Assurance dommages-ouvrage : obligation, délais de l'assureur et rôle du distributeur
Dommages-ouvrage : qui doit la souscrire, quand elle joue, les délais de 10, 60 et 90 jours de l'assureur, la sanction du retard et ce que le distributeur trace.
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Publié le · 11 min de lecture

La dommages-ouvrage est l'assurance que les maîtres d'ouvrage découvrent souvent trop tard, au moment où un constructeur, un notaire ou un sinistre la leur réclame. Pour le courtier ou l'agent général, c'est aussi un contrat où la loi encadre l'assureur par des délais comptés en jours et une sanction automatique du retard. Voici, texte par texte, qui doit la souscrire, quand elle joue, quels délais l'assureur doit tenir et ce que le distributeur doit faire et tracer.
Qui doit souscrire la dommages-ouvrage
L'article L242-1 du code des assurances pose l'obligation : « Toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l'ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, fait réaliser des travaux de construction, doit souscrire avant l'ouverture du chantier, pour son compte ou pour celui des propriétaires successifs », une assurance qui garantit, « en dehors de toute recherche des responsabilités, le paiement de la totalité des travaux de réparation » des dommages dont répondent les constructeurs au titre de la responsabilité décennale.
Trois mots comptent pour le conseil :
- « toute personne physique ou morale » : le particulier qui fait construire sa maison est concerné, comme la SCI, le promoteur ou l'entreprise qui fait bâtir un entrepôt ;
- « avant l'ouverture du chantier » : une dommages-ouvrage cherchée après le premier coup de pelle arrive trop tard au regard du texte ;
- « des propriétaires successifs » : la garantie suit l'ouvrage en cas de revente.
Le même article prévoit des exceptions limitées : les personnes morales de droit public, les personnes morales qui assurent la maîtrise d'ouvrage dans le cadre d'un contrat de partenariat, et les personnes morales dont l'activité dépasse les seuils des grands risques lorsqu'elles font construire pour leur propre compte un bâtiment à usage autre que l'habitation. Une PME qui fait construire ses bureaux sans dépasser ces seuils reste donc soumise à l'obligation.
Pour le contrat de construction de maison individuelle, l'article L231-2 du code de la construction et de l'habitation impose d'indiquer dans le contrat « la référence de l'assurance de dommages souscrite par le maître de l'ouvrage ».
Ce qu'elle garantit, et à partir de quand
La dommages-ouvrage est une assurance de chose : elle paie la réparation sans attendre que l'on sache quel constructeur est responsable. Les clauses types, qui fixent le contenu minimal de tout contrat (annexe II à l'article A243-1), visent les dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité des ouvrages, les rendent impropres à leur destination, ou affectent la solidité des éléments d'équipement indissociables. Les travaux de démolition, de déblaiement, de dépose ou de démontage nécessaires sont compris.
Elle ne joue pas dès la réception. La période de garantie commence à l'expiration de l'année de parfait achèvement et prend fin dix ans après la réception. Deux exceptions permettent de l'actionner plus tôt (article L242-1 et annexe II) :
- avant la réception, lorsque le contrat avec l'entrepreneur est résilié pour inexécution après une mise en demeure restée infructueuse ;
- après la réception et pendant l'année de parfait achèvement, lorsque l'entrepreneur n'a pas exécuté ses obligations après une mise en demeure par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique avec demande d'avis de réception.
Dans le second cas, la déclaration de sinistre doit être accompagnée de la copie de cette mise en demeure. Le premier réflexe à donner à un client qui appelle dans l'année qui suit la réception est donc d'écrire à l'entreprise, en recommandé.
Les délais imposés à l'assureur
C'est le cœur du dispositif. La loi et les clauses types fixent un calendrier précis.
