LCB-FT en agence immobilière : ce que vérifie la DGCCRF lors d'un contrôle
Contrôle LCB-FT en agence immobilière : pouvoirs de la DGCCRF, pièces demandées, 14 manquements relevés par la Commission des sanctions, amendes.
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Publié le · 8 min de lecture

Un contrôle LCB-FT en agence immobilière ne ressemble pas à un contrôle des annonces ou des honoraires. L'agent de la DGCCRF ne cherche pas un blanchiment : il vérifie que l'agence a mis en place, par écrit, ce que le code monétaire et financier lui impose, et qu'elle l'applique dossier par dossier. Voici ce qu'il peut demander, ce que les décisions de la Commission nationale des sanctions reprochent le plus souvent aux agences, et ce qu'il faut avoir prêt.
Qui est contrôlé, et pour quelles activités
Le 8° de l'article L561-2 du code monétaire et financier soumet aux obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme les personnes qui exercent les activités des 1°, 2°, 4°, 5° et 8° de l'article 1er de la loi Hoguet. Concrètement :
- la vente, l'achat, la recherche et l'échange d'immeubles, sans seuil de prix ;
- la vente et la location-gérance de fonds de commerce ;
- les cessions d'actions ou de parts de sociétés immobilières, et de parts sociales lorsque l'actif comprend un immeuble ou un fonds ;
- les contrats de jouissance d'immeuble à temps partagé ;
- la location seulement en exécution d'un mandat de transaction et si le loyer mensuel est d'au moins 10 000 euros.
La gestion immobilière et le syndic de copropriété ne figurent pas dans cette liste. Un contrôle LCB-FT porte donc sur les transactions de l'agence, pas sur ses 300 lots en gestion. Le guide publié par Tracfin et la DGCCRF le 11 février 2026 précise que, pour la location, le loyer mensuel s'apprécie « au prorata de la durée effective de location » : une agence qui loue des villas de prestige à la semaine doit faire le calcul.
Les pouvoirs de l'agent de la DGCCRF
L'article L561-36-2 prévoit que les inspections des professionnels de l'immobilier « sont réalisées par les agents de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes » ; l'article 8-2 de la loi Hoguet le rappelle. Le même article L561-36-2 leur donne trois leviers :
- Le secret professionnel ne leur est pas opposable. Refuser un dossier « par confidentialité envers le client » n'est pas une option.
- Ils peuvent demander communication de tout document, quel qu'en soit le support, et en obtenir copie, ainsi que tout renseignement ou justification utile.
- Ils peuvent enjoindre à l'agence de se conformer à ses obligations, « sans préjudice des sanctions qui peuvent être prononcées par la Commission nationale des sanctions » (VIII). L'injonction ne protège donc pas de la sanction.
Ce que l'agent demande en pratique
Un contrôle se fait sur pièces. Les documents qui reviennent sont ceux qui prouvent chaque obligation du code monétaire et financier :
| Ce que l'agent demande | Obligation vérifiée |
|---|---|
| La procédure LCB-FT écrite de l'agence | Organisation et procédures internes (art. L561-32) |
| La classification des risques propre à l'agence | Évaluation des risques (art. L561-4-1) |
| Le nom du responsable du dispositif, du déclarant et du correspondant Tracfin | Art. L561-32, R561-23 et R561-24 |
| Un échantillon de dossiers de vente : identité du vendeur et de l'acquéreur, date de vérification, informations sur l'opération et l'origine des fonds | Identification et connaissance du client (art. L561-5 et L561-5-1) |
| Pour un acquéreur ou un vendeur en société : la recherche du bénéficiaire effectif | Art. L561-2-2 et R561-1 |
| La trace des examens renforcés et des décisions prises | Art. L561-10-2 et R561-22 |
| Les attestations de formation de chaque collaborateur | Art. L561-34 et D561-38-1-1 |
| La preuve de la consultation du registre national des gels | Gel des avoirs (art. L562-4) |
Les déclarations de soupçon éventuelles relèvent d'un régime de confidentialité strict (art. L561-18) : elles se rangent à part, avec un accès restreint.
Les 14 manquements que relève la Commission nationale des sanctions
Le guide de 2026 rapporte quatorze enseignements tirés des décisions de la Commission nationale des sanctions visant des sociétés d'entremise immobilière. C'est la meilleure liste de contrôle disponible, puisqu'elle vient des décisions elles-mêmes. Nous les regroupons en quatre familles.
Le dispositif écrit
- De simples pratiques ou réunions de travail ne suffisent pas : un protocole interne doit être formalisé par écrit.
- Un document général (guide de fédération, lignes directrices Tracfin et DGCCRF) ne fait pas office de protocole interne personnalisé.
- Le protocole doit contenir une classification des risques personnalisée.
- La simple adhésion à un syndicat professionnel qui informe par sa documentation ne remplace pas la formation du personnel.
L'identification du client
- Un chèque ne suffit pas à vérifier l'identité du client.
- La vérification de l'identité doit se faire, en principe, avant la signature du compromis.
- Une clientèle de proximité, connaître personnellement le client ou avoir déjà travaillé avec lui n'exonère pas des obligations.
La connaissance de l'opération et l'origine des fonds
- Un titre de propriété ou les mentions du compromis ne remplacent pas le recueil et l'analyse des éléments de connaissance de la relation.
- L'origine des fonds est identifiée lorsque l'agence a examiné des éléments relatifs aux revenus, au patrimoine ou à l'apport du client.
- Un procès-verbal d'assemblée générale de copropriété ou la copie d'une taxe foncière ne suffit pas.
- Le financement par un emprunt bancaire n'exonère pas l'agence.
Le périmètre
- L'intervention d'un notaire, d'une banque ou d'un avocat n'exonère pas l'agence.
