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Santé, sécurité et CSE

Exercice d'évacuation incendie : fréquence obligatoire et organisation

Exercice d'évacuation incendie : qui doit le faire tous les six mois (art. R4227-39), le registre, le cas des ERP et une méthode pour l'organiser.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · 11 min de lecture

Collègues autour d'une table de réunion avec ordinateurs

« Tous les combien faut-il faire un exercice d'évacuation ? » La réponse courte est au moins tous les six mois, mais elle ne s'applique pas de la même façon à toutes les entreprises, et elle ne dit rien de ce qu'un exercice doit contenir pour servir à quelque chose. Voici ce que prévoit exactement le code du travail, ce qu'ajoute le règlement des établissements recevant du public, ce que recommande l'INRS, et une méthode pour organiser un exercice utile.

Ce que dit l'article R4227-39 du code du travail

Le texte de référence est l'article R4227-39 du code du travail :

« La consigne de sécurité incendie prévoit des essais et visites périodiques du matériel et des exercices au cours desquels les travailleurs apprennent à reconnaître les caractéristiques du signal sonore d'alarme générale, à localiser et à utiliser les espaces d'attente sécurisés ou les espaces équivalents à se servir des moyens de premier secours et à exécuter les diverses manœuvres nécessaires. Ces exercices et essais périodiques ont lieu au moins tous les six mois. Leur date et les observations auxquelles ils peuvent avoir donné lieu sont consignées sur un registre tenu à la disposition de l'inspection du travail. »

Trois éléments sont à retenir :

  1. La fréquence : au moins tous les six mois, soit deux fois par an au minimum.
  2. Le contenu : un exercice ne se limite pas à « sortir dans la cour ». Il doit apprendre à reconnaître le signal d'alarme, à localiser et utiliser les espaces d'attente sécurisés, à se servir des moyens de premier secours (extincteurs notamment) et à exécuter les manœuvres prévues.
  3. La trace : date et observations sur un registre, que l'inspection du travail peut consulter.

Quelles entreprises sont concernées

L'article R4227-39 s'attache à la consigne de sécurité incendie. Or cette consigne n'est obligatoire que dans certains établissements : ceux visés par l'article R4227-34, c'est-à-dire :

  • les établissements dans lesquels peuvent se trouver occupées ou réunies habituellement plus de cinquante personnes ;
  • ceux, quelle que soit leur importance, où sont manipulées et mises en œuvre des matières inflammables mentionnées à l'article R4227-22 (substances explosives, comburantes ou extrêmement inflammables, matières susceptibles de s'enflammer instantanément).

Le seuil de cinquante se lit en personnes, pas seulement en salariés : l'effectif théorique comprend les travailleurs, majoré le cas échéant du public susceptible d'être admis (article R4227-3). Un commerce de trente salariés qui reçoit habituellement des dizaines de clients peut donc être concerné.

Dans ces établissements, la consigne est affichée de manière très apparente dans chaque local de plus de cinq personnes et dans les locaux à matières inflammables, ou dans chaque dégagement desservant un groupe de locaux (article R4227-37). Elle est communiquée à l'inspection du travail (article R4227-40). Pour la rédiger, partez d'un modèle de consigne de sécurité incendie à afficher et adaptez-le à vos locaux.

Et les petites entreprises ?

Dans les autres établissements, l'employeur n'établit pas de consigne au sens strict, mais des instructions permettant d'assurer l'évacuation des personnes présentes (article R4227-37, dernier alinéa). Le code du travail ne fixe alors aucune périodicité d'exercice.

L'INRS, dans son focus juridique sur la formation au risque d'incendie, le reconnaît : pour ces établissements, aucune précision sur les essais et exercices ne figure dans le code du travail. Mais il recommande d'appliquer les mêmes périodicités. C'est logique : une équipe de douze personnes dans un immeuble de bureaux a autant besoin de savoir où est la sortie de secours qu'une équipe de soixante.

L'INRS ajoute deux recommandations générales :

  • effectuer des exercices d'évacuation tous les six mois au minimum ;
  • adapter le renouvellement des essais de manipulation des extincteurs de six mois à trois ans selon les risques d'incendie de l'entreprise, en veillant à ce que tout nouvel embauché soit rapidement formé.