| Étape | Délai | Texte |
|---|---|---|
| Signaler une déclaration incomplète | 10 jours à compter de sa réception | Annexe II, A243-1 |
| Petit sinistre sans expertise (évalué à moins de 1 800 € ou garantie manifestement injustifiée) | Offre ou refus sous 15 jours ; l'assuré qui conteste peut obtenir un expert | Annexe II, A243-1 |
| Position sur le principe de la garantie | 60 jours au plus, au vu du rapport préliminaire de l'expert, communiqué à l'assuré ; tout refus doit être motivé | L242-1 ; annexe II |
| Offre d'indemnité | 90 jours au plus à compter de la réception de la déclaration | L242-1 |
| Délai supplémentaire | Pour difficultés exceptionnelles, motivé techniquement, avec l'accord exprès de l'assuré : 135 jours au plus | L242-1 |
| Paiement | 15 jours après l'acceptation de l'offre | L242-1 |
| Avance si l'assuré conteste le montant mais veut faire les travaux | Au moins les trois quarts de l'indemnité notifiée, sous 15 jours | Annexe II, A243-1 |
Tout part de la déclaration « réputée constituée »
Les délais ne courent qu'à partir d'une déclaration complète. Selon l'annexe II, elle est réputée constituée dès qu'elle comporte au moins : le numéro du contrat, le nom du propriétaire, l'adresse de la construction, la date de réception (ou à défaut de première occupation), la date d'apparition des dommages avec leur description et leur localisation, et, pendant l'année de parfait achèvement, la copie de la mise en demeure adressée à l'entreprise. Une déclaration incomplète donne à l'assureur dix jours pour réclamer les éléments manquants, et les délais ne démarrent qu'à réception des compléments.
L'expert et ses rapports
L'expert est désigné par l'assureur. L'assuré peut le récuser dans les huit jours de la notification de sa désignation ; les délais sont alors allongés de dix jours, ou de trente jours si l'expert est finalement désigné par le juge des référés. L'expert produit un rapport préliminaire, qui sert à la décision sur la garantie et chiffre les mesures conservatoires, puis un rapport d'expertise consacré aux travaux de réparation (annexe II).
Quand l'assureur ne tient pas ses délais
La sanction est écrite dans la loi : « Lorsque l'assureur ne respecte pas l'un des délais prévus aux deux alinéas ci-dessus ou propose une offre d'indemnité manifestement insuffisante, l'assuré peut, après l'avoir notifié à l'assureur, engager les dépenses nécessaires à la réparation des dommages. L'indemnité versée par l'assureur est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal » (article L242-1).
Les clauses types ajoutent qu'à défaut de position dans les soixante jours, la garantie joue pour le sinistre déclaré sur simple notification, et que l'assuré peut engager les mesures conservatoires dans la limite de l'estimation du rapport préliminaire. Deux points pratiques en découlent :
- la notification à l'assureur est un préalable : il faut l'écrire, de préférence en recommandé, avant d'engager les dépenses ;
- l'avance des trois quarts permet au client qui conteste le montant de lancer ses travaux sans accepter l'offre.
Attention enfin à ne pas confondre deux horloges. La garantie court dix ans après la réception, mais l'action de l'assuré contre son assureur se prescrit par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance (article L114-1), délai que la désignation d'un expert ou une lettre recommandée de l'assuré relative au règlement peuvent interrompre. Un client qui laisse dormir un refus de garantie pendant plus de deux ans peut perdre son recours alors même que la décennale court encore.
Cas pratique (fictif) — M. et Mme Durand ont fait construire leur maison, réceptionnée il y a trois ans. Des infiltrations par la façade rendent une chambre inutilisable. Leur déclaration complète est reçue par l'assureur le 5 février. Sauf récusation de l'expert ou délai supplémentaire accepté, l'assureur doit prendre position au plus tard soixante jours après cette réception et, s'il accepte, présenter une offre dans les quatre-vingt-dix jours. Faute de réponse dans le premier délai, le courtier aide les clients à notifier à l'assureur qu'ils engagent les dépenses de réparation ; l'indemnité sera majorée d'un intérêt égal au double du taux de l'intérêt légal.
Pas de dommages-ouvrage : ce que risque le client
L'article L243-3 punit de six mois d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende, ou de l'une de ces deux peines, quiconque ne respecte pas les obligations d'assurance construction. Il prévoit une seule exception : la personne physique qui construit un logement pour l'occuper elle-même ou le faire occuper par son conjoint, ses ascendants, ses descendants ou ceux de son conjoint. Cette exception est pénale seulement : l'obligation civile demeure, et elle ne profite ni à une SCI, ni au particulier qui construit pour louer ou pour revendre.
Les conséquences civiles pèsent souvent davantage :
- sans dommages-ouvrage, pas de préfinancement : le propriétaire doit obtenir réparation des constructeurs et de leurs assureurs, avec les délais et les frais d'une procédure ;
- en cas de vente dans les dix ans qui suivent la réception, l'acte doit mentionner l'existence ou l'absence des assurances obligatoires, l'attestation y étant annexée (article L243-2) ; l'acquéreur est donc informé de l'absence de dommages-ouvrage.
