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Banque et courtage · Conseiller bancaire

Conseiller bancaire non formé MIF 2 : les risques réels

Conseil ou information sur des instruments financiers sans compétence MIF 2 : risques pour la banque et le conseiller, supervision, contrôle AMF, sanctions.

Clément Lacaille

Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires

Publié le · 12 min de lecture

Calculatrice et tableau de chiffres à côté d'un clavier

Un conseiller qui présente un fonds, un PEA ou un produit structuré à un client sans disposer des connaissances exigées ne commet pas une faute isolée : il révèle une faille d'organisation de la banque. Le code monétaire et financier ne dit pas seulement que la banque doit former ; il dit qu'elle doit « s'assurer » que ses conseillers sont compétents et être « en mesure de démontrer » à l'AMF qu'ils le sont. Ce guide détaille ce que risquent l'établissement et le conseiller quand cette démonstration est impossible, ce qui se passe lors d'un contrôle et comment se remettre en ordre.

Ce que la banque doit pouvoir démontrer

Le principe : s'assurer et démontrer

L'article L533-12-6 du code monétaire et financier impose aux prestataires de services d'investissement, ce qui inclut les banques lorsqu'elles fournissent des services d'investissement, de s'assurer et d'« être en mesure de démontrer à l'Autorité des marchés financiers » que les personnes physiques qui fournissent pour leur compte des conseils en investissement ou des informations sur des instruments financiers, des services d'investissement ou des services connexes disposent des connaissances et des compétences nécessaires.

Le mot important est « démontrer ». Un conseiller réellement compétent mais dont la banque ne peut produire ni évaluation, ni formation, ni registre met l'établissement en défaut aussi sûrement qu'un conseiller qui ne sait rien.

Deux dispositifs qui se superposent

Le règlement général de l'AMF en tire deux mécanismes, que l'AMF distingue expressément dans sa position-recommandation DOC-2018-01.

La vérification des connaissances minimales (article 314-9). Elle vise les « vendeurs », définis comme toute personne chargée de fournir des conseils en investissement ou des informations sur des instruments financiers aux clients. La banque dispose de six mois à compter de la prise de fonction pour la conduire, en pratique par l'examen certifié AMF ou par une vérification interne, et s'assure pendant ce délai que le collaborateur est « supervisé de manière appropriée ».

L'évaluation des connaissances et des compétences (article 314-10). Réussir la vérification des connaissances minimales permet de considérer que la personne a les qualifications appropriées, « sous réserve de la mise à jour régulière de leurs compétences et connaissances ». Une personne qui n'a pas encore les compétences requises doit les acquérir dans un délai de six mois en équivalent temps plein, pendant lequel elle est supervisée par un membre du personnel qualifié et expérimenté.

Ce que l'AMF a précisé

La position-recommandation DOC-2018-01, toujours listée dans la doctrine en vigueur de l'AMF, apporte trois précisions qui changent la lecture du risque :

  • la durée maximale pendant laquelle un collaborateur sans qualification ou expérience appropriée peut travailler sous supervision est de six mois en équivalent temps plein ; les orientations de l'ESMA autorisaient jusqu'à quatre ans, mais l'AMF a retenu la durée la plus courte ;
  • la revue annuelle des qualifications et de l'expérience relève de l'« entière responsabilité » de l'établissement : des formations ou des tests peuvent être confiés à un organisme externe, mais la revue elle-même ne peut pas lui être déléguée en totalité ;
  • l'établissement doit assurer « l'enregistrement, la conservation et la mise à jour » des données et documents qui attestent des qualifications et de l'expérience de chaque personne concernée.

Les orientations de l'ESMA ajoutent une règle très concrète : pendant la supervision, le superviseur assume la responsabilité du service « comme si » il le fournissait lui-même, y compris en signant le rapport d'adéquation lorsqu'un conseil est donné. Le collaborateur non qualifié ne peut pas fournir seul ces services.

Qui est concerné en agence

Le critère n'est pas l'intitulé du poste mais ce que la personne fait devant le client. L'AMF indique que les agents d'accueil et autres employés administratifs ne sont concernés par aucun des deux dispositifs, et que les attentes sont plus élevées pour ceux qui conseillent que pour ceux qui ne font qu'informer. Un chargé de clientèle qui décrit les caractéristiques d'un OPC sans rien recommander fournit néanmoins une information sur un instrument financier : il entre dans le champ. Pour le détail poste par poste, voir notre guide sur les connaissances et compétences MIF 2.

Un point de compétence : l'AMF contrôle ces obligations pour les instruments financiers et les services d'investissement ; pour les dépôts structurés, le contrôle relève de l'ACPR, qui a déclaré appliquer les mêmes orientations de l'ESMA.

Ce que risque la banque

Le contrôle de l'AMF

L'AMF veille au respect des obligations professionnelles des prestataires de services d'investissement et des personnes placées sous leur autorité (II de l'article L621-9). Si un contrôle révèle que la banque ne peut pas démontrer la compétence de ses conseillers, le collège peut notifier des griefs et saisir la commission des sanctions.

