Réclamations chez un courtier ou un IOBSP : ce que l'ACPR vérifie en contrôle
Recommandation ACPR 2024-R-02 appliquée au courtage : reconnaître une réclamation, la tracer, répondre, synthétiser chaque année et encadrer ses mandataires.
Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires
Publié le · 12 min de lecture

Lors d'un contrôle de l'ACPR, le dispositif de réclamations d'un cabinet de courtage ou d'un IOBSP se juge sur quatre pièces : une procédure écrite, un registre, un échantillon de réponses et une synthèse annuelle. La recommandation 2024-R-02 du 2 juillet 2024, qui remplace la 2022-R-01, s'adresse expressément aux intermédiaires d'assurance et aux intermédiaires en opérations de banque et en services de paiement. Elle fixe les attentes : accusé de réception sous dix jours ouvrables, réponse écrite dans les deux mois au plus, enregistrement de chaque réclamation écrite, et analyse régulière pour corriger ce qui dysfonctionne.
Les délais et l'information sur la médiation sont traités dans notre guide sur les réclamations en agence générale, qui vaut aussi pour un courtier. Ce guide-ci porte sur ce qu'un intermédiaire doit pouvoir montrer : comment il repère une réclamation, ce qu'il en garde, comment il en tire des leçons, et comment il fait appliquer tout cela par ses mandataires.
Pourquoi c'est un sujet de contrôle
L'ACPR veille au respect des règles de protection de la clientèle et à « l'adéquation des moyens et procédures » mis en œuvre à cette fin (article L612-1 du code monétaire et financier). La recommandation 2024-R-02 vise expressément ce texte. Sa page sur les contrôles des pratiques commerciales précise que le contrôle couvre tout le processus de commercialisation, de la conception du produit « jusqu'à l'exécution des contrats et la gestion des réclamations ».
Une recommandation n'est pas une loi. Mais c'est la grille avec laquelle l'Autorité juge un dispositif, et le droit de communication de l'article L612-24 lui permet d'exiger tout document, « quel qu'en soit le support » : le tableau de suivi, les courriels, les modèles de réponse. Les réclamations ont une autre particularité : elles révèlent les problèmes de conseil, de tarification ou d'information. Un registre bien tenu est donc aussi, pour le contrôleur, une porte d'entrée vers le reste du dossier.
Reconnaître une réclamation : le vrai point faible
La définition est large : une réclamation est « l'expression d'un mécontentement envers un professionnel quel que soit l'interlocuteur ou le service auprès duquel elle est formulée ». Elle peut venir d'un client, d'un ancien client, d'un bénéficiaire, d'une personne qui a demandé un produit ou qui a été démarchée, ou de leurs mandataires et ayants droit. À l'inverse, une demande de service, d'information ou d'avis n'en est pas une.
La difficulté est dans la frontière. L'annexe de la recommandation donne des exemples, que voici transposés au quotidien d'un cabinet :
| C'est une réclamation (mécontentement exprimé sur…) | Ce n'en est pas une (sans mécontentement) |
|---|---|
| Une publicité reçue, un appel de démarchage | Une demande de geste commercial |
| La qualité du consentement donné, ou son absence | Une demande de copie du contrat ou d'une attestation |
| Le discours commercial, l'accueil | Une demande d'exécution du contrat (avenant, rachat, prestation) |
| L'information précontractuelle ou le conseil, même si le contrat n'a pas été souscrit | Une question sur une clause ou sur le fonctionnement du produit |
| Le délai de réponse à une demande de documents | Une demande d'avis sur le choix d'un contrat |
| Un refus de souscription, y compris pour un non-client | |
| Le tarif, même si le professionnel est libre de le fixer | |
| Un refus de garantie, le montant d'une indemnisation, une expertise | |
| L'absence de traitement ou le délai d'une demande de résiliation |
Trois précisions de la recommandation changent la pratique :
- Une relance est une réclamation. Le client qui écrit une seconde fois parce que sa demande de résiliation n'a pas été traitée exprime un mécontentement, même sans le mot « réclamation ».
- Signaler suffit. Un mécontentement exprimé pour signaler une pratique, sans rien demander pour soi, reste une réclamation.
- L'oral compte. La réclamation orale ou par messagerie instantanée doit être identifiée ; si elle ne peut pas être satisfaite immédiatement, le client est invité à l'écrire sur un support durable. Si le cabinet propose un formulaire en ligne, celui-ci doit permettre au client de garder une copie datée de sa réclamation.
C'est pourquoi la recommandation demande que les collaborateurs en contact avec la clientèle soient formés à l'identification des réclamations et disposent à tout moment d'un support d'aide adapté aux activités du cabinet (point 3.1.4). Une fiche d'une page, avec ce tableau et les bons réflexes, remplit cet office.
