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Vendeur non formé au crédit conso : les risques réels

Crédit à la consommation proposé par un vendeur non formé : amende pénale puis administrative, contrôle, déchéance des intérêts pour le prêteur. Réforme du 20/11/2026.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · 13 min de lecture

Un courtier présente une offre de prêt à un jeune couple dans son bureau

Un paiement en plusieurs fois proposé en caisse, un crédit affecté signé au comptoir d'un magasin de meubles, une réserve renouvelable ouverte avec une carte de fidélité : dans tous ces cas, quelqu'un a expliqué le crédit au client et rempli avec lui une fiche sur ses revenus et ses charges. Le code de la consommation exige que cette personne soit formée. Si elle ne l'est pas, les conséquences ne tombent pas là où on les attend : le vendeur lui-même risque peu, le magasin risque une amende modeste (pénale jusqu'au 19 novembre 2026, administrative ensuite), et c'est le prêteur qui peut perdre le plus. Ce guide explique pourquoi, textes à l'appui, et ce qu'il faut faire avant et après la réforme du 20 novembre 2026.

L'obligation, en deux phrases

L'article L314-25 du code de la consommation, dans sa rédaction applicable au 23 septembre 2026, dispose que les personnes chargées de fournir à l'emprunteur les explications sur un crédit à la consommation et de recueillir les informations nécessaires à la fiche de l'article L312-17 « sont formées à la distribution du crédit à la consommation et à la prévention du surendettement ».

La deuxième phrase organise la preuve : l'employeur de ces personnes « tient à disposition, à des fins de contrôle », l'attestation de formation prévue à l'article L6353-1 du code du travail, établie par l'un des prêteurs dont les crédits sont proposés, sur le lieu de vente ou par un organisme de formation enregistré. Le programme minimal figure à l'article D314-27 ; aucune durée n'est fixée, mais l'article D314-29 impose à l'employeur de veiller à ce que les connaissances soient « régulièrement mises à jour », notamment à chaque changement de législation. Notre guide sur la formation obligatoire des vendeurs et intermédiaires détaille qui est concerné et le contenu du programme.

Pourquoi la formation n'est pas une formalité

La formation n'existe pas pour elle-même. Elle sert deux obligations précises qui pèsent sur l'opération de crédit, et dont la violation est lourdement sanctionnée.

Les explications (article L312-14). Le prêteur ou l'intermédiaire fournit à l'emprunteur les explications lui permettant de déterminer si le crédit proposé est adapté à ses besoins et à sa situation financière, et attire son attention sur les caractéristiques essentielles du crédit et ses conséquences, y compris en cas de défaut de paiement. Lorsque le crédit est proposé sur un lieu de vente, le texte ajoute que le prêteur « veille à ce que l'emprunteur reçoive ces explications de manière complète et appropriée sur le lieu même de la vente, dans des conditions garantissant la confidentialité des échanges ».

La fiche de dialogue (article L312-17). Pour un crédit conclu sur le lieu de vente ou à distance, une fiche distincte, signée ou confirmée électroniquement par l'emprunteur, recense ses ressources et charges et ses prêts en cours ; elle contribue à l'évaluation de sa solvabilité par le prêteur, qui la conserve pendant toute la durée du prêt. Au-delà de 3 000 euros de crédit accordé, elle doit être corroborée par des justificatifs de domicile, de revenus et d'identité (articles D312-7 et D312-8).

Un vendeur non formé est précisément celui qui explique mal, qui remplit la fiche à la place du client ou qui oublie les justificatifs. C'est là que le risque se matérialise.

Ce que risque chacun

Le vendeur

Le texte pénal ne vise pas le vendeur salarié. L'article R341-26 punit « le prêteur ou l'intermédiaire » ; l'obligation de conserver l'attestation pèse sur « l'employeur ». Le risque pour le vendeur est d'ordre interne : ne plus être autorisé à proposer le crédit tant qu'il n'est pas formé, ou voir ses dossiers repris. Il serait inexact de lui faire croire qu'il encourt personnellement une amende pour une formation que son employeur ne lui a pas fait suivre.

Le magasin ou l'intermédiaire

L'amende pénale, jusqu'au 19 novembre 2026. L'article R341-26 du code de la consommation punit de la peine d'amende prévue pour les contraventions de cinquième classe le fait, pour le prêteur ou l'intermédiaire, de ne pas respecter ses obligations prévues aux articles L314-24 et L314-25. Pour une personne physique, cette amende est de 1 500 euros au plus (article 131-13 du code pénal) ; pour une personne morale, le taux maximum est le quintuple, soit 7 500 euros (article 131-41). Un magasin qui propose des crédits pour le compte d'un établissement contre rémunération est en principe un intermédiaire de crédit au sens de l'article L311-1 du code de la consommation. Attention : Légifrance indique que cet article R341-26 est abrogé à compter du 20 novembre 2026 par le décret n° 2026-105 du 19 février 2026 (voir plus bas).

