DCC2 : ce qui change pour les vendeurs de crédit et le paiement fractionné au 20 novembre 2026
Directive crédit à la consommation DCC2 : champ élargi, paiement fractionné, nouvelle mention, solvabilité, formation du personnel et sanctions au 20 novembre 2026.
Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires
Publié le · 11 min de lecture

Le 20 novembre 2026, la deuxième directive européenne sur le crédit aux consommateurs, que la profession appelle DCC2 (ou CCD2), s'applique en France. Pour un vendeur qui propose un paiement en plusieurs fois, un conseiller de société de financement ou un courtier, la question n'est pas de connaître la directive par cœur, mais de savoir ce qui change concrètement au comptoir, sur le site et dans le dossier. Voici les changements, texte par texte, et ce qu'ils imposent en matière de formation.
Les textes et la date
La directive (UE) 2023/2225 du 18 octobre 2023 remplace la directive 2008/48/CE. Elle a été transposée par l'ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025 relative au crédit à la consommation, corrigée par l'ordonnance n° 2025-1154 du 2 décembre 2025, puis complétée par deux décrets : le décret n° 2026-105 du 19 février 2026 (fiche précontractuelle, conseil, contrat, location avec option d'achat) et le décret n° 2026-719 du 1er août 2026 (solvabilité, conseil aux personnes endettées, formation du personnel).
Tous entrent en vigueur le 20 novembre 2026 (article 99 de l'ordonnance). Les contrats en cours à cette date restent régis par l'ancien droit, à une exception près : certaines règles s'appliquent aussi aux contrats à durée indéterminée en cours, notamment pour les autorisations de découvert et l'information sur les modifications du contrat.
Le champ : petits crédits et crédits jusqu'à 100 000 euros
Jusqu'au 20 novembre 2026, le code de la consommation ne s'applique qu'aux crédits compris entre 200 et 75 000 euros. À partir de cette date, l'article L312-1 vise toute opération dont le montant total du crédit est inférieur ou égal à 100 000 euros, sans plancher.
Deux catégories de crédits entrent donc dans le champ : les micro-crédits de moins de 200 euros et les crédits de 75 000 à 100 000 euros qui ne sont ni immobiliers ni garantis par une hypothèque.
Pour ne pas alourdir les petites opérations, le nouvel article L312-4-1 prévoit un régime allégé pour les crédits de moins de 200 euros et pour ceux de trois mois au plus sans intérêts ni frais (ou avec des frais négligeables). Pour eux ne s'appliquent pas : certaines mentions publicitaires (durée, prix au comptant, montant total dû, échéances), la consultation obligatoire du fichier national des incidents de remboursement, la fiche de dialogue sur les ressources et charges de l'article L312-17 et certaines règles du crédit affecté. Tout le reste s'applique : publicité loyale avec sa mention, fiche précontractuelle allégée, explications, évaluation de la solvabilité, droit de rétractation.
Le paiement fractionné : la fin de l'exclusion générale
C'est le changement qui concerne le plus le commerce. Aujourd'hui, le 5° de l'article L312-4 exclut les crédits remboursables en trois mois au plus, sans intérêts ni frais. C'est sur cette exclusion que repose l'essentiel du paiement en trois ou quatre fois sans frais.
À partir du 20 novembre 2026, cette exclusion disparaît. Ne restent exclus que certains paiements différés accordés par le vendeur lui-même :
- pour un fournisseur qui n'est pas une grande entreprise vendant en ligne : paiement intégral dans les cinquante jours, sans intérêts, avec des frais de retard limités, et sans tiers qui offre un crédit (article L312-4, 4°) ;
- pour une grande entreprise vendant à distance par voie électronique : paiement intégral dans les quatorze jours, sans intérêts, et sans tiers qui offre un crédit ni achète la créance (article L312-4, 5°, complété par l'ordonnance du 2 décembre 2025).
En pratique, dès qu'un établissement financier règle le commerçant et se fait rembourser par le client en plusieurs fois, l'opération est un crédit à la consommation, avec le régime allégé si elle dure moins de trois mois sans frais. Le vendeur qui propose ce paiement en caisse ou au panier doit donc remettre la fiche précontractuelle, expliquer le crédit et transmettre les informations nécessaires à l'évaluation de la solvabilité.
Pourquoi ce resserrement ? Une étude menée au Royaume-Uni sur des données de transactions par carte de crédit a montré que des consommateurs réglaient leurs achats en paiement fractionné avec leur carte de crédit, une pratique plus fréquente chez les plus jeunes et dans les zones les plus défavorisées ; les auteurs y voient un signe de doute sur la capacité de ces clients à payer (Guttman-Kenney, Firth et Gathergood, Journal of Behavioral and Experimental Finance, 2023). Cette étude décrit le marché britannique et ne chiffre pas la situation française, mais elle illustre le risque que vise la réforme.
