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Assurance vie non réclamée : loi Eckert et recherche des bénéficiaires

Agira, consultation des décès, paiement sous un mois, Caisse des dépôts après dix ans : ce que la loi Eckert impose et ce que le conseiller peut faire en amont.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · 10 min de lecture

Une conseillère échange avec une cliente autour d'une table

Un contrat d'assurance vie dont personne ne réclame le capital n'est pas perdu tout de suite : l'assureur doit d'abord rechercher le bénéficiaire, puis, faute de demande, déposer les sommes à la Caisse des dépôts au bout de dix ans, où elles restent réclamables encore vingt ans avant d'être acquises à l'État. Ce dispositif a été renforcé par la loi n° 2014-617 du 13 juin 2014, dite loi Eckert, puis complété par les lois Sapin (2016) et Pacte (2019), selon la présentation qu'en fait la direction générale du Trésor.

Cet article suit le parcours d'un capital décès, de la mort de l'assuré jusqu'à l'État, avec les délais fixés par le code des assurances. Il indique aussi ce qu'un bénéficiaire peut faire lui-même, et ce qu'un conseiller peut faire bien avant, au moment de rédiger la clause.

Pourquoi des contrats restent sans bénéficiaire

La direction générale du Trésor indique que les sommes en déshérence sur des comptes bancaires ou des contrats d'assurance vie « se chiffrent actuellement à 5,8 Md€ », tout en précisant que le phénomène est « difficile à mesurer ». Les causes sont simples :

  • l'assureur n'apprend pas le décès ;
  • les proches ignorent l'existence du contrat ;
  • la clause désigne une personne impossible à identifier ou à retrouver (« ma filleule Julie », « mes neveux » sans liste) ;
  • le bénéficiaire désigné est mort avant l'assuré et la clause ne prévoit personne d'autre.

Les trois premières causes sont traitées par les obligations de l'assureur décrites ci-dessous. La dernière relève de la rédaction : sans bénéficiaire, le capital retombe dans la succession (code des assurances, art. L132-11).

Étape 1 — L'assureur doit apprendre le décès

Avant la loi Eckert, l'assureur pouvait attendre qu'on lui signale le décès. Depuis, l'article L132-9-3 du code des assurances impose aux entreprises d'assurance, institutions de prévoyance et unions de s'informer au moins chaque année du décès éventuel de leurs assurés. Les organismes professionnels consultent pour cela, chaque année, les données de décès du répertoire national d'identification des personnes physiques (RNIPP), dans le respect de la loi informatique et libertés, et les transmettent aux assureurs pour rechercher les assurés, souscripteurs et bénéficiaires décédés.

Pour un contrat sans échéance dont l'assureur ignore le sort de l'assuré, l'article L132-27-2 ajoute une règle de bon sens : lorsque la date de naissance de l'assuré remonte à plus de cent vingt ans et qu'aucune opération n'a été faite à son initiative depuis deux ans, l'assureur doit rechercher le bénéficiaire.

Étape 2 — L'assureur doit rechercher le bénéficiaire

Le dernier alinéa de l'article L132-8 est explicite : lorsque l'assureur est informé du décès de l'assuré, il est tenu de rechercher le bénéficiaire et, si cette recherche aboutit, de l'aviser de la stipulation faite à son profit.

La qualité de cette recherche dépend presque entièrement de ce que contient la clause. Un nom, des prénoms, une date et un lieu de naissance, une adresse portée au contrat : la recherche aboutit vite. Un prénom seul : elle peut durer des années ou échouer.

Étape 3 — Le bénéficiaire peut aussi chercher : l'Agira

Le dispositif fonctionne aussi dans l'autre sens. L'article L132-9-2 permet à toute personne physique ou morale de demander, par lettre ou sur tout autre support durable, à un organisme professionnel habilité d'être informée de l'existence d'un contrat souscrit à son bénéfice par une personne dont elle prouve le décès. L'article A132-9-1 habilite la Fédération française de l'assurance et le Centre technique des institutions de prévoyance ; service-public.gouv.fr oriente le public vers l'Agira (Association pour la gestion des informations sur le risque en assurance), qui organise la recherche.