Le contrôle de la DGCCRF. L'article L511-5 habilite les agents de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes à rechercher et constater les manquements aux chapitres II et III du titre Ier du livre III, qui comprennent les explications et la fiche de dialogue, et aux dispositions de la section du chapitre IV consacrée à la formation du prêteur et de l'intermédiaire. Lorsqu'ils constatent un manquement, ils peuvent, après une procédure contradictoire, enjoindre au professionnel de se conformer à ses obligations dans un délai qu'ils fixent, sous astreinte journalière pouvant atteindre 3 000 euros (article L521-1).

Le partenariat avec le prêteur. C'est une conséquence très concrète, même si aucun texte ne la prévoit : un prêteur qui risque de perdre ses intérêts à cause d'explications mal données (voir ci-dessous) a toutes les raisons d'exiger les attestations de ses points de vente et de suspendre ceux qui ne peuvent pas les produire. Les conditions exactes dépendent de la convention qui vous lie à lui.

Le prêteur

La déchéance du droit aux intérêts. C'est le risque financier le plus lourd, et il frappe le prêteur même quand l'erreur vient du magasin :

  • l'article L341-2 prévoit que le prêteur qui n'a pas respecté les obligations de l'article L312-14 (explications) ou de l'article L312-16 (vérification de la solvabilité) « est déchu du droit aux intérêts, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge » ;
  • l'article L341-3 prévoit que le prêteur qui accorde un crédit sans remettre et faire signer ou valider électroniquement la fiche de l'article L312-17 « est déchu du droit aux intérêts ».

Ces sanctions sont civiles : elles se jouent devant le juge, notamment lorsque le prêteur poursuit un emprunteur défaillant. L'article R632-1 du code de la consommation permet au juge de relever d'office toutes les dispositions du code dans les litiges nés de son application. Autrement dit, la question de savoir si les explications ont été données et si la fiche a été correctement établie peut être posée par le juge même si l'emprunteur ne la soulève pas.

L'amende et le contrôle. Le prêteur est lui aussi visé par l'article R341-26 pour ses propres salariés. Les établissements de crédit et sociétés de financement relèvent en outre du contrôle de l'ACPR, qui veille au respect des règles de protection de la clientèle.

La formation ne suffit pas à prouver que les explications ont été données dans un dossier précis. Mais un réseau de vendeurs non formés rend cette preuve beaucoup plus difficile, et l'absence d'attestation est le premier constat d'un contrôle.

Tableau récapitulatif

Qui Manquement Conséquence Texte
Vendeur salarié Explique le crédit sans formation Pas de sanction pénale personnelle ; retrait interne de la possibilité de proposer le crédit C. conso. art. L314-25, R341-26
Magasin intermédiaire Personnel non formé, attestation absente Jusqu'au 19 novembre 2026 : contravention de 5e classe, 1 500 € (personne physique), 7 500 € (personne morale) ; à partir du 20 novembre 2026 : amende administrative de mêmes montants C. conso. art. R341-26, puis L341-52-1 ; C. pén. art. 131-13, 131-41
Magasin intermédiaire Manquement constaté par la DGCCRF Injonction de mise en conformité, astreinte jusqu'à 3 000 € par jour C. conso. art. L511-5, L521-1
Prêteur Explications incomplètes ou inadaptées Déchéance du droit aux intérêts, totale ou partielle C. conso. art. L312-14, L341-2
Prêteur Fiche de dialogue non remise ou non signée Déchéance du droit aux intérêts C. conso. art. L312-17, L341-3
Prêteur Personnel non formé Contravention de 5e classe jusqu'au 19 novembre 2026, amende administrative ensuite ; contrôle de l'ACPR C. conso. art. R341-26, puis L341-52-1

Ce qui se passe concrètement lors d'un contrôle

Dans un point de vente, un contrôle porte d'abord sur des documents et sur la façon dont le crédit est présenté. Soyez en mesure de produire :

  1. la liste des personnes qui proposent le crédit ou remplissent la fiche de dialogue, par magasin ;
  2. pour chacune, l'attestation de formation nominative au sens de l'article L6353-1 du code du travail, avec les objectifs, la nature et la durée de l'action et les résultats de l'évaluation ;
  3. la preuve de la mise à jour des connaissances depuis le dernier changement de réglementation ;
  4. quelques dossiers récents : fiche de dialogue signée, justificatifs au-delà de 3 000 euros, fiche d'informations précontractuelles remise ;
  5. les conditions matérielles de l'entretien, puisque le texte exige des explications données sur le lieu de vente dans des conditions garantissant la confidentialité.

Ce qui change le 20 novembre 2026

L'ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025, qui transpose la directive (UE) 2023/2225 sur les contrats de crédit aux consommateurs, entre en vigueur le 20 novembre 2026. Sur la formation, elle redistribue les rôles :

  • l'article L314-24 réécrit impose aux prêteurs et aux intermédiaires de veiller à ce que leur personnel dispose des connaissances et compétences appropriées pour les contrats de crédit à la consommation comme de crédit immobilier ;
  • l'article L314-25 réécrit vise désormais les personnes autres que le personnel des prêteurs et des intermédiaires, c'est-à-dire pour l'essentiel les vendeurs sur le lieu de vente.