Côté commerçant, l'ordonnance du 2 décembre 2025 autorise les fournisseurs à octroyer, à titre accessoire, des crédits complémentaires à leurs ventes, à condition d'être immatriculés sur un registre (les micro, petites et moyennes entreprises qui accordent des paiements différés sans intérêts en sont dispensées). Le décret qui doit créer ce registre n'était pas identifié à la date de rédaction ; un délai de six mois après sa mise en place est prévu pour s'immatriculer.
La location avec option d'achat : déjà un crédit, mieux encadrée
La location avec option d'achat n'« entre » pas dans le champ : l'article L312-2 l'assimile déjà à une opération de crédit depuis 2016. Ce qui change : la publicité chiffrée d'une LOA doit désormais indiquer le taux débiteur et le TAEG comme pour les autres crédits (l'exception de l'article L312-6 est supprimée), le contrat détaille le coût total si le bien est acheté au terme, le client qui se rétracte après avoir commencé à utiliser le bien paie un montant proportionné à cet usage (article L312-26-1), et il peut acheter le bien par anticipation avec une réduction du coût (article L312-35).
Publicité et fiche précontractuelle
La mention obligatoire change. « Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager » est remplacée par : « Attention ! Un crédit coûte de l'argent et doit être remboursé » (article L312-5), sur tous les supports, radio comprise. Les affiches et dépliants imprimés avant le 20 novembre 2026 sont à remplacer.
L'article L312-10 interdit désormais toute communication publicitaire ou commerciale créant de fausses attentes sur la disponibilité, le coût ou le montant total dû, et toute publicité mettant en avant la facilité d'obtention d'un crédit. Le discours en rayon est donc visé, pas seulement l'affiche.
La fiche d'informations précontractuelles adopte le format européen (article R312-2 réécrit) : les douze informations essentielles (montant, durée, taux, TAEG, montant total dû, échéances, frais de retard, rétractation, remboursement anticipé…) figurent en première partie, sur deux pages au plus. Elle doit être fournie « en temps utile ». Nouveauté pratique : si elle est remise moins d'un jour avant que le client s'engage, le prêteur ou l'intermédiaire lui envoie un rappel de son droit de rétractation entre un et sept jours après la signature (article L312-12). Enfin, une information générale sur les crédits proposés doit être disponible en permanence, sur papier dans les locaux (article L312-11-1).
Solvabilité, explications, consentement
L'article L312-16 est entièrement réécrit. Le prêteur procède à une évaluation minutieuse sur des informations pertinentes, exactes et vérifiées ; les réseaux sociaux ne sont pas une source pertinente ; le fichier est consulté mais l'évaluation ne peut pas s'y limiter ; le crédit n'est accordé que si le remboursement est vraisemblable ; en cas de décision automatisée, le client peut obtenir une intervention humaine et un réexamen. Le vendeur, lui, recueille et transmet les informations : la fiche de dialogue doit mentionner la totalité des prêts en cours (article L312-17).
Les explications de l'article L312-14 doivent désormais couvrir les conséquences d'un retard ou d'un défaut de paiement et la possibilité de résilier séparément les services accessoires, comme l'assurance. Le nouvel article L312-15-4 impose une mise en garde lorsque le crédit présente un risque spécifique pour le client.
Le consentement doit être exprès : il est interdit d'accorder un crédit non sollicité et d'utiliser des cases pré-cochées pour le crédit ou un service accessoire (article L312-18-1). L'amende peut atteindre 1 500 000 euros pour une personne morale, voire 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel (article L341-14). Si l'assurance est exigée, le client dispose d'au moins trois jours pour comparer les offres (article L312-29), faute de quoi le prêteur perd ses intérêts.
Le délai de rétractation reste de quatorze jours, mais il ne s'éteint au plus tard qu'après douze mois et quatorze jours si le client n'a pas reçu son offre, et jamais s'il n'a pas été informé de ce droit (article L312-19). En cas de difficultés de paiement, le prêteur doit respecter un délai raisonnable avant toute poursuite, proposer s'il y a lieu une renégociation et orienter gratuitement le client vers un service de conseil aux personnes endettées (articles L312-35-1 et L312-35-2).
La formation du personnel : ce que la réforme impose
C'est le point le moins commenté et le plus concret pour les employeurs. L'article 33 de la directive exige que les prêteurs et intermédiaires veillent à ce que leur personnel possède et maintienne à jour des connaissances et compétences appropriées, y compris sur les droits des consommateurs, et que l'autorité puisse en exiger la preuve.