En pratique, selon la fiche service-public.gouv.fr mise à jour le 6 juillet 2026 :

  • la demande est gratuite ;
  • elle se fait en ligne (service « Agira VIE ») ou par courrier ;
  • elle comporte une copie de l'acte de décès ;
  • elle concerne une personne décédée depuis moins de dix ans ; au-delà, il faut s'adresser à la Caisse des dépôts, via le service Ciclade.

Les délais viennent de la loi : l'organisme transmet la demande aux assureurs vie dans les quinze jours ; l'assureur qui a désigné le demandeur comme bénéficiaire a un mois pour l'informer de l'existence d'un capital ou d'une rente à son profit (art. L132-9-2). Le texte n'oblige l'assureur à répondre que si le demandeur est désigné comme bénéficiaire : l'absence de réponse ne prouve donc pas qu'aucun contrat n'existe au profit d'un autre proche.

Étape 4 — Le paiement : quinze jours, puis un mois

Une fois le bénéficiaire identifié, l'article L132-23-1 fixe un calendrier serré :

  1. l'assureur dispose de quinze jours, après réception de l'avis de décès et prise de connaissance des coordonnées du bénéficiaire, pour lui demander l'ensemble des pièces nécessaires au paiement ;
  2. plusieurs demandes ne peuvent pas porter sur des pièces identiques ou redondantes ;
  3. à réception des pièces, il verse le capital ou la rente dans un délai qui ne peut excéder un mois.

Les retards coûtent cher. Au-delà des quinze jours, le capital produit de plein droit intérêt au double du taux légal pendant un mois, puis au triple. Au-delà du délai d'un mois de paiement, il produit intérêt au double du taux légal pendant deux mois, puis au triple. Et si l'assureur a oublié de demander une pièce, cette omission ne suspend pas le délai de versement.

Pour les contrats concernés, le capital décès est en outre revalorisé à compter du décès jusqu'à la réception des pièces ou jusqu'au dépôt à la Caisse des dépôts, les frais prélevés après la connaissance du décès étant encadrés (art. L132-5 et R132-3-1).

Étape 5 — Faute de demande : la Caisse des dépôts, puis l'État

L'article L132-27-2 organise la fin du parcours :

  • les sommes qui ne font l'objet d'aucune demande de versement sont déposées à la Caisse des dépôts et consignations à l'issue d'un délai de dix ans à compter de la prise de connaissance par l'assureur du décès de l'assuré ou de l'échéance du contrat, dans le mois qui suit ;
  • six mois avant l'expiration de ce délai, l'assureur informe le souscripteur ou les bénéficiaires, par tout moyen, de ce transfert ;
  • les unités de compte sont déposées en numéraire, pour leur valeur à l'expiration du délai de dix ans, et la Caisse restitue les sommes sous forme de capital ;
  • la Caisse organise une publicité de l'identité des souscripteurs concernés pour permettre aux bénéficiaires de réclamer : c'est le service en ligne Ciclade ;
  • le notaire chargé d'une succession peut obtenir de la Caisse le versement des sommes qui entrent dans l'actif successoral ;
  • les sommes non réclamées sont acquises à l'État vingt ans après leur dépôt.

Le dépôt libère l'assureur de ses obligations, sauf celles de conservation des documents, mais ne l'exonère pas de sa responsabilité pour les manquements commis avant.

Et la prescription ?

L'article L114-1 porte à dix ans la prescription des actions dans les contrats d'assurance sur la vie lorsque le bénéficiaire est distinct du souscripteur, et précise que les actions du bénéficiaire sont prescrites au plus tard trente ans à compter du décès de l'assuré. L'appréciation du point de départ dans un cas précis relève d'un avocat ou d'un notaire.

Étape 6 — La transparence imposée aux assureurs

La loi Eckert a aussi créé une obligation de rendre des comptes. Chaque année, les assureurs publient le nombre et l'encours des contrats non réglés, les démarches et recherches effectuées et les sommes versées grâce à elles (art. L132-9-3-1). Les organismes professionnels publient de leur côté un bilan annuel de l'application des articles L132-9-2 et L132-9-3 (art. L132-9-4).