Si le client ne trouve pas d'assureur, il peut saisir le bureau central de tarification, qui fixe la prime que l'assureur sollicité est tenu d'appliquer. Depuis le 28 mai 2026, l'article L243-4 impose que le refus de souscription mentionne la possibilité de saisir ce bureau et ses modalités, et précise que le bureau statue dans un délai de trois mois. La demande initiale doit avoir été faite par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique, et le bureau doit être saisi dans les quinze jours du refus.
Le rôle du distributeur, étape par étape
Le distributeur n'est pas expert en bâtiment, mais le devoir de conseil lui impose de préciser par écrit les exigences et besoins du client, de conseiller un contrat cohérent et d'en donner les raisons (article L521-4). En dommages-ouvrage, cela se traduit très concrètement.
Avant le chantier
- Vérifier que le client est assujetti (qualité de propriétaire, vendeur ou mandataire, nature des travaux, usage du bâtiment) et lui rappeler l'échéance : avant l'ouverture du chantier.
- Recueillir les éléments utiles : descriptif, coût, intervenants, date prévue d'ouverture du chantier, usage du bien (habitation personnelle, location, revente).
- Expliquer que l'assureur peut demander la preuve des décennales des entreprises et du contrôleur technique (annexe II), et aider le client à vérifier chaque attestation : activités couvertes, période de validité, coût maximal des chantiers.
- Rappeler les obligations de l'assuré prévues par les clauses types : déclarer les réceptions et transmettre les procès-verbaux dans le mois, signaler un arrêt de travaux de plus de trente jours.
Au moment du sinistre
- Rédiger avec le client une déclaration réputée constituée, envoyée de façon datée.
- Tenir un calendrier : dix jours, soixante jours, quatre-vingt-dix jours, et la prescription de deux ans.
- Notifier par écrit tout dépassement de délai avant d'engager des dépenses, et demander l'avance des trois quarts en cas de désaccord sur le montant.
Dans le dossier
Conserver la fiche des exigences et besoins, les mises en garde écrites (par exemple sur l'absence de dommages-ouvrage ou sur une attestation incomplète) et le calendrier du sinistre. Cette trace répond à l'exigence de l'article L521-4 et protège autant le client que le cabinet. Notre guide sur les thèmes de formation DDA liés au devoir de conseil et à la protection de la clientèle détaille ce que l'on attend de cette traçabilité, et celui sur la vérification de l'habilitation d'un assureur avant de placer un risque complète le contrôle à faire avant de proposer un contrat.
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Questions fréquentes
La dommages-ouvrage est-elle obligatoire pour une rénovation ?
L'obligation porte sur les « travaux de construction » dont les dommages relèvent de la responsabilité décennale : une extension ou une rénovation lourde qui touche la structure, le clos ou le couvert peut y entrer, pas de simples travaux d'embellissement. Les ouvrages existants ne sont couverts que s'ils sont totalement incorporés dans l'ouvrage neuf et en deviennent techniquement indivisibles. La qualification se fait au cas par cas, à partir des travaux réellement prévus.
Le délai de six mois créé par la loi du 26 mai 2026 s'applique-t-il à la dommages-ouvrage ?
La loi n° 2026-403 a créé un délai général de proposition d'indemnisation pour les assurances de dommages (six mois avec expert, deux mois sans), applicable aux contrats conclus ou tacitement reconduits après la publication d'un décret qui doit aussi fixer les contrats exclus. La dommages-ouvrage conserve ses délais propres de l'article L242-1, plus courts : soixante jours pour la position et quatre-vingt-dix jours pour l'offre.
Sources officielles consultées
- Code des assurances, art. L242-1 (assurance dommages-ouvrage obligatoire et délais de l'assureur)
- Code des assurances, annexe II à l'article A243-1 (clauses types des contrats dommages-ouvrage)
- Code des assurances, art. L243-2 (attestations, mention dans les actes de vente)
- Code des assurances, art. L243-3 (sanctions pénales du défaut d'assurance)
- Code des assurances, art. L243-4 (bureau central de tarification), version en vigueur depuis le 28 mai 2026
- Code des assurances, art. L114-1 (prescription de deux ans)
- Code des assurances, art. L521-4 (exigences et besoins, conseil motivé)
- Code de la construction et de l'habitation, art. L231-2 (référence de la dommages-ouvrage dans le contrat de maison individuelle)
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Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.
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