L'éventail des sanctions

Pour un prestataire de services d'investissement, le a du III de l'article L621-15 prévoit l'avertissement, le blâme, l'interdiction à titre temporaire ou définitif de tout ou partie des services fournis et, à la place ou en plus, une sanction pécuniaire dont le montant ne peut dépasser 100 millions d'euros ou le décuple de l'avantage retiré du manquement. Le montant est fixé en tenant compte de la gravité et de la durée du manquement, de la situation financière de l'établissement, de sa coopération et des mesures prises pour corriger les dysfonctionnements (III quater).

La décision est en principe rendue publique, et la commission ne peut être saisie de faits remontant à plus de six ans sans acte d'enquête, de constatation ou de sanction dans ce délai.

Le risque le plus concret : le conseil inadapté

Dans les faits, l'absence de compétence se voit rarement seule. Elle se voit dans ses effets : un produit complexe proposé à un client qui n'en comprend pas le fonctionnement, un questionnaire d'adéquation mal exploité, une information sur les frais inexacte. Ce sont ces manquements aux règles de bonne conduite qui apparaissent dans les dossiers clients ; le défaut de formation vient alors les expliquer, pas les excuser.

Sur le plan civil, un client qui estime avoir subi une perte à cause d'un conseil inadapté peut saisir le médiateur ou le juge. La banque répond en principe des fautes commises par ses salariés dans l'exercice de leurs fonctions ; un dossier où la compétence du conseiller n'est pas documentée affaiblit sa défense.

Ce que risque le conseiller

Il faut être précis, car la peur mal placée ne sert à rien.

L'obligation de former pèse sur la banque. L'article L533-12-6 et les articles 314-9 et 314-10 s'adressent au prestataire. Un salarié à qui l'on n'a proposé ni formation, ni évaluation, ni supervision n'est pas l'auteur de ce manquement-là.

Le conseiller répond de ses propres manquements. L'article L621-15 permet à la commission des sanctions de sanctionner les personnes physiques placées sous l'autorité d'un prestataire ou agissant pour son compte, pour tout manquement à leurs obligations professionnelles. Le b du III prévoit alors l'avertissement, le blâme, le retrait temporaire ou définitif de la carte professionnelle, l'interdiction temporaire ou définitive d'exercer tout ou partie des activités, et une sanction pécuniaire plafonnée à 15 millions d'euros ou au décuple de l'avantage retiré. Un conseiller qui recommande un produit inadapté, ou qui passe outre une procédure de validation pendant sa supervision, s'expose personnellement.

Les conséquences internes sont immédiates. La supervision n'est admise que dans la limite des six mois : l'AMF précise, sur sa page consacrée à l'examen, que jusqu'à la vérification de leurs connaissances les professionnels doivent être supervisés « dans la limite de cette période maximale ». Passé ce délai sans vérification réussie, le collaborateur doit cesser d'exercer les fonctions concernées (conseil ou information sur les instruments financiers) tant qu'il n'a pas réussi l'examen ou la vérification : réaffectation à d'autres tâches, retrait de l'habilitation aux produits concernés. Le replacer sous supervision ne régularise pas la situation. Notre guide sur ce que l'on peut faire avant d'être habilité en agence décrit cette période.

Nous ne citons ici aucune décision de sanction : les décisions de la commission des sanctions sont publiées sur le site de l'AMF, et c'est là qu'il faut les lire dans leur intégralité, avec les griefs réellement retenus.

Tableau récapitulatif

Situation Qui en répond Risque Texte
Conseiller sans vérification des connaissances minimales au-delà de six mois, supervisé ou non La banque Manquement ; la personne doit cesser d'exercer la fonction jusqu'à la réussite RG AMF art. 314-9 ; page AMF sur l'examen
Conseiller non qualifié qui conseille seul, sans supervision La banque ; le superviseur désigné Manquement ; rapport d'adéquation non valablement signé RG AMF art. 314-10 ; orientations ESMA
Supervision prolongée au-delà de six mois ETP La banque Écart avec la position de l'AMF DOC-2018-01
Aucun registre ni revue annuelle La banque Impossibilité de « démontrer » CMF art. L533-12-6 ; DOC-2018-01
Manquement constaté par l'AMF La banque Avertissement, blâme, interdiction, jusqu'à 100 M€ ou dix fois l'avantage retiré ; décision publiée CMF art. L621-15, III a
Conseil inadapté donné par le conseiller Le conseiller, en plus de la banque Avertissement, blâme, interdiction, jusqu'à 15 M€ CMF art. L621-15, II b et III b
Perte subie par un client La banque Action en responsabilité civile, médiation Droit commun

Ce qu'on vous demande lors d'un contrôle

Un contrôle ne commence pas par un quiz aux conseillers ; il commence par des documents. Préparez :