Le calendrier en un coup d'œil

Moment Ce qui doit se passer Texte
Chaque année Consultation des décès (RNIPP) Art. L132-9-3
Décès connu Recherche du bénéficiaire et avis Art. L132-8
Demande d'un proche Transmission aux assureurs sous 15 jours, réponse au bénéficiaire sous 1 mois Art. L132-9-2
Coordonnées connues Demande des pièces sous 15 jours Art. L132-23-1
Pièces reçues Paiement sous 1 mois Art. L132-23-1
9 ans et 6 mois Information du transfert à venir Art. L132-27-2, II
10 ans Dépôt à la Caisse des dépôts (Ciclade) Art. L132-27-2, I
30 ans après le dépôt Sommes acquises à l'État (20 ans de dépôt) Art. L132-27-2, III

Ce que le conseiller peut faire, dès la souscription

Le meilleur remède à la déshérence est une clause qui permet de trouver le bénéficiaire sans enquête. L'article A132-9 du code des assurances prévoit d'ailleurs que le contrat indique au souscripteur qu'il peut porter au contrat les coordonnées d'un bénéficiaire nommément désigné, coordonnées que l'assureur utilisera au décès, et qu'il peut modifier la clause lorsqu'elle n'est plus appropriée. La recommandation ACPR 2024-R-03 attend du distributeur qu'il signale l'importance de la clause et accompagne sa rédaction (point 2.1.8.6).

Les réflexes utiles :

  • identité complète de chaque bénéficiaire nommé : nom de naissance, nom d'usage, prénoms, date et lieu de naissance ;
  • coordonnées portées au contrat et mises à jour lors des rendez-vous de suivi ;
  • dénomination exacte et siège pour une association ou une fondation ;
  • rangs subséquents (« à défaut ») pour qu'une désignation devenue caduque ne laisse pas le contrat sans bénéficiaire ;
  • relecture des clauses anciennes à l'occasion d'un événement familial : pour les contrats rachetables, l'article L522-5, III, impose de vérifier que le contrat reste approprié quand le distributeur apprend un changement de situation ;
  • si le client le souhaite, informer ses proches de l'existence du contrat.

Exemple fictif — Mme Simon a désigné en 2009 « ma filleule Julie ». Julie s'est mariée et vit à l'étranger ; Mme Simon n'a plus son adresse. Lors d'un rendez-vous annuel, son conseiller propose de réécrire la désignation avec l'identité complète de Julie (nom de naissance et d'usage, date et lieu de naissance), d'ajouter ses coordonnées dès qu'elles seront retrouvées et de prévoir un rang suivant pour le cas où Julie mourrait avant elle. Il note au dossier la proposition et la décision de la cliente.

Pour aller plus loin sur la rédaction elle-même, notre guide sur la clause bénéficiaire démembrée détaille un cas plus technique.

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La recherche des bénéficiaires et la lutte contre les contrats non réclamés font partie du premier module de notre formation Clause bénéficiaire : rédiger et conseiller, deux heures en ligne comptant dans les 15 heures annuelles de formation continue des distributeurs d'assurance vie. Pour savoir qui doit suivre ces 15 heures, voir qui est concerné par la formation DDA.

Questions fréquentes

Comment savoir si un proche décédé avait une assurance vie à mon profit ?

Par une demande gratuite à l'Agira, en ligne ou par courrier, avec une copie de l'acte de décès, si le décès date de moins de dix ans. L'assureur qui vous a désigné a un mois pour vous informer après avoir reçu la demande transmise. Au-delà de dix ans, la recherche se fait sur Ciclade, auprès de la Caisse des dépôts.

L'assureur peut-il garder le capital s'il ne trouve personne ?

Non. Faute de demande, il doit déposer les sommes à la Caisse des dépôts dix ans après avoir appris le décès ou après l'échéance du contrat. C'est seulement vingt ans après ce dépôt, sans réclamation, que les sommes reviennent à l'État.

Que risque un assureur qui paie en retard ?

Des intérêts de plein droit : au double puis au triple du taux légal s'il tarde à demander les pièces au-delà de quinze jours, et de nouveau au double puis au triple s'il ne paie pas dans le mois qui suit leur réception (art. L132-23-1).

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.

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