En France, à partir du 20 novembre 2026 :
- l'article L314-24 s'étend au crédit à la consommation : le personnel des prêteurs et intermédiaires doit posséder et maintenir à jour ses compétences pour les crédits à la consommation comme pour les crédits immobiliers, ainsi que sur les droits des consommateurs ;
- l'article L314-25 vise les autres personnes qui expliquent le crédit et remplissent la fiche de dialogue, c'est-à-dire pour l'essentiel les vendeurs des commerces intermédiaires à titre accessoire ; elles sont formées à la distribution du crédit à la consommation et à la prévention du surendettement, et l'employeur tient à disposition l'attestation établie par un prêteur partenaire ou par un organisme de formation enregistré ;
- l'article D314-27 fixe le programme minimal, qui intègre désormais les explications sur les services de conseil aux personnes endettées ; aucune durée n'est fixée, la formation doit être « d'une durée suffisante » (article D314-23) ;
- l'article D314-29 impose à l'employeur de faire mettre à jour les connaissances « en cas notamment de changement de la législation ou de la réglementation applicable au crédit à la consommation ». La réforme du 20 novembre 2026 est exactement ce cas.
Côté sanctions, l'ancienne contravention de l'article R341-26 est abrogée au 20 novembre 2026, mais elle est remplacée par une amende administrative : jusqu'à 1 500 euros pour une personne physique et 7 500 euros pour une personne morale, doublée en cas de récidive dans les deux ans (article L341-52-1). Le risque principal reste civil : un défaut d'explication ou de fiche peut coûter au prêteur ses intérêts, d'où son exigence envers les points de vente.
Notre guide sur la formation obligatoire des vendeurs et intermédiaires de crédit à la consommation détaille qui est concerné et quels justificatifs conserver.
Que faire concrètement
Cas pratique (fictif) — Une enseigne d'ameublement de 40 vendeurs propose le crédit affecté d'un établissement partenaire et un paiement en 4 fois financé par un tiers. Ses vendeurs ont été formés en 2024. Pour le 20 novembre 2026, elle doit : remplacer toutes ses affiches (nouvelle mention), vérifier avec le partenaire la nouvelle fiche et la procédure de rappel de rétractation, traiter le paiement en 4 fois comme un crédit, revoir le formulaire en ligne (aucune case pré-cochée), et faire suivre à ses vendeurs une mise à jour attestée sur la réforme, puis classer les attestations pour un contrôle.
Pour les équipes déjà formées, notre formation DCC2 de 2 heures en ligne couvre ces changements avec des cas pratiques, un quiz par module et une attestation nominative. Pour une personne qui n'a jamais été formée, la mise à jour ne suffit pas : il faut la formation crédit à la consommation sur le programme complet de l'article D314-27.
Questions fréquentes
La réforme s'applique-t-elle aux crédits signés avant le 20 novembre 2026 ? Non, sauf certaines règles applicables aux contrats à durée indéterminée en cours (découverts, information sur les modifications). Le reste suit l'ancien droit jusqu'au terme du contrat.
Le paiement en 3 fois sans frais proposé par mon site devient-il un crédit ? Oui s'il est financé par un tiers ou, pour une grande entreprise vendant en ligne, s'il dépasse quatorze jours. Seul le paiement différé accordé par le vendeur lui-même, sans tiers et dans les délais de l'article L312-4 (cinquante ou quatorze jours), reste exclu.
Combien d'heures de mise à jour faut-il ? Aucun texte ne fixe de durée. L'article D314-29 impose une mise à jour en cas de changement de législation ; elle doit couvrir les changements réels et être attestée.
Qui contrôle ? Les agents habilités du code de la consommation peuvent rechercher les manquements aux règles de formation (article L511-5) et l'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation prononce les amendes administratives (article L522-1).
Sources officielles consultées
- Directive (UE) 2023/2225 du 18 octobre 2023 relative aux contrats de crédit aux consommateurs (EUR-Lex)
- Ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025 relative au crédit à la consommation (Légifrance)
- Ordonnance n° 2025-1154 du 2 décembre 2025 relative au crédit à la consommation (Légifrance)
- Décret n° 2026-105 du 19 février 2026 relatif au crédit à la consommation (Légifrance)
- Décret n° 2026-719 du 1er août 2026 relatif au crédit à la consommation (Légifrance)
- Code de la consommation, art. L312-1 à L312-4-1, version en vigueur à partir du 20 novembre 2026 (Légifrance)
- Code de la consommation, art. L314-24 et L314-25, version en vigueur à partir du 20 novembre 2026 (Légifrance)
- Code de la consommation, art. D314-22 à D314-29, version en vigueur à partir du 20 novembre 2026 (Légifrance)
- Code de la consommation, art. L341-51-1 à L341-52-1 (sanctions en matière de formation), version à partir du 20 novembre 2026 (Légifrance)
- Guttman-Kenney B., Firth C., Gathergood J., « Buy now, pay later (BNPL) ...on your credit card », Journal of Behavioral and Experimental Finance, 2023
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Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.
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