- Le gérant doit veiller à ce que les agents commerciaux travaillant en exclusivité pour l'agence respectent les obligations, même s'ils sont indépendants.
- Des locations de courte durée sont assujetties si le niveau mensuel de loyer atteint le seuil, et doivent être couvertes par le système d'identification des risques.
Après le contrôle : la procédure devant la Commission nationale des sanctions
Si l'agent relève des manquements, le rapport peut être transmis à la Commission nationale des sanctions, saisie pour les professionnels de l'immobilier par le ministre chargé de l'économie ou du budget (art. L561-38). Les griefs sont notifiés par lettre recommandée avec accusé de réception, avec une copie du rapport de contrôle ; l'agence dispose de trente jours pour présenter ses observations écrites, peut consulter le dossier et se faire assister (art. R561-47, dans sa rédaction issue du décret n° 2025-1219). La dissolution de la société ou la cessation d'activité ne fait pas obstacle à la poursuite si les faits ont été commis pendant l'activité.
L'article L561-40 prévoit l'avertissement, le blâme, l'interdiction temporaire d'exercice pour cinq ans au plus (avec sursis possible), le retrait de la carte professionnelle et, à la place ou en plus, une sanction pécuniaire jusqu'à cinq millions d'euros ou au double de l'avantage retiré. La commission peut aussi sanctionner les dirigeants et les salariés du fait de leur implication personnelle, et rendre sa décision publique.
Les ordres de grandeur réels sont publiés dans le guide de 2026 : en 2023, la commission a rendu 28 décisions concernant des agences immobilières, avec des avertissements, des sanctions pécuniaires de 500 à 50 000 euros pour les personnes morales et de 500 et 8 000 euros pour les personnes physiques, des interdictions temporaires avec sursis de deux mois à un an, et une publication nominative dans 15 cas.
Un exemple pour se situer
Cas fictif. Une agence de quatre personnes, dont deux agents commerciaux, reçoit un agent de la DGCCRF. Elle présente le guide de sa fédération comme procédure. Sur trois dossiers tirés au hasard, deux contiennent la pièce d'identité de l'acquéreur, mais datée du jour de l'acte ; le troisième, une vente à une SCI, ne contient rien sur ses associés. Aucun collaborateur n'a d'attestation de formation.
Au regard des enseignements de la commission, l'agent relèvera vraisemblablement : l'absence de protocole écrit personnalisé et de classification des risques, une vérification d'identité tardive (après le compromis), l'absence de recherche du bénéficiaire effectif de la SCI, et l'absence de formation du personnel, agents commerciaux compris. Rien de tout cela ne suppose un blanchiment : ce sont des manquements aux obligations, et c'est ce qui est sanctionné.
Se préparer : la liste des pièces à avoir prêtes
- Une procédure écrite propre à l'agence : activités assujetties, niveaux de vigilance, qui fait quoi, qui décide.
- Une classification des risques qui part de votre activité réelle (types de biens, clientèle, financement, provenance des fonds) et dit ce que fait le négociateur quand un critère est rempli.
- Pour chaque vente : identité du mandant avant le mandat, identité de l'acquéreur à l'examen de son offre et avant l'avant-contrat, bénéficiaire effectif des sociétés, éléments sur l'origine des fonds, trace de la consultation du registre des gels.
- Les examens renforcés consignés par écrit et conservés cinq ans, comme l'ensemble des pièces des dossiers (art. L561-12).
- Pour chaque collaborateur, salarié ou agent commercial : les attestations de formation, à l'embauche puis régulièrement, conservées pendant ses fonctions et cinq ans après (art. D561-38-1-1). Notre formation LCB-FT immobilier de 2 heures est construite sur ce que vérifie la DGCCRF ; pour une équipe qui mêle immobilier, crédit et assurance, la formation LCB-FT tous assujettis couvre l'ensemble du dispositif.
Pour aller plus loin sur la formation elle-même, voyez notre guide sur le contenu et la fréquence de la formation LCB-FT depuis le décret de 2026, et, pour les autres pièces qu'un contrôle peut viser dans une agence, celui sur les documents à présenter lors d'un contrôle.
Ce qui change en 2027
Le règlement (UE) 2024/1624, applicable à partir du 10 juillet 2027, considérera comme clients de l'agent immobilier les deux parties à la transaction (article 19, paragraphe 6). Une agence qui identifie déjà sérieusement l'acquéreur au stade de l'offre, et pas seulement son mandant, aura peu à changer. C'est aussi un bon argument pour revoir la procédure maintenant plutôt qu'au lendemain d'un contrôle.
Sources officielles consultées
- Code monétaire et financier, art. L561-2 (8° : professionnels de l'immobilier assujettis)
- Code monétaire et financier, art. L561-36-2 (inspection par les agents de la DGCCRF, injonction)
- Code monétaire et financier, art. L561-38 (Commission nationale des sanctions)
- Code monétaire et financier, art. L561-40 (sanctions)
- Code monétaire et financier, art. D561-38-1-1 (formation du personnel, justificatifs conservés cinq ans)
- Code monétaire et financier, art. R561-23 à D561-32-1 (déclarant et correspondant Tracfin)
- Loi n° 70-9 du 2 janvier 1970 (loi Hoguet), art. 1er et 8-2
- Décret n° 2025-1219 du 15 décembre 2025 (art. R561-47 : notification des griefs, trente jours pour répondre)
- Tracfin et DGCCRF, « Le dispositif de LCB-FT appliqué aux professionnels de l'immobilier », janvier 2026
- DGCCRF, annonce de la publication des guides LCB-FT immobilier et domiciliation, 11 février 2026
- Règlement (UE) 2024/1624 du 31 mai 2024, art. 19 et 90
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