Enquête interne pour harcèlement : méthode, délais et erreurs
Harcèlement sexuel ou agissement sexiste signalé : quand ouvrir une enquête interne, comment la conduire, quels délais disciplinaires tenir et quelles erreurs éviter.
Fondateur de Tech-Bharat et de JANCLODE, organisme de formation éditeur de Formations Obligatoires
Publié le · 7 min de lecture

Un salarié dénonce des faits de harcèlement sexuel ou des agissements sexistes. À partir de cet instant, l'employeur doit agir vite et bien : vite, parce que la santé de la personne est en jeu et que les délais disciplinaires courent ; bien, parce qu'une enquête bâclée ne permet ni de sanctionner l'auteur ni de protéger la victime. Voici une méthode en six étapes, adossée aux textes du code du travail.
Pourquoi l'enquête n'est pas facultative
L'article L1153-5 impose à l'employeur de prendre « toutes dispositions nécessaires en vue de prévenir les faits de harcèlement sexuel, d'y mettre un terme et de les sanctionner ». On ne peut ni faire cesser ni sanctionner des faits qu'on n'a pas établis : l'enquête interne est l'outil qui permet de passer du signalement à la décision.
Lorsque l'alerte vient d'un élu du CSE, le texte est encore plus direct. L'article L2312-59 prévoit qu'un membre de la délégation du personnel qui constate une atteinte aux droits des personnes ou à leur santé, notamment par des faits de harcèlement sexuel, en saisit immédiatement l'employeur, et que celui-ci « procède sans délai à une enquête avec le membre de la délégation du personnel du comité ».
L'enjeu humain est réel. Une étude de cohorte suédoise publiée dans le BMJ en 2020 (Magnusson Hanson et al.), portant sur environ 85 000 actifs suivis 13 ans en moyenne, a observé chez les personnes exposées à un harcèlement sexuel au travail un risque de suicide environ 2,8 fois plus élevé et un risque de tentative environ 1,6 fois plus élevé, après ajustement. C'est une association statistique, mais elle justifie de traiter chaque signalement comme une question de santé.
Étape 1 : accuser réception et protéger
Le jour du signalement :
- remercier la personne et lui dire ce qui va se passer ensuite ;
- ne rien promettre qu'on ne pourra pas tenir, notamment une confidentialité absolue : l'enquête suppose d'entendre l'auteur présumé et des témoins ;
- évaluer le besoin de protection : la personne travaille-t-elle au contact direct de l'auteur présumé ? Un changement temporaire d'horaires, de bureau ou d'équipe, sans pénaliser la victime, est souvent nécessaire ;
- orienter vers le service de santé au travail si la personne le souhaite.
Étape 2 : décider de l'enquête et de ses enquêteurs
| Choix | Points d'attention |
|---|---|
| Qui enquête ? | Des personnes sans lien hiérarchique avec les intéressés ; deux enquêteurs plutôt qu'un, pour croiser les notes |
| Le CSE est-il associé ? | Obligatoirement si l'alerte vient d'un élu (L2312-59) ; sinon, selon les accords et la pratique de l'entreprise |
| Faut-il un tiers extérieur ? | Utile si un dirigeant ou un membre de la direction est mis en cause |
| Quel périmètre ? | Les faits signalés, leurs dates, les personnes citées ; ni plus (pas de « pêche » dans la vie privée) ni moins |
Notez par écrit la décision d'ouvrir l'enquête, sa date et sa composition : c'est le point de départ de votre dossier.
Étape 3 : la mise à pied conservatoire, si nécessaire
Lorsque les faits sont graves et que la présence de l'auteur présumé fait courir un risque, l'employeur peut prononcer une mise à pied conservatoire à effet immédiat. Ce n'est pas une sanction : c'est une mesure d'attente. L'article L1332-3 précise qu'aucune sanction définitive ne peut ensuite être prise sans respecter la procédure disciplinaire de l'article L1332-2. En pratique, la mise à pied conservatoire s'accompagne de l'engagement rapide de cette procédure.
Étape 4 : les auditions
- La personne qui signale, en premier : faits, dates, lieux, témoins, preuves (messages, courriels).
- Les témoins cités, puis ceux que l'enquête fait apparaître.
- La personne mise en cause, qui doit pouvoir s'expliquer sur chaque fait précis.
Pour chaque audition : un compte rendu écrit, relu et signé par la personne entendue, des questions ouvertes (« que s'est-il passé ? ») plutôt que suggestives (« il vous a bien dit que… ? »), et un rappel de la protection prévue par la loi. L'article L1153-2 interdit toute mesure de rétorsion contre la personne qui a subi ou refusé de subir des faits de harcèlement sexuel, comme contre celle qui en a témoigné ou les a relatés de bonne foi.
