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Lettre de suite de l'ACPR : comment répondre et dans quels délais

Projet de rapport, lettre de suite, mise en demeure : ce qu'un intermédiaire d'assurance ou un IOBSP doit faire après un contrôle de l'ACPR, délai par délai.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · 9 min de lecture

Pile de dossiers papier et lunettes posées sur un bureau

Les contrôleurs sont partis, et le cabinet respire. C'est pourtant maintenant que se joue l'essentiel. Entre la fin de la mission et la clôture du dossier, l'ACPR adresse plusieurs documents, et chacun appelle une réponse dans un délai précis. Une réponse soignée peut faire modifier un constat ; une réponse tardive ou approximative peut transformer une insuffisance en procédure disciplinaire. Voici, étape par étape, ce qu'un courtier, un agent général, un mandataire ou un courtier en crédit reçoit après un contrôle, ce qu'il doit répondre et dans quel délai.

Si vous cherchez plutôt comment se préparer avant le contrôle et quelles pièces tenir prêtes, lisez d'abord le guide sur le contrôle ACPR d'un courtier en assurance ou celui consacré au contrôle ACPR d'un IOBSP. Cet article commence là où ils s'arrêtent.

Les délais en un coup d'œil

Étape Qui écrit Délai pour réagir Fondement
Réunion de présentation des constats Chef de mission Pendant la réunion, puis avant le projet de rapport Charte de conduite, point IV-1.3
Projet de rapport Chef de mission Délai fixé par la lettre d'envoi, en principe 15 jours calendaires au moins Art. L612-27 ; charte, point IV-1.3
Lettre de suite Secrétaire général Délai fixé dans la lettre Charte, partie V
Mise en garde ACPR, après explications des dirigeants Explications avant la décision Art. L612-30
Mise en demeure ACPR Délai déterminé fixé par la décision, astreinte possible Art. L612-31
Rapport du rapporteur (procédure disciplinaire) Commission des sanctions 15 jours francs pour vos observations Page « Procédure disciplinaire » de l'ACPR
Convocation à l'audience Commission des sanctions Au moins 30 jours francs avant l'audience Même source
Recours contre une sanction Vous 2 mois après la notification Art. L612-16

Aucun texte ne fixe un délai unique pour répondre à une lettre de suite : c'est la lettre elle-même qui le précise. Lisez-la dès réception et notez l'échéance.

Avant même le projet de rapport : la réunion des constats

La charte de conduite des missions sur place, publiée par l'ACPR, prévoit qu'avant la communication du projet de rapport, le chef de mission propose aux dirigeants une réunion pour débattre des principaux constats. Elle peut être précédée ou accompagnée d'un support écrit, parfois un avant-projet, qui permet de relever d'éventuelles erreurs factuelles, de faire valoir des éléments dont la mission n'a pas eu connaissance ou d'exprimer des points de vue divergents.

C'est la première occasion de corriger un fait. La charte attend la présence des dirigeants à cette réunion. Venez avec la personne qui a coordonné la mission et, si un constat vous paraît faux, avec la pièce d'origine qui le contredit : le contrat signé, le questionnaire de recueil des besoins retrouvé dans l'archivage, l'accusé de réception d'une réclamation.

Le projet de rapport : le délai le plus court

L'article L612-27 du code monétaire et financier pose la règle : « En cas de contrôle sur place, un rapport est établi. Le projet de rapport est porté à la connaissance des dirigeants de la personne contrôlée, qui peuvent faire part de leurs observations, dont il est fait état dans le rapport définitif. »

La charte précise le délai : celui que fixe la lettre d'envoi, en principe quinze jours calendaires au moins. À titre exceptionnel, un délai supplémentaire peut être accordé sur demande écrite et motivée. Si un dirigeant est absent ou si une pièce doit être obtenue d'un prestataire, demandez ce délai par écrit avant l'échéance, pas après.

Vos observations écrites sont annexées au projet. Le chef de mission indique ensuite, dans un document également annexé, dans quelle mesure les constats sont modifiés. L'ensemble, signé par lui, forme le rapport définitif, dont l'envoi marque la fin du contrôle sur place et le début de l'élaboration des suites.

Comment rédiger des observations qui comptent

  • Reprenez la numérotation du projet, constat par constat.
  • Pour chaque constat, prenez position : accepté, contesté, nuancé.
  • Contestez avec des pièces d'origine, datées de l'époque des faits. Une pièce créée après coup n'a aucune valeur et vous expose pénalement (voir plus bas).
  • Reconnaissez ce qui est fondé et indiquez ce que vous avez déjà engagé : une mesure en cours pèse plus qu'une promesse.
  • Restez factuel : la taille du cabinet ou la charge de travail n'exonèrent d'aucune obligation.

Ce délai est souvent le seul moment où vous pouvez encore modifier le contenu du rapport sur lequel toutes les suites s'appuieront.

La lettre de suite : la suite la plus légère

La charte indique que les suites d'un contrôle sur place peuvent prendre la forme d'une lettre de suite du secrétaire général, mais aussi de mesures de police administrative ou de l'ouverture d'une procédure disciplinaire, et que ces suites « ne sont pas exclusives l'une de l'autre et peuvent, le cas échéant, se cumuler ».

La lettre de suite est la moins contraignante de ces suites. Elle relève les manquements ou insuffisances, demande de les corriger et fixe un délai pour présenter des mesures ou des justificatifs. Ce n'est pas une sanction, mais ce n'est pas non plus un courrier de courtoisie : la charte prévoit que des missions de suivi peuvent vérifier « la pertinence et l'exhaustivité des corrections apportées ».