Le circuit propre à l'intermédiaire
Un courtier ou un IOBSP reçoit des réclamations qui ne le concernent pas toutes directement : refus de garantie décidé par l'assureur, refus de prêt de la banque, retard d'indemnisation chez un gestionnaire délégué. La recommandation règle ces situations sans dispenser l'intermédiaire de rien :
- les réclamations écrites que le destinataire n'est pas habilité à traiter sont transmises à l'interlocuteur ou au service compétent ;
- les courriers destinés à un médiateur lui sont transmis ;
- l'intermédiaire enregistre les réclamations écrites et les réponses, et suit leur traitement, « y compris lorsque celui-ci a été en tout ou partie délégué ».
Autrement dit, transmettre à l'assureur ne clôt pas le dossier côté cabinet. Le registre doit montrer la date de transmission, à qui, et ce qu'il est advenu de la réponse. La recommandation demande aussi que l'organisation ne repose pas sur « une multitude de circuits » ou d'interlocuteurs distincts pour le client (point 3.1.2) : le client n'a pas à deviner s'il doit écrire au cabinet, à la compagnie ou à la plateforme de gestion.
Accuser réception, répondre, et répondre même quand on a donné satisfaction
Les règles du point 3.1.1 :
- accusé de réception écrit d'une réclamation écrite sous dix jours ouvrables à compter de son envoi, sauf si la réponse elle-même intervient dans ce délai ; il indique comment accéder à la page dédiée du site ou, à défaut, les informations sur la procédure ;
- réponse écrite à toute réclamation écrite, claire, adaptée au cas et argumentée, dans le délai annoncé et au plus tard deux mois après l'envoi de la première manifestation écrite du mécontentement, le cachet de la poste faisant foi pour un courrier ;
- les délais appliqués doivent rester cohérents avec l'objet du mécontentement, notamment quand celui-ci porte justement sur un délai (point 3.1.3).
Un détail figure en note de bas de page : la réponse écrite est due y compris lorsqu'il est donné satisfaction au réclamant, par exemple par un simple acte de gestion. Le cabinet qui corrige une erreur de prélèvement sans écrire au client a réglé le problème, mais il n'a pas répondu à la réclamation.
Chaque réponse mentionne le médiateur compétent et les modalités de sa saisine, en précisant, s'il s'agit d'un médiateur de la consommation, qu'il peut en tout état de cause être saisi deux mois après l'envoi de la première réclamation écrite (point 3.2.3). La recommandation demande aussi d'éviter toute appellation qui entretiendrait une confusion entre un service interne et un dispositif de médiation (point 3.2.5) : un « médiateur du cabinet » qui n'est qu'un service client pose problème.
Le registre : ce qu'il doit permettre de reconstituer
La recommandation n'impose pas de format. Mais un registre utile en contrôle permet de répondre, pour chaque réclamation écrite, à ces questions :
| Colonne | Pourquoi |
|---|---|
| Date d'envoi et date de réception | Point de départ des dix jours ouvrables et des deux mois |
| Canal (courrier, courriel, formulaire, oral confirmé par écrit) | Preuve de l'identification quel que soit le canal |
| Réclamant et contrat concerné | Lien avec le dossier client |
| Motif, selon une liste fermée | Analyse par catégorie |
| Collaborateur ou mandataire concerné | Repérer un besoin de formation |
| Transmission éventuelle (assureur, banque, délégataire) et date | Suivi du traitement délégué |
| Date de l'accusé de réception | Respect des dix jours ouvrables |
| Date et sens de la réponse (satisfaction totale, partielle, refus) | Respect des deux mois, qualité |
| Mention du médiateur dans la réponse | Point 3.2.3 |
| Saisine du médiateur, issue | Suivi des litiges |
| Mesure corrective décidée | Point 3.3.1 |
La colonne « motif » mérite une liste fermée (information, conseil, tarif, gestion, sinistre, résiliation, démarchage…). Sans elle, l'analyse demandée par la recommandation est impossible.
La synthèse annuelle : la pièce que beaucoup de cabinets n'ont pas
Le point 3.3.1 demande des moyens et des procédures permettant :
- d'identifier, à travers les réclamations et les demandes transmises par un médiateur, les dysfonctionnements, les manquements à la réglementation et les mauvaises pratiques commerciales, et de les corriger dans des délais raisonnables, y compris à l'égard des clients concernés par une application erronée d'une règle ;
- d'analyser la qualité du dispositif : volume, nature, délais, qualité des réponses ;
- de soumettre, au moins une fois par an, aux instances de gouvernance une synthèse comportant cette analyse, les dysfonctionnements identifiés et les mesures correctives envisagées ou mises en œuvre.
Dans un cabinet de cinq personnes, « l'instance de gouvernance » est souvent le gérant ou l'assemblée des associés. La synthèse peut tenir en deux pages : chiffres de l'année par motif, délais moyens et dépassements, trois enseignements, mesures décidées avec leur échéance, et signature datée du dirigeant. Une note de bas de page précise que les réclamations sur un produit du cabinet commercialisé par un autre professionnel entrent dans l'analyse : un courtier grossiste doit regarder ce que remontent les courtiers de proximité qui distribuent ses produits.