Le cas des établissements recevant du public

Si votre lieu de travail accueille du public (magasin, restaurant, hôtel, salle de sport, cabinet recevant de la clientèle), le règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique (arrêté du 25 juin 1980) s'ajoute au code du travail. L'article R4227-1 du code du travail précise que ses propres règles ne font pas obstacle aux dispositions plus contraignantes prévues pour les ERP.

L'article MS 51 de ce règlement prévoit : « Des exercices d'instruction du personnel doivent être organisés sous la responsabilité de l'exploitant. La date de ceux-ci doit être portée sur le registre de sécurité de l'établissement. » L'article MS 46 prévoit, selon le type et la catégorie de l'établissement, un service de sécurité incendie qui peut être composé de personnes désignées par l'exploitant et entraînées à la manœuvre des moyens de secours contre l'incendie et à l'évacuation du public, et l'article MS 48 impose que ces personnes aient reçu une formation conduite sous la responsabilité de l'exploitant.

Concrètement, dans un ERP, l'exercice sert aussi à entraîner le personnel à faire évacuer le public, ce qui est plus difficile que de faire sortir des collègues qui connaissent les lieux.

Pourquoi un exercice n'est pas une formalité

Il est tentant de considérer l'exercice comme une case à cocher : on déclenche l'alarme, on attend dans la cour, on remonte. C'est oublier ce qu'il révèle.

La brochure ED 6230 de l'INRS sur les consignes de sécurité incendie en donne les objectifs : tester l'efficacité des systèmes d'alarme, appréhender les délais d'évacuation, vérifier que les itinéraires, passages, escaliers et issues restent libres. Elle rappelle qu'en cas d'incendie, il faut quitter les lieux sans précipitation en respectant l'ordre établi par les consignes, ordre que chacun doit avoir appris lors des exercices réguliers.

Il y a aussi une raison humaine. Une étude menée auprès des employés d'une grande université américaine (Owens et al., Safety and Health at Work, 2023) part d'un constat : malgré les procédures d'évacuation, beaucoup de salariés ne sortent pas immédiatement quand l'alarme sonne. Les participants percevaient plus d'inconvénients que d'avantages à quitter le bâtiment tout de suite, notamment parce qu'ils jugeaient le risque faible. Les auteurs concluent que les normes sociales (l'attitude des supérieurs et des collègues) et la perception du risque pèsent sur la décision d'évacuer immédiatement. Il s'agit d'une enquête déclarative dans un seul établissement, à ne pas surinterpréter ; mais elle rejoint ce que constatent beaucoup de responsables sécurité : le collègue qui « finit son courriel » à l'exercice sera le même le jour d'un vrai départ de feu. L'exercice régulier, où l'encadrement sort le premier, est l'occasion de corriger ce réflexe.

Organiser un exercice utile : une méthode en six étapes

Le code du travail ne décrit pas le déroulé d'un exercice. Les étapes ci-dessous découlent du contenu imposé par l'article R4227-39 et des recommandations de l'INRS.

1. Relire la consigne et vérifier les désignations

Avant tout exercice, vérifiez que la consigne est à jour. L'article R4227-38 impose qu'elle indique notamment le matériel d'extinction, les personnes chargées de le mettre en action, pour chaque local les personnes chargées de diriger l'évacuation, les mesures pour les personnes handicapées et les espaces d'attente sécurisés, les moyens d'alerte, les personnes qui préviennent les pompiers et leur numéro. Un départ, un déménagement de service, un nouvel aménagement : autant de raisons pour qu'un nom ou un plan ne soit plus juste. Vérifiez aussi que chaque rôle a un suppléant.

2. Choisir un scénario

Un exercice gagne à avoir un scénario : un départ de feu dans un local précis, qui rend un escalier inutilisable, par exemple. Cela oblige les équipes à utiliser un second itinéraire et révèle si les salariés le connaissent. Faire varier le scénario d'un exercice à l'autre évite la routine.

3. Prévenir, ou non

Faut-il annoncer l'exercice ? Le code du travail ne le précise pas. Un premier exercice annoncé permet d'expliquer et de rassurer ; les suivants, inopinés, mesurent les réflexes réels. Dans tous les cas, informez les personnes qui doivent l'être (gardiennage, télésurveillance, éventuellement le public dans un ERP) pour éviter un déplacement inutile des secours ou un mouvement de panique.