La structure d'un plan d'action crédible

Répondez dans l'ordre de la lettre et, pour chaque point, donnez six éléments :

  1. le constat, repris tel quel ;
  2. sa cause : procédure inexistante, outil inadapté, défaut de formation, défaut de contrôle ;
  3. l'action décidée, concrète et vérifiable ;
  4. le responsable nommé ;
  5. l'échéance, datée et réaliste ;
  6. la preuve que vous fournirez une fois l'action réalisée.

Si une correction dépend d'un tiers, un éditeur de logiciel par exemple, proposez une mesure transitoire immédiate et indiquez le calendrier réel. Répondre dans le délai avec un calendrier honnête vaut mieux que répondre en retard avec un dossier complet.

Cas fictif, présenté à titre d'illustration — Après un contrôle sur le devoir de conseil, un cabinet de courtage de six personnes reçoit une lettre de suite qui relève trois points : des fiches de recueil des besoins absentes dans plusieurs dossiers, des réclamations non enregistrées, et une liste de formations continues incomplète pour deux conseillers. Le gérant répond dans le délai : nouvelle procédure de souscription appliquée à tous les nouveaux contrats dès la semaine suivante, registre des réclamations ouvert avec reprise des réclamations en cours, tableaux de formation complétés avec les dates, durées, modalités et thèmes exigés par l'article R512-13-1 du code des assurances, et un contrôle trimestriel d'un échantillon de dossiers. Il ne touche pas aux anciens dossiers.

Ce que vous ne pouvez pas faire de la lettre

L'article L612-27 interdit de communiquer à des tiers les suites, ainsi que toute information comportant une appréciation de votre situation, sans l'accord préalable de l'ACPR, hors cas prévus par la loi. Ni le rapport ni la lettre de suite ne se transmettent à un partenaire commercial, même pour le rassurer, sans cet accord.

Mise en garde et mise en demeure : le ton change

Deux mesures de police administrative peuvent suivre un contrôle.

La mise en garde (art. L612-30) vise une personne dont les pratiques sont susceptibles de mettre en danger les intérêts de ses clients. Elle intervient après que les dirigeants ont été mis en mesure de présenter leurs explications : c'est à ce moment qu'il faut répondre, avec précision.

La mise en demeure (art. L612-31) enjoint de prendre, « dans un délai déterminé, toutes mesures destinées à sa mise en conformité ». Elle peut être assortie d'une astreinte. Le délai est fixé par la décision elle-même.

Ces mesures ne sont pas des sanctions, mais les ignorer en appelle une. L'article L612-41 du code monétaire et financier vise expressément l'intermédiaire qui « n'a pas tenu compte d'une mise en garde ou n'a pas déféré à une mise en demeure ». Traitez une mise en demeure comme une échéance impérative : exécutez, documentez chaque étape, et adressez les preuves avant l'expiration du délai.

Si une procédure disciplinaire est ouverte

Le président de la formation compétente du collège de supervision notifie les griefs et saisit la commission des sanctions, qui désigne un rapporteur (art. L612-38). La page de l'ACPR consacrée à la procédure disciplinaire décrit la suite : le rapport du rapporteur est communiqué à la personne mise en cause, qui dispose de 15 jours francs pour faire connaître ses observations ; les parties sont convoquées au moins 30 jours francs avant l'audience ; la personne mise en cause peut demander que l'audience ne soit pas publique, et elle a la parole en dernier. L'article L612-38 garantit le droit de se faire assister ou représenter par un conseil de son choix.

Pour un intermédiaire, l'article L612-41 prévoit l'avertissement, le blâme, l'interdiction de certaines opérations, la suspension ou la démission d'office de dirigeants, la radiation du registre de l'ORIAS et l'interdiction d'exercer, les interdictions et suspensions ne pouvant excéder dix ans, ainsi qu'une sanction pécuniaire de cent millions d'euros au plus. La décision est en principe publiée, aux frais de la personne sanctionnée. Le recours est un recours de pleine juridiction devant le Conseil d'État, dans les deux mois suivant la notification (art. L612-16).

À ce stade, l'assistance d'un avocat habitué de cette procédure n'est pas un luxe.

L'erreur à ne jamais commettre : régulariser après coup

La tentation est forte, au moment de répondre, de « compléter » des dossiers anciens : une fiche de recueil des besoins rédigée aujourd'hui et datée de la souscription, une procédure antidatée. C'est la pire décision possible. L'article L310-28 du code des assurances punit d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende le fait de communiquer sciemment des renseignements inexacts à l'ACPR ; le même texte s'applique aux intermédiaires soumis à son contrôle. Pour les IOBSP, l'article L571-4 du code monétaire et financier prévoit la même peine.

Ce qui est légitime : appliquer la procédure corrigée aux nouveaux contrats et, si c'est utile pour un client, organiser un nouvel échange de conseil, daté du jour où il a réellement lieu.

En résumé

Après un contrôle de l'ACPR, trois réflexes protègent le cabinet : noter chaque délai dès réception du document, répondre point par point avec des pièces d'origine et un plan d'action daté, et ne jamais fabriquer de pièce. Une mise en demeure ignorée, à l'inverse, devient à elle seule un motif de sanction (art. L612-41).

Pour connaître toute la procédure, des pouvoirs des contrôleurs aux sanctions, avec la liste des pièces et une grille d'autodiagnostic, la formation se préparer à un contrôle de l'ACPR déroule le contrôle en deux heures, avec des cas pratiques.

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.

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