Mandataires et délégataires : vos réclamations aussi
Le point 3.3.2 demande de fixer les modalités selon lesquelles les mandataires et délégataires en contact avec la clientèle appliquent les bonnes pratiques d'information (points 3.2.1 et 3.2.2), et de s'assurer de leur effectivité. Pour un courtier qui travaille avec des mandataires d'intermédiaire d'assurance ou un IOBSP qui s'appuie sur des mandataires, cela signifie concrètement :
- une clause ou une annexe du mandat sur la remontée des réclamations (délai, canal, contenu) ;
- l'information sur la procédure et le médiateur remise par le mandataire à ses clients, identique à celle du cabinet ;
- un contrôle périodique, même léger : un échantillon de dossiers, un rapprochement entre ce que le mandataire déclare et ce que les clients écrivent au cabinet.
Les entités tenues de se doter d'un contrôle interne y intègrent ces bonnes pratiques et les risques révélés par les réclamations, y compris lorsqu'ils sont imputables à un tiers, intermédiaire ou délégataire de gestion (point 3.3.3).
Ce que le contrôleur va probablement faire
Les textes ne décrivent pas de méthode type, mais les pouvoirs de l'ACPR et la recommandation rendent certains gestes prévisibles :
- demander la procédure écrite et vérifier qu'elle a été communiquée aux collaborateurs concernés (point 3.1.7) ;
- obtenir l'export du registre sur plusieurs années ;
- tirer un échantillon et comparer les dates : envoi, accusé de réception, réponse ;
- lire les réponses : sont-elles argumentées, mentionnent-elles le médiateur ?
- rechercher des réclamations absentes du registre, par exemple dans les courriels d'un conseiller ou parmi les relances ;
- demander la dernière synthèse annuelle et vérifier que les mesures annoncées ont été prises ;
- consulter la page « réclamations » du site, qui doit être accessible sans identification préalable (point 3.2.2).
La charte de conduite des missions sur place rappelle que les contrôleurs ne donnent pas de conseils : ils constatent. C'est au cabinet de construire son dispositif avant leur venue.
Exemple fictif : le courtier qui « n'a jamais de réclamations »
Cas imaginé pour illustrer. Un cabinet de courtage en assurance emprunteur affirme ne recevoir aucune réclamation : son registre est vide depuis trois ans. Lors d'un contrôle, l'échantillon de dossiers fait apparaître plusieurs courriels de clients mécontents d'un délai de substitution d'assurance, et deux relances restées sans réponse écrite parce que le conseiller avait réglé le problème par téléphone. Au regard de la recommandation, le constat est triple : réclamations non identifiées, réponses écrites manquantes, absence d'analyse. Le registre vide, loin de rassurer, signale un défaut d'identification. La correction passe par la fiche d'aide aux collaborateurs, la reprise des réclamations en souffrance avec une réponse écrite datée du jour, et une première synthèse. Jamais par l'ajout après coup de lignes antidatées dans le registre.
Pour aller plus loin
La gestion des réclamations est l'un des blocs de l'autodiagnostic de la formation pour se préparer à un contrôle de l'ACPR, avec les conditions d'exercice, le conseil, la LCB-FT et les suites d'un contrôle. Pour les pièces à réunir sur l'ensemble du cabinet, voir aussi notre guide sur le contrôle ACPR d'un courtier en assurance.
Questions fréquentes
La recommandation 2024-R-02 s'applique-t-elle à un petit courtier ?
Oui. Elle s'adresse expressément aux intermédiaires d'assurance, aux IOBSP et aux intermédiaires en financement participatif, sans seuil de taille.
Un client mécontent d'un refus de garantie de l'assureur : qui répond ?
L'intermédiaire transmet la réclamation au service compétent s'il n'est pas habilité à la traiter, mais il l'enregistre et en suit le traitement, même délégué (point 3.1.1).
Faut-il répondre par écrit si le problème a été réglé par téléphone ?
Oui, pour une réclamation écrite : la recommandation prévoit une réponse écrite y compris lorsque satisfaction est donnée par un acte de gestion.
La synthèse annuelle est-elle obligatoire pour un cabinet sans conseil d'administration ?
La recommandation vise « les instances de gouvernance appropriées ». Dans une petite structure, une synthèse signée par le dirigeant et conservée répond à l'esprit du texte.
Un prospect qui n'a jamais signé peut-il réclamer ?
Oui. La définition inclut les personnes qui ont sollicité un produit ou ont été sollicitées par le professionnel, et l'annexe cite le mécontentement sur le conseil même si le produit n'a pas été souscrit.
Sources officielles consultées
- ACPR, recommandation 2024-R-02 du 2 juillet 2024 sur le traitement des réclamations (texte intégral, PDF)
- Code monétaire et financier, art. L612-1 (missions de l'ACPR, protection de la clientèle)
- Code monétaire et financier, art. L612-24 (droit de communication de l'ACPR)
- ACPR, Les contrôles de l'ACPR relatifs aux pratiques commerciales
- ACPR, Charte de conduite d'une mission de contrôle sur place (juin 2014)
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Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.
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