuse, il fait connaître par écrit au salarié et au médecin les motifs qui s'y opposent (art. L4624-6).
En pratique, c'est la porte d'entrée la plus sûre : le salarié n'a pas à détailler sa situation à l'employeur, et l'entreprise reçoit une préconisation utilisable. Après un arrêt de plus de trente jours, un rendez-vous de liaison associant le service de prévention et de santé au travail peut aussi être organisé (art. L1226-1-3 et D1226-8-1).
Les aides de l'Agefiph
L'Agefiph intervient « principalement pour compenser le handicap dans l'emploi, en complémentarité avec les financements existants ». Pour un salarié déjà en poste, elle publie notamment :
| Besoin | Solution publiée par l'Agefiph | Montant affiché |
|---|---|---|
| Aménager le poste | Aide à l'adaptation des situations de travail | Selon étude |
| Préserver l'emploi d'un salarié | Aide à la recherche et la mise en œuvre de solution pour le maintien dans l'emploi | 2 100 € maximum |
| Financer les surcoûts durables liés au handicap | Aide liée à la reconnaissance de la lourdeur du handicap (RLH) | Selon étude |
| Faciliter la prise de fonction et l'évolution | Aide à l'accueil, à l'intégration et à l'évolution professionnelle | 3 150 € maximum |
| Identifier les solutions | Appuis spécifiques ; accompagnement dans l'emploi par Cap emploi | Gratuit |
Les conditions et montants sont ceux affichés par l'Agefiph au 3 octobre 2026 ; ils évoluent, vérifiez-les avant toute demande. Une dépense aidée par l'Agefiph ne peut pas, en plus, être déduite de la contribution d'obligation d'emploi (art. L5212-11).
La conduite à tenir quand un salarié vous informe
- Remercier et rassurer : l'information reste confidentielle et ne change rien à son évaluation.
- Demander ce dont il a besoin au poste, pas ce qu'il a.
- Proposer une visite auprès du médecin du travail et, s'il existe, un échange avec le référent handicap.
- Recueillir le justificatif par le service RH seul, et mettre à jour la DSN.
- Mettre en place l'aménagement et, si besoin, solliciter les aides.
- Faire un point quelques semaines après, puis à chaque changement de poste ou de manager.
Former ceux qui reçoivent ces confidences
Notre formation référent handicap s'adresse au référent, aux RH et aux managers : handicap au travail, RQTH et non-discrimination ; obligation d'emploi, déclaration et contribution ; aménagements raisonnables, aides et maintien dans l'emploi ; mission du référent et fiche réflexe. Quatre modules d'une heure en ligne, des cas pratiques, un quiz par module, une évaluation finale et une attestation nominative. Elle coûte 279 € HT par personne, avec un tarif dégressif dans une même commande (−10 % dès 3 places, −20 % dès 5, −25 % dès 10, −35 % dès 20). Pour former plusieurs managers, vous pouvez commander plusieurs places ou consulter nos solutions pour les entreprises.
Questions fréquentes
Un salarié peut-il refuser de dire qu'il a une RQTH ?
Oui. La déclaration à l'employeur n'est pas obligatoire. Il ne sera simplement pas compté dans l'effectif des bénéficiaires de l'obligation d'emploi, et l'employeur ne pourra pas tenir compte d'une situation qu'il ignore, sauf préconisation du médecin du travail.
L'employeur peut-il demander la RQTH lors de l'embauche ?
Les informations demandées à un candidat doivent avoir un lien direct et nécessaire avec l'emploi proposé ou l'évaluation de ses aptitudes (art. L1221-6). Une offre peut indiquer qu'elle est ouverte aux bénéficiaires de l'obligation d'emploi ; le candidat reste libre de le signaler.
Un aménagement trop coûteux peut-il être refusé ?
Seulement si la charge est disproportionnée, compte tenu des aides disponibles (art. L5213-6). Hors ce cas, le refus de prendre les mesures appropriées peut être constitutif d'une discrimination.
Sources officielles consultées
- Service-public.fr, Qu'est-ce que la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ?, vérifié le 24 mars 2026
- Code du travail, art. L5213-1 et L5213-2 (travailleur handicapé, reconnaissance par la CDAPH)
- Code du travail, art. L5213-6 (mesures appropriées)
- Code du travail, art. L1132-1 (principe de non-discrimination)
- Code du travail, art. L1222-2 (informations demandées au salarié)
- Code du travail, art. L4624-3 et L4624-6 (propositions du médecin du travail)
- Code du travail, art. L1222-9 (télétravail)
- Agefiph, Prendre en compte le handicap d'une personne à son poste
- Brohan E. et al., « Systematic review of beliefs, behaviours and influencing factors associated with disclosure of a mental health problem in the workplace », BMC Psychiatry, 2012 (PMID 22339944)
- von Schrader S., Malzer V., Bruyère S., « Perspectives on Disability Disclosure: The Importance of Employer Practices and Workplace Climate », Employee Responsibilities and Rights Journal, 2013
Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.
Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.
Passez à l'action : formez-vous en ligne
Formation référent handicap
279 € HT
4 heures en ligne · accès immédiat · attestation à la fin
Pas le temps de vous former en ligne ?
Session pour toute une équipe, besoin hors de notre catalogue ou question avant d'acheter : décrivez votre besoin, nous vous recontactons pour voir ce que nous pouvons vous proposer.