Étape 5 : le rapport
Le rapport distingue trois choses : les faits établis (avec leurs preuves), les faits contestés et les faits non établis. Il qualifie ensuite les faits au regard des définitions légales : harcèlement sexuel (art. L1153-1), agissement sexiste (art. L1142-2-1), harcèlement moral (art. L1152-1), ou aucun de ces cas. Il ne se prononce pas sur une infraction pénale, qui relève du juge.
Étape 6 : décider, dans les délais
L'article L1153-6 est clair : tout salarié ayant procédé à des faits de harcèlement sexuel est passible d'une sanction disciplinaire. Deux délais encadrent la décision :
| Délai | Texte | En pratique |
|---|---|---|
| Deux mois pour engager les poursuites disciplinaires | L1332-4 | Ils courent à compter du jour où l'employeur a eu connaissance des faits ; une enquête sérieuse sert à établir cette connaissance, pas à la retarder indéfiniment |
| Deux jours ouvrables minimum, un mois maximum entre l'entretien préalable et la notification de la sanction | L1332-2 | La sanction est motivée et notifiée par écrit |
Les suites ne s'arrêtent pas à la sanction : informer la personne qui a signalé de la clôture de l'enquête et des mesures prises pour la protéger, suivre la situation dans les semaines qui suivent, et revoir la prévention (affichage, formation, organisation) si l'enquête a révélé une faille.
Les cinq erreurs les plus fréquentes
- Attendre une plainte écrite ou pénale pour agir : l'obligation de l'employeur ne dépend pas d'une plainte.
- Confier l'enquête au supérieur direct de l'une des parties.
- Déplacer la victime plutôt que l'auteur présumé, ce qui ressemble à une mesure défavorable.
- Ne pas tracer : pas de comptes rendus signés, pas de rapport, aucune date.
- Laisser filer les deux mois de l'article L1332-4 sans engager la procédure disciplinaire.
Former celles et ceux qui reçoivent les signalements
Le module « Enquête interne, mesures et prévention » de notre formation référent harcèlement sexuel et agissements sexistes reprend cette méthode avec des cas pratiques : déclenchement, mesures conservatoires, conduite des auditions, compte rendu, suites disciplinaires. Le parcours complet compte quatre modules d'une heure en ligne, un quiz par module, une évaluation finale et une attestation nominative. Il coûte 129 € HT par personne, avec un tarif dégressif dans une même commande (−10 % dès 3 places, −20 % dès 5, −25 % dès 10, −35 % dès 20) : de quoi former ensemble le référent, l'équipe RH et les élus qui participeront aux enquêtes. Commander la formation.
Questions fréquentes
L'employeur peut-il refuser d'enquêter si la victime ne veut pas de suites ?
Son obligation de prévenir, de faire cesser et de sanctionner les faits (art. L1153-5) ne dépend pas de la volonté de la victime. Il doit en revanche tenir compte de ses craintes, la protéger contre toute mesure de rétorsion (art. L1153-2) et lui expliquer pourquoi il agit.
Combien de temps doit durer une enquête interne ?
Aucun texte ne fixe de durée. Le délai de deux mois de l'article L1332-4 pour engager une procédure disciplinaire, et l'obligation d'enquêter « sans délai » en cas d'alerte d'un élu (art. L2312-59), imposent de la mener rapidement, en général en quelques semaines.
La personne mise en cause peut-elle consulter le rapport ?
Le code du travail ne prévoit pas de droit d'accès au rapport. En revanche, si une sanction est envisagée, l'employeur doit lui indiquer, lors de l'entretien préalable, le motif de la sanction et recueillir ses explications (art. L1332-2).
Sources officielles consultées
- Code du travail, art. L1153-5 (prévenir, faire cesser, sanctionner)
- Code du travail, art. L2312-59 (alerte d'un élu du CSE et enquête)
- Code du travail, art. L1332-4 (délai de deux mois pour engager les poursuites disciplinaires)
- Code du travail, art. L1332-2 (procédure disciplinaire)
- Code du travail, art. L1332-3 (mise à pied conservatoire)
- Code du travail, art. L1153-2 (protection des victimes et des témoins)
- Code du travail, art. L1153-6 (sanction disciplinaire de l'auteur)
- Magnusson Hanson L. L. et al., « Work related sexual harassment and risk of suicide and suicide attempts: prospective cohort study », BMJ, 2020
Liens ouverts et vérifiés à la date de mise à jour. Service indépendant, sans affiliation avec ces organismes.
Ce guide est une information générale, pas un avis juridique. Vérifiez votre situation auprès de l'autorité compétente ou d'un conseil.
Passez à l'action : formez-vous en ligne
Formation référent harcèlement sexuel et agissements sexistes
129 € HT
4 heures en ligne · accès immédiat · attestation à la fin
Pas le temps de vous former en ligne ?
Session pour toute une équipe, besoin hors de notre catalogue ou question avant d'acheter : décrivez votre besoin, nous vous recontactons pour voir ce que nous pouvons vous proposer.