  1. La cartographie des postes qui fournissent des conseils ou des informations, en distinguant bien les deux catégories, comme le demande l'AMF.
  2. La procédure d'évaluation, de supervision et de revue annuelle, approuvée et datée.
  3. Le registre individuel de chaque personne : date de prise de fonction, résultat de la vérification des connaissances minimales, formations suivies, résultats d'évaluation, périodes de supervision et nom du superviseur.
  4. Les traces de supervision : validations de recommandations, rapports d'adéquation contresignés, entretiens accompagnés.
  5. La revue annuelle des besoins de formation et d'expérience, et la preuve que les formations décidées ont été suivies, y compris avant le lancement d'un nouveau produit, comme le prévoient les orientations de l'ESMA.

Un cas particulier : le conseiller arrivé d'un autre établissement. L'AMF admet qu'il n'a pas à être placé sous supervision s'il a acquis les qualifications et l'expérience appropriées chez un autre prestataire, mais encore faut-il le documenter à l'arrivée. Notre guide sur les habilitations et formations transférables lors d'un changement d'employeur détaille les pièces à récupérer.

Vous êtes en retard : que faire maintenant

Si vous êtes responsable d'agence ou de conformité :

  • listez les personnes qui conseillent ou informent sans vérification ou évaluation à jour, avec leur date de prise de fonction ;
  • pour celles qui ont dépassé six mois, retirez-les des fonctions de conseil et d'information sur les instruments financiers jusqu'à la réussite de l'examen ou de la vérification : une supervision n'est plus admise au-delà de ce délai ;
  • inscrivez-les à l'examen certifié AMF ou à la vérification interne prévue par votre procédure ;
  • lancez sans attendre la revue annuelle manquante et le plan de formation qui en découle ;
  • consignez les dates : une régularisation engagée avant un contrôle fait partie des éléments que la commission des sanctions doit prendre en compte.

Si vous êtes conseiller :

  • demandez à voir votre propre dossier de compétence : résultat de l'examen ou de la vérification, formations enregistrées ;
  • conservez vos attestations personnellement, elles vous suivront si vous changez d'établissement ;
  • tant que vous êtes supervisé, faites valider vos recommandations comme la procédure le prévoit, et gardez-en la trace.

Aucun texte ne prévoit de « rattrapage » qui effacerait la période passée sans compétence démontrée. Ce qui compte est de faire cesser la situation vite et de pouvoir le prouver.

La formation d'actualisation

La mise à jour régulière des connaissances est la partie qu'on oublie facilement, parce que l'examen certifié a été passé une fois pour toutes. Notre module MIF 2 connaissances et compétences est conçu pour cette actualisation : il couvre le cadre réglementaire du conseil et de l'information sur les instruments financiers, se termine par une évaluation et donne lieu à une attestation nominative indiquant la durée et le contenu, à verser au registre individuel. Il ne remplace ni l'examen certifié AMF ni la revue annuelle, qui reste à la main de la banque. Pour l'ensemble des obligations d'un conseiller en agence, voir notre guide sur les formations réglementaires que la banque doit tracer.

Questions fréquentes

Un conseiller peut-il être licencié parce qu'il n'a pas suivi la formation MIF 2 ?

Les textes MIF 2 ne règlent pas cette question : ils imposent des obligations à la banque, pas une sanction disciplinaire au salarié. Ce qui est certain, c'est qu'un conseiller sans compétence démontrée ne peut plus conseiller seul au-delà des délais prévus. Les suites relèvent du droit du travail et de la situation individuelle.

Combien de temps un nouveau conseiller peut-il rester sous supervision ?

L'article 314-10 du règlement général de l'AMF prévoit six mois en équivalent temps plein pour acquérir les compétences, sous supervision. L'AMF a fixé la même durée maximale de supervision dans sa position DOC-2018-01, alors que les orientations de l'ESMA laissaient jusqu'à quatre ans.

L'examen certifié AMF suffit-il pour être tranquille ?

Il répond à la vérification des connaissances minimales, mais la qualification reste subordonnée à la mise à jour régulière des compétences et à la revue annuelle par la banque. Un examen réussi il y a plusieurs années, sans aucune actualisation depuis, ne permet pas de démontrer la compétence actuelle.

Un conseiller qui ne fait qu'informer, sans recommander, est-il concerné ?

Oui. L'article L533-12-6 vise aussi les personnes qui fournissent des informations sur des instruments financiers. Le niveau attendu est simplement moins élevé que pour le conseil, et la banque doit distinguer clairement les deux catégories.

Une formation en ligne peut-elle servir à la mise à jour annuelle ?

Le règlement général ne fixe pas de modalité pour la mise à jour. Une formation en ligne dont le contenu, la durée et le résultat d'évaluation sont attestés peut être versée au registre, à condition de s'inscrire dans la revue annuelle conduite par la banque.

Sources officielles consultées

Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.

Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.

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