4. Déclencher et observer

Le jour J, des observateurs placés à des points clés notent : le temps écoulé entre le signal et la sortie du dernier occupant, les zones où le signal est mal entendu (l'article R4227-36 l'exige audible de tout point du bâtiment), les issues encombrées ou difficiles à ouvrir, les personnes qui ont pris l'ascenseur ou sont retournées chercher leurs affaires, le fonctionnement du recensement au point de rassemblement.

5. Intégrer les autres apprentissages

L'article R4227-39 ne vise pas seulement l'évacuation. Profitez-en pour faire localiser les espaces d'attente sécurisés, rappeler l'emplacement des déclencheurs d'alarme et des extincteurs, et, si possible, organiser une manipulation d'extincteurs sur feu réel avec un formateur compétent. La brochure INRS ED 6054 juge indispensable que toute personne ait utilisé au moins une fois un extincteur sur un feu réel.

6. Débriefer et consigner

Après l'exercice, réunissez les guide-file, serre-file et observateurs. Notez sur le registre la date et les observations, puis les actions correctives et leur responsable. Ces mentions peuvent rejoindre le registre unique de sécurité où l'employeur regroupe ses vérifications et contrôles. Le registre n'est pas seulement une preuve pour l'inspection du travail : c'est l'outil qui permet de vérifier, à l'exercice suivant, que les défauts ont été corrigés.

Cas fictif — Dans une imprimerie de 80 salariés, le premier exercice de l'année montre que l'alarme est inaudible dans l'atelier de façonnage quand les machines tournent, et qu'un serre-file était absent sans suppléant. Le registre mentionne les deux points. Six mois plus tard, un report lumineux a été installé dans l'atelier et deux suppléants ont été désignés ; le second exercice vérifie que tout fonctionne et consigne un temps d'évacuation plus court.

Le temps de l'exercice est du temps de travail

Une question revient souvent : faut-il payer le temps passé à l'exercice ? Oui. L'article R4141-5 du code du travail précise que le temps consacré à la formation et à l'information à la sécurité est considéré comme temps de travail et se déroule pendant l'horaire normal. L'exercice se programme donc sur les heures de travail, en tenant compte des équipes de nuit ou des horaires décalés, qui doivent elles aussi s'entraîner.

Ce qu'une formation en ligne apporte, et ce qu'elle ne remplace pas

Un exercice se passe mieux quand chacun sait déjà ce qu'est un guide-file, pourquoi on ne prend pas l'ascenseur, comment lire une consigne ou choisir un extincteur. C'est l'objet de notre formation sécurité incendie des salariés : deux heures en ligne pour la partie théorique (le feu et sa prévention, les classes de feu et les extincteurs, l'alarme, l'alerte, l'évacuation et la consigne), avec des cas pratiques, un quiz par module et une attestation nominative.

Soyons clairs : ce parcours ne remplace pas l'exercice semestriel, ni la manipulation réelle des extincteurs, ni une formation SSIAP ou d'équipier de première intervention. Il prépare les salariés pour que l'exercice organisé dans vos locaux soit utile. Pour choisir un organisme de formation en ligne sur des bases solides, voyez aussi nos critères pour choisir une formation réglementaire en e-learning.

Questions fréquentes

Un seul exercice par an suffit-il ?

Pas dans les établissements soumis à la consigne de sécurité incendie (plus de cinquante personnes ou matières inflammables) : l'article R4227-39 impose des exercices et essais au moins tous les six mois. Ailleurs, le code du travail ne fixe pas de rythme, mais l'INRS recommande la même périodicité.

Que doit contenir le registre ?

L'article R4227-39 exige la date des exercices et essais et les observations auxquelles ils ont donné lieu. Le texte n'impose pas de modèle. Dans un ERP, la date des exercices d'instruction du personnel est en outre portée sur le registre de sécurité de l'établissement (MS 51).

Faut-il un prestataire extérieur pour organiser l'exercice ?

Non, rien ne l'impose. L'employeur peut l'organiser lui-même. Pour la manipulation des extincteurs, la brochure INRS ED 6054 indique qu'il n'existe pas de cahier des charges réglementaire ; l'intervenant peut appartenir à l'entreprise s'il a été formé, à défaut un prestataire extérieur s'impose.

Les intérimaires et les nouveaux embauchés doivent-ils attendre le prochain exercice ?

Non. L'information sur les consignes et les personnes désignées est due à chaque travailleur (article R4141-3-1), et l'INRS recommande que tout nouvel embauché, y compris intérimaire, soit formé rapidement à la manipulation des extincteurs.

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.

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