Côté sanctions, le décret n° 2026-105 du 19 février 2026 relatif au crédit à la consommation abroge, à la même date, la section du code qui contient les contraventions de ce chapitre, dont l'article R341-26. La sanction ne disparaît pas pour autant : l'ordonnance n° 2025-880 du 3 septembre 2025 (art. 79) crée l'article L341-52-1 du code de la consommation, qui punit le manquement aux articles L314-24 et L314-25 d'une amende administrative de 1 500 euros au plus pour une personne physique et de 7 500 euros au plus pour une personne morale, prononcée par l'administration et non plus par le juge pénal. L'obligation de former demeure, de même que les contrôles et le risque civil pour le prêteur.

Deux conseils de prudence. D'abord, la réforme réécrit aussi une partie des dispositions sur l'information et les sanctions civiles : les numéros d'articles cités dans ce guide sont ceux applicables au 23 septembre 2026, et il faudra vérifier leur nouvelle rédaction après le 20 novembre. Ensuite, la réforme est elle-même un changement de législation au sens de l'article D314-29 : une mise à jour des personnes déjà formées est à prévoir, et elle doit être attestée comme la formation initiale.

Vous êtes en retard : que faire maintenant

Faites l'inventaire, magasin par magasin. Qui propose réellement le crédit, y compris les renforts saisonniers et les intérimaires ? Qui a une attestation, de quelle date, délivrée par qui ?

Retirez le crédit des mains des personnes non formées. Tant qu'elles ne sont pas formées, orientez les clients vers un collègue formé. C'est la mesure la plus simple pour faire cesser le risque de déchéance sur les nouveaux dossiers.

Formez, puis archivez. L'attestation doit être nominative et conservée par l'employeur, à disposition en cas de contrôle. Rangez-la dans un dossier accessible au responsable du magasin, pas seulement au siège.

Ne réécrivez pas le passé. Une formation suivie aujourd'hui ne rend pas conformes les dossiers passés. Elle met fin au manquement pour l'avenir, ce qui est ce que l'on vous demandera de démontrer.

Planifiez la mise à jour de l'automne 2026. Les personnes formées avant la réforme devront actualiser leurs connaissances ; intégrez-le à votre calendrier dès maintenant.

Pour les intermédiaires immatriculés, ces obligations s'ajoutent à la capacité professionnelle IOBSP : notre guide sur les obligations de l'employeur envers les salariés d'un cabinet de courtage en crédit fait le lien. Et comme la publicité fait partie des points contrôlés au même moment, relisez aussi les mentions obligatoires de la publicité sur le crédit.

La formation proposée

Notre formation crédit à la consommation suit le programme minimal de l'article D314-27 : formes de crédit et caractéristiques financières, droits et obligations de l'emprunteur, explications et fiche de dialogue, prévention du surendettement, infractions et manquements. Elle se termine par une évaluation et donne lieu à une attestation nominative à conserver par l'employeur.

Questions fréquentes

Le vendeur qui propose un crédit sans formation risque-t-il une amende ?

Non, pas personnellement au titre de la formation. L'article R341-26 vise le prêteur ou l'intermédiaire, et l'obligation de conserver l'attestation pèse sur l'employeur. Le vendeur peut en revanche se voir retirer la possibilité de proposer le crédit.

Combien coûte une formation manquante pour le magasin ?

Jusqu'au 19 novembre 2026, l'amende pénale prévue est celle des contraventions de cinquième classe : 1 500 euros au plus pour une personne physique, 7 500 euros pour une personne morale ; à compter du 20 novembre 2026, elle est remplacée par une amende administrative du même montant (article L341-52-1). Le risque principal est ailleurs : la déchéance des intérêts subie par le prêteur si les explications ou la fiche de dialogue sont défaillantes, et ses conséquences sur le partenariat.

Qu'est-ce que la déchéance du droit aux intérêts ?

C'est une sanction civile : le prêteur perd tout ou partie des intérêts du crédit, l'emprunteur ne remboursant plus que le capital, dans la proportion fixée par le juge lorsque le texte le prévoit. Elle est prévue notamment en cas de manquement aux explications (article L341-2) et à la fiche de dialogue (article L341-3).

Faut-il refaire la formation chaque année ?

Le texte n'impose pas de périodicité fixe. L'article D314-29 exige une mise à jour régulière, notamment en cas de changement de la réglementation, ce qui sera le cas avec l'entrée en vigueur de la réforme le 20 novembre 2026.

Une formation dispensée par le prêteur partenaire suffit-elle ?

Oui, l'article L314-25 admet une attestation établie par l'un des prêteurs dont les crédits sont proposés, sur le lieu de vente ou par un organisme de formation enregistré. Vérifiez seulement que l'attestation est nominative et qu'elle couvre le programme de l'article D314-27.

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.

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